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Ces nouvelles méthodes pour faire tomber l’ennemi

Sun Tsu n’aurait pas fait mieux dans son Art de la guerre. En matière de déstabilisation psychologique, les Sénégalais marchent, depuis quelques années déjà, sur une arme de destruction massive. Avec l’émergence des Smartphones, les enregistrements vidéo et sonores sont devenus une vraie stratégie de guerre pour faire tomber la personne honnie. Revue de scandales !


PAR AICHA FALL THIAM & NDEYE FATOU SECK OBSERVATEUR


Rédigé par leral.net le Lundi 21 Juillet 2014 à 22:04 | | 0 commentaire(s)|

Ces nouvelles méthodes pour faire tomber l’ennemi

Souleymane Jules Diop, l’arroseur…

C’est l’arme qui se retourne contre son maître ! Adepte des enregistrements vocaux pour mener ses combats politiques, Souleymane Jules Diop a fait en juin dernier les frais de sa propre méthode. Le tout nouveau Secrétaire d’Etat aux Sénégalais de l’extérieur a été obligé de sortir des fourrées présidentielles pour éteindre le scandale qui menaçait de le déborder. En cause, une bande sonore diffusée par un «ancien ami» sur le Net et où l’on entend le sulfureux journaliste s’en prendre à Sidy Lamine Niass, Youssou Ndour, Cheikh Modou Kara Mbacké, qu’il a qualifiés de charlatan et d’escrocs. Sa cible favorite est aussi passée sous le feu des critiques, Me Abdoulaye Wade est brossé en maladif et son ami de toujours, Pape Samba Mboup, en disciple de Bacchus.

Moustapha Cissé Lô, 1 milliard de FCfa en fumée

Lui, honnira encore longtemps l’inventeur de l’enregistrement. Surpris à balancer des vertes et des pas mûres à Serigne Abdou Fatah Mbacké, Moustapha Cissé Lô a payé au prix fort son franc-parler. Au total, près d’un milliard de FCfa parti en fumée dans l’incendie de ses biens immobiliers. Les disciples du marabout en avaient gros sur le cœur après la diffusion sur le Net d’un enregistrement audio où l’on entend le belliqueux parlementaire s’en prendre violemment au fils de Serigne Fallou Mbacké, qui lui avait interdit l’accès à la cérémonie officielle du «Kazu Rajab». Le camp du responsable de l’Apr à Mbacké avait bien tenté d’éteindre l’incendie, en criant au feu. En vain ! Las de la politique et des polémiques, Moustapha Cissé Lô avait finalement préféré en rester là, après la défaite cinglante aux Locales.

Fondation Kéba Mbaye, du social à la douche

Bien loin des questions sociales et de charité pour lesquelles œuvre son association, le président de la Fondation Kéba Mbaye a squatté le devant de la scène, au tout début du mois de Ramadan, pour une histoire de sexe, de chantage et d’extorsion de fonds. Mamadou Wahab Talla, de son nom, a été la victime malheureuse d’une extorsion de fonds orchestrée par l’ami de son ex maîtresse. La carotte, une vidéo compromettante le montrant sous la douche de l’hôtel qui abritait ses amours coupables. Le malheureux, qui avait porté plainte, finira, sous la pression sociale, par la retirer. Se retirant par là même occasion de la présidence de la Fondation Kéba Mbaye, dans une lettre de mea culpa.

Keïta, ce fratricide !

L’affaire a été révélée par le journal «Le Quotidien». Et depuis, cette affaire de trafic de drogue secoue la Police sénégalaise. Elle secoue même la République. Dans un rapport détaillé, l’ex directeur de l’Office central pour la  répression du trafic illicite des stupéfiants (Ocrtis) mouille le directeur de la Police nationale dans une affaire de drogue. Abdoulaye Niang serait de connivence avec des narcotrafiquants nigérians. Et c’est la guerre des  enregistrements sonores qui est déclenchée dans ce dossier très sensible. Tout est parti du duel fratricide entre les deux hommes. Les choses prennent les allures d’un règlement de comptes et  Keïta parle après avoir été limogé de l’Ocrtis. Et bonjour les déballages ! Keïta mouille presque toute la hiérarchie. Dans ses enregistrements versés au dossier du rapport de la Police des polices, Cheikhna Cheikh Sadibou Keïta mouille Niang, flingue Pathé Seck et minimise Macky Sall. A un second rapport daté du 3 juin 2013, Cheikh Sadibou Keïta a adjoint un Cd comportant l’enregistrement d’une conversation tenue le vendredi 24 mai 2013 qui mouillerait l’ex Directeur de l’Ocrtis, Abdoulaye Niang. Et naturellement, le système d’enregistrement a marché. Des sanctions sont tombées. Abdoulaye Niang a été limogé de son poste de Directeur général de la Police.

Tange, langue de VIP..ère

Il a été son propre fossoyeur ! Lui, c’est Tange Tandian, l’animateur de «100% people», qui jurait de clouer au pilori les tares des célébrités et qui a fini par y accrocher sa tête. Victime de sa langue, il avait assisté, courant décembre 2013, à la large diffusion d’un enregistrement sonore qui le mettait en scène avec Bébé Basse, la femme du chanteur Pape Diouf. Les deux complices y cassaient allégrement du sucre sur le dos de leurs très chers «amis» du show business. Exilé dans l’Hexagone, l’animateur avait tenté, tant bien que mal, d’étouffer le scandale, mais c’était sans compter avec la hargne de ses adversaires tapis dans l’ombre. Ceux-ci avaient à nouveau fait circuler deux autres enregistrements où on entend le mis en cause s’en prendre encore et toujours à des célébrités comme Pape Cheikh Diallo, Cheikh Amar, Paco Jackson. Les avocats du jeune Tange avaient menacé de porter plainte, ce qui n’empêchera pas leur client, victime d’un sentiment d’overdose, de disparaître de la petite lucarne.

