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Burkina-Président Michel Kafando : "Plus jamais d’injustice, plus jamais de gabegie, plus jamais de corruption"

Rédigé par ( La rédaction ) le 22 Novembre 2014 à 17:02 | Lu 4318 fois

Le compte à rebours a commencé pour le président de la transition, Michel Kafando. En tout cas, celui qui aura été le chef de l’Etat durant la période pré-transitoire, le Lt-col Yacouba Zida, lui a remis le drapeau du Burkina Faso, matérialisant ainsi la passation de charges. C’était le vendredi 21 novembre 2014, à Ouagadougou, en présence d’autorités coutumières et religieuses, de leaders politiques, de présidents d’institutions dont le grand absent aura été le président du Conseil économique et social, d’acteurs de la société civile, de la haute hiérarchie militaire, du corps diplomatique accrédité au pays des Hommes intègres, et de très nombreuses autres personnalités. A l’occasion, le président Kafando a décliné les couleurs de son action durant les 12 prochains mois.


Burkina-Président Michel Kafando : "Plus jamais d’injustice, plus jamais de gabegie, plus jamais de corruption"
Il était 18h40 ce vendredi, lorsqu’ensemble, le président Michel Kafando et le Premier ministre Yacouba Zida, faisaient leur entrée dans la salle du Palais des sports. Ils y ont été devancés quelques minutes plutôt, par les présidents Ibrahim Boubacar Kéïta du Mali, Boni Yayi du Bénin, Mohamed Ould Abdel Aziz de la Mauritanie, Macky Sall du Sénégal, John Dramani Mahama du Ghana, Mahamadou Issoufou du Niger. Avec eux, le Premier ministre togolais représentant le président Faure Gnassingbé, le ministre ivoirien des Affaires étrangères représentant le président Alassane Ouattara, le ministre nigerian des Affaires étrangères représentant le président Good Luck Jonathan. C’est donc un véritable parterre de personnalités de la sous-région quii a pris part à une cérémonie capitale dans la conduite de la période transitoire amorcée : la cérémonie de passation de charges, du Lt-col Zida au président Michel Kafando.

Ainsi, précise le président malien, Ibrahim Boubacar Kéïta, « Le Burina Faso vient de prouver au monde entier que l’Afrique a des ressources insoupçonnées en termes de responsabilité, en termes de républicanisme ». Et d’ajouter, « C’est un grand jour pour, non seulement pour le Burkina, mais aussi pour l’Afrique, et singulièrement pour notre sous-région CEDEAO ».

A l’occasion, le président en exercice de la communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO), John Dramani Mahama, le président en exercice de l’Union africaine (UA), Mohamed Ould Abdel Aziz, et l’envoyé spécial du Secrétaire général de l’Organisation des Nations-Unies (ONU), Ibn Chambas, ont pris la parole. Tous ont salué la démarche des nouvelles autorités burkinabè, et ont promis l’accompagnement de leurs institutions respectives pour une sortie heureuse de cette transition politique. En cette cérémonie du jour, le président Mohamed Ould dira voir « une victoire africaine, une victoire supplémentaire du peuple burkinabè ». Du haut de la tribune du jour, le président en exercice de l’UA a invité la communauté internationale à se mobiliser davantage aux côtés du Burkina Faso dans cette période charnière de son Histoire.

La morale, lanterne de l’équipe Kafando

Désormais maître à bord du navire transportant le peuple burkinabè, le président Michel Kafando a, dans son discours, effleuré la direction dans laquelle il entend conduire ce navire. En effet, relève le président de la transition, ce peuple a payé un lourd tribut en faisant, à travers une insurrection populaire les 30 et 31 octobre 2014, sa Révolution pour se libérer d’un système qui a foulé aux pieds « l’idéal » de « la Révolution de 1983 », et qui a instauré une « exaspération sociale ».

En s’insurgeant, précise le président Kafando, le peuple burkinabè a décidé de rompre avec « l’injustice flagrante », le « népotisme », « l’impunité et la corruption ».
Et ce message « clair », le président Michel Kafando dit l’avoir entendu et compris. En réponse, promet-il, « plus jamais d’injustice, plus jamais de gabegie, plus jamais de corruption ». Pour ce faire, « la morale » sera « à la première place dans l’exercice du pouvoir politique ». C’est du moins, ce qu’a laissé entendre le président Kafando qui dit s’être « toujours fait une haute idée du respect du bien public » et avoir sans relâche, « milité pour l’avènement d’une vraie justice sociale ». Encore mû par cet esprit, le président de la transition prévient : « ceux qui ont méprisé cette justice et qui pensent qu’ils peuvent impunément dilapider les deniers publics, nous règlerons bientôt les comptes ».

Des investigations autorisées pour identifier le corps du président Sankara

Et l’épineuse question de la vérité pour Thomas Sankara, le président Kafando a pris l’engagement de travailler à y apporter la réponse tant attendue. En effet, annonce-t-il, « Au nom de la Réconciliation nationale, j’ai aussi décidé, par le fait du prince, que les investigations pour identifier le corps du président Thomas Sankara, ne seront plus assujetties à une décision de justice, mais seront du ressort du gouvernement. Et d’ores et déjà, aujourd’hui même, à cet instant même, cette autorisation est accordée ».

