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« Centre de Youm, tête de Bocandé… » ( Barka BA )

Si j’avais le talent et le souffle d’André Malraux, rendant justice au résistant Jean Moulin, accueilli au panthéon, je dirais : « Entre ici, Jules François Bocandé !» à l’heure où la nation s’inclinera pieusement devant ta mémoire au stade Léopold Sédar Senghor, lieu de tant de tes exploits. Une immense émotion a saisi le Sénégal entier, à l’annonce du décès de l’ancien goleador, et depuis, les hommages, tous plus poignants les uns que les autres, ne cessent d’affluer. Des voix beaucoup plus autorisées que la mienne ont déjà dit l’essentiel concernant le fabuleux destin de l’homme à la crinière de lion. Mais Bocandé n’appartenait pas qu’aux mordus du foot ; et même quelqu’un qui a les pieds carrés comme moi, qui n’a jamais été fichu de marquer un coup-franc, a vécu sa part d‘émotion avec le natif de Ziguinchor.


Rédigé par leral.net le Mardi 15 Mai 2012 à 12:20 | | 0 commentaire(s)|

« Centre de Youm, tête de Bocandé… » ( Barka BA )
Si sa disparition a tant ému, c’est dû à la dette de chacun de nous envers lui. La perte de ce génie du ballon rond, véritable première star alimentant et défrayant la chronique, nous a replongés dans les années 80 avec une infinie tristesse.
Je me souviens, élève à l’école primaire de Diamaguène, courant comme un dératé sous un chaud soleil de midi, pour suivre le mythique match d’ouverture Egypte-Sénégal sur un vieux poste-téléviseur en noir et blanc ! Les héros du jour s’appelaient Roger Mendy, Racine Kane, Thierno Youm, « Boy Bandit», Cheikh Seck and co ! Dans les cours de récré, on ne parlait plus que de ce onze national qui avait réconcilié le Sénégal avec les compétitions internationales après une longue diète. Et bien sûr, trônait, un cran au-dessus, l’homme au charisme fou auquel tout gamin voulait s’identifier et que bientôt tout le monde appellerait affectueusement « Boc ».
Je me souviens écarquillant les yeux démesurément à l’annonce du salaire mensuel de 25 millions de Fcfa que touchait Bocandé. Comment un mec pouvait-il gagner à lui seul tant de fric chez des toubabs ? se demandait-on, dans un mélange d’admiration et d’incrédulité. Un type incroyable qui avait poussé le patriotisme jusqu’à se faire expulser volontairement du championnat de France pour honorer le maillot national en s’embrouillant avec un arbitre. Un drôle de dribble au destin pour lui, l’excommunié du foot, le banni à vie des stades, après un mémorable Ja-Casa que les « grands » de mon quartier populeux de Diacksao rejouaient sans cesse !
Je me souviens de ma petite fierté cocardière voire chauvine quand une certaine rumeur prétendit que Tschala Muana, « la reine du mutuashi », qui alimentait les fantasmes les plus fous, en pinçait pour Boc ! Vrai ou faux, c’était pour nous une savoureuse revanche sur les « Zaïrois », comme on disait à l’époque, car on avait entendu nos mêmes « grands » du quartier , avec des trémolos dans la voix, nous parler des confrontations épiques qui nous opposaient à nos cousins d’Afrique centrale !
Je me souviens, il n’y a pas si longtemps, d’un type sympa, rencontré un jour au Point E, presque gêné de me voir plié en quatre pour saluer respectueusement « l’ancienne gloire » que la Nation n’avait jamais su vraiment traiter à la hauteur de son talent. Boc-cœur de lion- est monté au Ciel pour faire une talonnade aux dieux du foot ! Salut, Essamay !
Barka BA
Directeur de l’information de la TFM
silatigi@yahoo.fr







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