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COLONEL ALIOUNE NDIAYE, BRPP « Il n’existe pas de loi contre la vente d’armes blanches»

Si les armes blanches se vendent comme de petits pains à tous coins de rue, c'est parce qu'il «n'existe au Sénégal aucune loi interdisant cette vente». C'est du moins ce que révèle le chef du Bureau des relations publiques de la police (Brpp). Dans l'entretien qui suit, le colonel Alioune Ndiaye revient sur les autres facteurs qui rendent difficiles le contrôle de la circulation de ces armes.


Rédigé par leral.net le Mercredi 26 Octobre 2011 à 17:40 | | 1 commentaire(s)|

COLONEL ALIOUNE NDIAYE, BRPP « Il n’existe pas de loi contre la vente d’armes blanches»
Walf Grand-Place : Comment définissez-vous une arme blanche ?

Alioune Ndiaye : Une arme blanche, c'est une arme par nature et non par destination. C'est-à-dire ,que tout objet tranchant, pointu, contondant, coupant peut être considéré comme une arme blanche. Dès lors que cet objet peut occasionner des coups ou des lésions sur le corps d'un individu (trouer, déchirer, couper, arracher, écraser, fracturer, etc.) Au Sénégal, il existe tout un arsenal juridique qui organise le trafic, la détention et l'usage des armes dites conventionnelles ou armes blanches ainsi que leurs munitions. Par contre, malgré tout, n'importe qui peut avoir son coupe-coupe, sa daba, sa hache ou son couteau comme un outil de travail ou bien un ustensile de maison. Tout un tas de matériels qui peut à tout moment servir d'arme pour blesser ou tuer un individu.
Vous savez, n’importe quel objet peut être considéré comme arme, pourvu que cela soit utilisé pour se défendre ou attaquer. De toutes les façons, au Sénégal, les armes sont régies par la loi 66-03 du 18 janvier 1966 relative au contrôle de la vente, de la détention et du port des armes et munitions d'une manière générale. Le décret d'application de ladite loi interdit, de manière plus claire, le port des armes blanches sur l'étendue du territoire en les classant dans la 5e catégorie des armes. Ce classement tient compte de la taille de ces armes, de leur particularité... Il faut cependant signaler que ces deux textes ne visent que le port de ces armes blanches. La vente et l'achat restent libres.

Est-ce qu'il y a un système de contrôle sur l'importation et la commercialisation des armes blanches comme les couteaux très prisés en cette période de Tabaski ?

Vous savez, nous sommes dans un pays organisé dans le domaine du commerce en général. Cependant, la commercialisation des couteaux et autres objets du genre classés arme blanche est totalement libre, même si certaines grandes maisons de commerce sont connues comme étant des spécialistes dans ce domaine. Le Sénégal a une organisation sociale très ouverte et qui a laissé se développer un secteur informel qui s'est emparé du monopole de la vente de ces armes blanches. Et c'est ce qui rend le contrôle très difficile. Le couteau est d'abord un instrument de travail (domestique). On peut même le considérer comme un compagnon de l'homme. Il n’est pas rare de voir lors des cérémonies d'inhumation, une personne sortir un couteau de son fourreau pour aider à couper les cordons du linceul. Cet acte peut être bien apprécié par l’assistance, alors qu'il s'agit d'un cas de port illicite d'arme blanche. Mais cela n’émeut personne, c'est dire donc que le fait de porter un couteau par devers soi est un phénomène très accepté dans la société sénégalaise. Le couteau est également une arme redoutable. C'est dire que dans une société pareille, il est très difficile de contrôler la circulation de ces objets. Il est encore difficile d'en contrôler la circulation, car à côté des couteaux fabriqués de manière industrielle, il y a d'autres qui sont fabriqués sur place par des artisans, sans oublier ceux provenant de la contrebande.
Et c'est au niveau de la vente au détail que se pose le véritable problème. Ici, au Sénégal, il y a le fameux «goorgorlu», et à chaque veille de fête, notamment la Tabaski, beaucoup de marchands ambulants se reversent dans la vente d'objets qui entrent en droite ligne dans la préparation de la fête. À côté de ceux qui vendent des moutons, fourneaux, il y en a d'autres qui proposent à la vente des couteaux, haches, coupe-coupe, des tiges de brochettes... Et tout cela constitue des armes par nature. Comment est-ce qu'on peut contrôler tout cela s'il est permis pendant la fête de Tabaski une commercialisation tous azimut sous prétexte qu'on va vers la Tabaski et chacun cherche à gagner de l'argent ? Et c'est accepté comme ça dans notre société…