Ce passage du discours semble avoir agréablement surpris, tant un tonnerre d’applaudissement a aussitôt suivi son prononcé. « Je ne croyais pas à mes oreilles », a confié tout souriant à la fin de la cérémonie, Me Bénéwendé Sankara, l’avocat de la famille Sankara, par ailleurs président de l’Union pour la renaissance/ Parti sankariste (UNIR/PS).

Et Zéphirin Diabré, président de l’UPC (Union pour le progrès et le changement) de dire qu’il « espère bien que les choses vont aller très vite pour qu’on ait les résultats des conclusions ». Des résultats qui doivent permettre de rétablir la vérité sur l’assassinat du président de la Révolution d’août 1983 et de rendre justice non seulement à la famille du disparu, mais aussi au peuple burkinabè et au-delà. « Tous les Burkinabè, foi du président du parti Le Faso Autrement Ablassé Ouédraogo, attendent cette vérité ».

Déjà, annonce Me Sankara, « Nous allons entreprendre toutes les démarches qui conviennent, pour qu’avec les autorités, nous puissions, en accord avec la famille du président Thomas Sankara, voir comment l’expertise que nous attendions depuis longtemps va se faire ».

Bientôt, le « Panthéon des martyrs de la révolution »

L’occasion du jour, le président de la transition l’a saisie et pour faire observer une minute de silence et pour promettre de perpétuer la mémoire des martyrs de l’insurrection populaire. Des martyrs devant lesquels, le président Kafando dit s’incliner « très respectueusement ». Mieux, « la patrie leur sera reconnaissante », a promis le premier magistrat du pays des hommes intègres. Dans ce sens, précise-t-il, « j’ai décidé leur dédier le Mausolée des héros nationaux qui portera désormais le nom de Panthéon des martyrs de la révolution ». Vont donc entrer dans ce panthéon, « nos valeureux martyrs en lieu et place des héros qui n’y ont jamais séjourné », a promis M. Kafando, avant de lancer, « Valeureux combattants tombés au champ d’honneur pour que vive la liberté au Burkina Faso, entrez donc dans votre sanctuaire. Héros à la fleur de l’âge, fauchés pour que triomphe la liberté au Burkina Faso, entrez dans votre sanctuaire. Vous tous qui dormez maintenant dans l’ombre, entrez dans votre sanctuaire. Entrez et reposez en paix ».

Les personnes qui ont été blessées au cours de cette insurrection populaire, elles non plus, n’ont été oubliées par le président Kafando. Pour elles également, promesse a été faite : « le gouvernement veillera à leur allouer les compensations nécessaires ».

Aux autorités coutumières et religieuses, aux partis politiques, aux organisations de la société civile, aux forces de défense et de sécurité, aux femmes, aux jeunes, au Lt-col Yacouba Zida désormais Premier ministre de la transition, le président Michel Kafando a tenu à rendre un vibrant hommage. Et pour la suite, annonce-t-il, « dès demain (samedi 22 novembre 2014, ndlr), nous aurons l’équipe gouvernementale. Et dès lundi, selon le programme que nous nous sommes donné, nous allons commencer le travail immédiatement ».

Une nouvelle dynamique plus porteuse ?

Pour sa part, Roch Marc Christian Kaboré, le président du MPP (Mouvement du peuple pour le progrès) précise que « Nous devons nous atteler, aussi bien ceux qui nous gouvernent que le peuple burkinabè, pour aider à ce que nous allions rapidement à un gouvernement civil, à une élection transparente qui nous permette de mettre en place toutes les institutions démocratiques ».

De son côté, le professeur Luc Marius Ibriga, dit noter que le discours du président Kafando « rassure » quant à la volonté des nouvelles autorités à opérer une profonde refondation démocratique et à faire en sorte que l’impunité soit battue en brèche au Burkina Faso. Une nouvelle dynamique étatique plus porteuse, peut-on dire, se profile donc à l’horizon.

La communauté internationale rassure

En tout cas, l’ambassadeur de France dans notre pays, Gilles Thibaut, a confié que « c’est une nouvelle ère qui commence pour le Burkina Faso, avec une belle mission ». Une mission dans la conduite de laquelle, le Burkina Faso aura à ses côté, la France ; et globalement, la communauté internationale. En effet, après avoir exprimé ses « vœux de plein succès aux organes de la transition », le président de la Commission de la CEDEAO, Kadré Désiré Ouédraogo, a promis « l’appui et la disponibilité de la CEDEAO pour accompagner le peuple du Burkina Faso à réussir cette transition consensuelle ». Et d’ajouter, « Nous pensons que c’est une victoire de la paix et de la stabilité pour le Burkina Faso et pour notre région ».

Quant à l’envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU, Ibn Chambas, il se veut rassurant : « je voudrais assurer que la communauté internationale, l’Union africaine, l’Organisation des Nations-Unies, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest, seront auprès du peuple burkinabè jusqu’à la fin de cette transition. Et on va continuer de soutenir ce pays après la transition ». Tout porte donc à croire que la communauté internationale jouera pleinement sa partition. Vivement, qu’il en soit ainsi au plus tôt !

Fulbert Paré
Lefaso.net