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Car rapide, patrimoine culturel de plus de 50 ans ! - Par Gabriel Thior


Rédigé par leral.net le Mardi 21 Juin 2016 à 09:18 | | 0 commentaire(s)|

Très chers amoureux de la lecture, permettez-moi tout d’abord de vous expliquer le choix de mon article. Il y a quelques mois, j’ai entendu à travers une émission radiophonique le ministre de l’urbanisme parler de la suppression totale des cars rapides d’ici 2019, malgré les nombreuses difficultés de transport auxquelles sont confrontées les populations de Dakar. Il est vrai qu’il faut davantage faciliter la libre circulation des personnes et des biens en modernisant et en multipliant les moyens de transport surtout dans les grandes villes, mais une telle initiative ne doit pas pousser nos autorités politiques à vouloir à tout prix faire disparaitre les cars rapides qui, à bien des égards, jouent non seulement un rôle primordial dans le transport interurbain, mais constituent un patrimoine culturel vieux de plus de cinquante ans. J’ai décidé de faire cette contribution parce qu’au Sénégal les autorités politiques semblent ne pas accorder une grande importance à l’art et à la culture en général.

Autrefois, l’expression patrimoine culturel désignait principalement le patrimoine matériel (sites, monuments historiques, œuvres d’art etc.). Mais aujourd’hui, il se définit comme l’ensemble des biens matériels ou immatériels ayant une importance artistique et ou historique, et qui appartiennent soit à une entité privée (personne, entreprise, association etc.), soit à une entité publique (commune, département, région, pays etc.). Cet ensemble de bien culturel est généralement préservé, restauré, sauvegardé et montré au public. Pour ma part, j’insisterai surtout sur le mot ‘’restaurer’’ mais en précisant que je ne m’aventurerai pas à un plan trop académique pour donner l’impression de vous livrer un cours magistral sur l’art parce qu’il ne s’agit pas de mon domaine de prédilection. Au contraire, en tant que novice et simple apprenti germaniste de car rapide, je partirai d’un simple constat que j’ai moi-même fait pour illustrer mon analyse.

Un jour, alors que je revenais du ministère de l’éducation nationale, j’ai pris la peine de m’arrêter juste devant le garage Lat Dior en ville et de contempler de très près l’ensemble des cars rapides qui devaient transporter les clients en partance pour Grand Dakar. Mais je vous assure que j’étais séduit et tellement fasciné par l’aspect pittoresque et artistique de ces véhicules communément appelés cars rapides que je n’avais pas senti le temps passer.

Jules Renard disait : <<Ecrire, c’est le moyen de parler sans être interrompu>>, donc je prends ma plume pour écrire et attirer l’attention de nos autorités politiques, qui dans le cadre du sempiternel débat sur le Plan Sénégal émergent, n’excluent pas de rayer les cars rapides de la circulation qui constituent pourtant un patrimoine culturel. Vu la qualité du moteur et de la carcasse d’un car rapide, vu l’attachement et l’amour de la population pour ce véhicule, Il serait plus lucide, compte tenu de l’aspect artistique de ce moyen de transport, d’essayer de le récupérer, le restaurer et le rénover tout en sauvegardant l’originalité. Aujourd’hui, si vous allez en Europe, vous verrez partout des musées, des maisons d’art ou des monuments où sont sauvegardées des choses historiques. En Allemagne par exemple, il y a ce qu’on appelle Altstadt (vieille ville) où tous les bâtiments de la ville bien qu’étant neufs ont la même architecture qui date parfois depuis des siècles ou bien des routes encore intactes depuis la deuxième guerre mondiale.
Je pense qu’il faut qu’on donne plus d’importance à ce que nous possédons avant de nous ouvrir aux choses extérieures. D’aucuns me diront que les cars rapides n’ont pas été fabriqué par des Sénégalais, mais il s’agit ici d’un petit exemple parmi tant d’autres, encore qu’ils constituent presque les seules choses qu’on ne peut voir nulle part ailleurs dans le monde. À mon avis, il s’agit d’un truisme que de dire que malgré tous les efforts entrepris par les différents régimes politiques depuis notre accession à l’indépendance dans le cadre de la modernisation des moyens de transport, la plupart des Sénégalais continuent encore de manifester leur préférence aux cars rapides. Voilà une raison suffisante parmi tant d’autres pour que l’Etat revienne sur sa décision de vouloir enlever les cars rapides de la circulation. Les cars rapides jouent un rôle essentiel dans le coté pittoresque de la ville de Dakar, et c’est quelque chose qui attire beaucoup les touristes qui viennent au Sénégal. Il suffit de montrer ces véhicules de transport en commun dans les chaines de télévision pour savoir qu’on est au Sénégal. Ce qui est très fascinant, c’est le fait qu’il s’agisse d’un pur produit de l’expertise locale parce que la caisse est faite avec des tôles de barriques. Il y a certes d’autres raisons que je pourrai encore évoquer dans cet article, mais je m’en tiens à cela pour donner à chacun la chance de développer davantage.

C’est pourquoi, j’invite encore une fois le gouvernement, le ministère de l’urbanisme en premier, à adopter une démarche participative pour plus de lucidité sur les mesures à prendre en vue d’améliorer et de moderniser les moyens de transport tout en sauvegardant l’originalité des cars rapides.

Gabriel THIOR
Professeur d’Allemand






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