Est-ce à dire alors que la loi l'autorise ?

La loi... (Il hésite un petit moment) heum! Vous voyez, je n’aime pas trop parler de loi comme un juriste. Mais, ce que je sais, c'est qu'il n'y a pas de loi qui interdit l'utilisation domestique de ces objets. Il n'existe pas également une loi au Sénégal qui interdit la vente d'armes blanches. Elle est libre partout, comme on vend du pain. C'est vrai qu'il y a certaines maisons de commerce qui sont spécialisées dans la vente de ces couteaux de grande taille, de forme particulière que l'on appelle des couteaux de campagne ou de chasse, etc. La vente d'armes blanches n’est pas interdite. Mais, l'importation est quand même contrôlée. La douane connaît l'importance de l'entrée de ces objets dans notre pays. Les maisons de commerce qui sont spécialisées dans le domaine sont connues et contrôlables. Mais comme la vente est libre, vous ne pouvez pas l'interdire seulement parce que nous sommes à la veille de la Tabaski. C'est pourquoi d'ailleurs, tout le monde voit et regarde, mais on laisse faire, simplement parce qu'il faut légiférer pour pouvoir interdire. Il faut créer une loi pour interdire systématiquement. Une loi ne peut pas être créée pour interdire seulement une activité pendant la Tabaski ou les élections et laisser faire après. C'est pourquoi, au Sénégal, la loi n’interdit systématiquement que le port d'armes blanches. Ainsi, les crimes ou délits occasionnés par ces armes sont sévèrement punis par la loi. Même si comme je l'ai dit tantôt, il y a une forte tolérance chez les travailleurs qui utilisent ces objets tels que les bouchers, cordonniers, bergers, cultivateurs, forgerons et autres.
Mais c'est vrai que ça ne rime pas avec la législation actuelle qui interdit le port d'armes blanches. Sans pour autant définir de manière stricte tout ce qui peut être considéré comme arme blanche.

Est-ce que ce n'est pas une brèche que peuvent utiliser les personnes malintentionnées pour dissimuler les armes blanches et provoquer des bagarres ou des agressions ?

En fait, oui. Car, même avec une loi qui interdit le port d'arme blanche, les Sénégalais ont pour habitude de se pavaner avec des couteaux de poche et même d'autres plus grands bien entretenus avec une décoration artisanale faite par le cordonnier du coin. Et ça constitue une certaine fierté pour le Sénégalais bon teint d'avoir son couteau bien affûté à portée de main pour immoler des bêtes et faire certaines petites activités. Cette habitude que nous avons est à la base de beaucoup de crimes et coups et blessures volontaires commis par armes blanches dans notre société. Évidemment, cette tendance constitue une brèche pour les malfaiteurs. Et c'est ce qui, de nos jours, accentue la criminalité dans nos cités.

Est-ce qu'on a besoin d'une autorisation pour porter une arme blanche ?

Ça, c'est pour les armes traditionnelles et conventionnelles. L’autorisation est valable pour les armes à feu. Il y a une législation formelle qui réglemente la circulation, la commercialisation, la détention, et même le port. Parce que pour détenir une arme à feu à la maison, il faut une autorisation et une autre pour le port. D'ailleurs, beaucoup de gens font la confusion entre permis de détention et permis de port d'arme à feu. Mais pour les armes blanches, ça n'existe pas. Elles ne peuvent être utilisées que là où leur existence a un sens comme la cuisine, les ateliers, le champ ou la bergerie. En dehors de ces lieux d'utilisation normale, tout autre port d'armes blanches est considéré comme abusif et par conséquent, interdit par la loi.

Est-ce que ce flou n'empêche pas la police de travailler correctement dans le contrôle?

Assurément, la tâche est plus difficile dans un pays où les traditions sont encore vivaces. Quand vous rencontrez dans une opération de police un individu portant un coupe-coupe ou un grand couteau et qui vous dit être un boucher de retour de son travail pour se rendre à son domicile, alors qu'il est 2h du matin, votre flair de policier doit vous indiquer que ce n’est pas vrai. Parce que les bouchers ne sont pas en activité jusqu'à cette heure-là. De même individu rencontré à 6h du matin avec ses armes et qui vous déclare se rendre aux abattoirs peut bien être compris par le policier. D'un autre côté, un vigile rencontré nuitamment peut bien être porteur de gourdins effectuant des va-et-¬vient sur son lieu de travail.
Dans tous les cas, il appartient aux services de sécurité, en ville comme en campagne, de faire en sorte que la circulation des armes blanches ne mette pas la vie des gens en péril.

Ne vous arrive-t-il pas d'arrêter des porteurs d'armes blanches lors des manifestations ?

Oui ! Il y en a beaucoup si nous prenons par exemple le cas des manifestations hostiles ou simplement le cas des combats de lutte tels qu'ils se présentent de nos jours. Le port de certains objets d'une manière générale à l'occasion de ces rassemblements devient des attroupements du fait de leur non-conformité à la loi. On ne parle pas seulement des armes blanches, mais du port de tout objet ayant servi d'armes ou apporté en vue de servir d'arme constitue un élément d'aggravation de la sanction des individus qui ont participé à cet attroupement-là.
En matière d'attroupement, on fait la différence entre un attroupement armé et un attroupement non armé. Et l'on dit qu'un attroupement est armé, lorsqu'un seul des membres qui le composent, même s'ils sont dix mille, est porteur d'une arme apparente ou de tout autre objet en vue de servir d'arme ou ayant déjà servi d'arme dans la manifestation. Il en est de même lorsque plusieurs personnes, parmi les manifestants, sont porteuses d'armes apparentes ou cachées ou d'objet quelconque apparent ou caché ayant servi d'arme ou apporté en vue de servir. On dit alors que cette manifestation est armée. Cette notion d'arme couvre aussi bien les armes à feu conventionnelles que les armes blanches de toutes natures. On dit que cet attroupement est classé armé. C'est pourquoi, les organisateurs de regroupements doivent faire très attention. Parce que cela peut alourdir les sanctions encourues.

Est-ce que la police a pris des mesures supplémentaires pour contrôler ces armes blanches surtout avec les élections qui se profilent à l'horizon ?

Bien sûr, il existe des mesures. D'ailleurs, à l'occasion de la Tabaski ou des élections, le ministre. d'Etat, ministre de l'intérieur, ainsi que les gouverneurs prennent à leurs niveaux respectifs des règlements rappelant aux populations la législation sur les armes et les munitions, y compris les armes blanches. Nonobstant cela, les services de sécurité peuvent appréhender et déférer au parquet les vendeurs à la sauvette ou marchands ambulants, quels que soient les produits qu'ils proposent dans la rue pour vente illicite sur la voie publique.
Alors, est-ce que la police va s'amuser à prendre tous ceux qui sont en train de vendre des couteaux dans toutes les rues du Sénégal ? Parce qu'il ne s'agit pas seulement de Dakar. C'est ça le problème. II faut une application intelligente de la loi dans cette situation qui revêt un caractère typiquement social.

SOURCE : Walf Grand Place Réalisé par Mame Coumba DIA (Stagiaire)



1.Posté par professeur le 27/10/2011 08:20 | Alerter
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Mais si il existe des lois contre la vente des armes blanches.
La loi interdit le port d'arme, celui-ci est soumis à autorisation.
Même une pierre ou un baton peut être une arme par destination.

Il faut commencer par former ces gens là.

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