«Ma tey rew», le cauchemar

De l’étourderie à l’effronterie, il n’y a qu’un précipice, dans lequel le couple Mamadou Ben Mohamed Diobaye et Ndèye Bolo Fall, continue de tomber sans jamais toucher le fond. Ils ont commis l’erreur de filmer leurs ébats sexuels et de stocker les données obscènes dans un ordinateur portable que le mari oubliera dans un taxi. Entre en scène «Ma téy rew», ou Habib Diaw, qui porte bien son pseudo. Insultes, menaces, propos salaces, sont l’arme de ce jeune de 22 ans qui, après avoir récupéré l’ordinateur, s’est mis en tête de faire chanter les acteurs en diffusant le contenu pornographique sur le Net. Attrait à la barre avec son complice, l’effronté écopera de 2 ans de prison ferme, punition moindre par rapport aux nuits cauchemardesques qu’il a fait vivre à ce couple, aujourd’hui divorcé.

Magistrale corruption !

C’était aussi au courant du mois de Juillet de l’année 2006. Un scandale de corruption frappe en plein cœur la Justice sénégalaise. Il met en scène un émigré sénégalais du nom de Mouhamed Guèye. Ce dernier, après avoir purgé une peine de 10 ans de prison au pays de l’Oncle Sam, rentre semer la zizanie au bercail par l’entremise de l’oncle de sa femme. Ce dernier lui doit de l’argent et promet d’éponger ses dettes une fois qu’il aura vendu sa maison de la Sicap. Seulement, au lieu de respecter sa promesse, l’oncle trouve plus judicieux d’arroser de hauts magistrats pour empêcher une éventuelle plainte d’aboutir. 8 millions, puis 7 millions de FCfa sont versés à l’Avocate générale de la Cour de Cassation, Mme Aminata Mbaye. Mais l’affaire éclate en sous-marin et chacun semble vouloir sa part du gâteau. L’oncle hésite à porter plainte, il n’en aura pas le temps. Un assesseur saisi, s’en ouvre au juge, qui doit vider le dossier. Ce dernier écrit au président du tribunal régional de Dakar, Demba Kandji, qui informe à son tour la hiérarchie. Le jeudi 06 juillet, l’affaire éclate au grand jour, avec la révélation d’un enregistrement où l’on entend l’Avocate générale près la Cour de Cassation, reconnaître avoir perçu et redistribué 15 millions de FCfa. Le juge aussi est entendu. La Présidence prend des sanctions. L’Avocate générale est contrainte à la retraite anticipée. Le juge Turpin est muté à Kolda et interdit d’exercer les fonctions de chef de juridiction ou de parquet pour une durée de cinq ans.

Barth shoote Me Wade

Virulent à l’endroitdu régime de Me Abdoulaye Wade, Barthélemy Dias, leader des Jeunesses socialistes, a, lui aussi, été enfoncé par un enregistrement. Lors du procès, le Procureur n’a pas cherché loin pour trouver l’élément matériel essentiel pour asseoir la constance d’un fait jugé délictuel. Il a attendu le jour du jugement pour produire un Cd, surprenant à la fois le tribunal et les avocats de la défense.Dans le disque, on entend la voix de Barthélemy Dias traitant le procureur de la République, Lamine Coulibaly, de «magistrat véreux et corrompu qui ne fait pas honneur à la Justice». Le chef de l’Etat en prend également pour son grade. Le jeune socialiste l’y traite de «Président le plus vieux du monde, un assassin et un menteur». Pour tirer Barthélemy d’affaire, ses avocats convoquent l’article 414 du Code de procédure pénale pour que l’enregistrement produit par le Parquet soit écarté des débats. Finalement, Barthélemy Dias sera gracié par Me Wade, à qui il refuse tout de même de présenter des excuses.

Diombass trempe dans du politico sexuel

Son cas a été le plus pathétique. Rival politique de Oumar Sarr (actuel coordonnateur du Pds) dans le département de Dagana, Diombass Diaw, jusque-là inconnu de la scène médiatique, est mêlé à une affaire de sexe. Une dame répondant au nom de Khadija Mbaye, le filme en tenue d’Eve alors qu’il a fini d’assouvir sa libido. L’image se retrouve sur la toile et fait le buzz. La victime soupçonne Oumar Sarr et décide d’ester en justice. Lors du procès, Mlle Mbaye reconnaît qu’elle a aussi été utilisée dans ce jeu. «J’étais jeune, mère de trois enfants et divorcée. Je me suis dit que cela pouvait être une ouverture pour m’offrir une vie meilleure et en même temps à mes enfants.» Son co prévenu, Abdou Salam Sarr, chef de Cabinet du ministre Oumar Sarr à l’époque, lui avait promis, dit-elle, «5 millions de FCfa, une villa et un passeport diplomatique».

Aly khoudia diao, sociologue :

«L’évolution de la société sénégalaise montre de plus en plus l’émergence de la haine»

«Le phénomène des écoutes et des enregistrements téléphoniques, ainsi que la prise de films vidéos dans un contexte d’intimité pose la problématique des relations (amoureuses, sociales, de voisinage, de copinage, de travail) que nous entretenons avec nos concitoyens, et qui reflète notre degré de sincérité. Les écoutes téléphoniques sont de plus en plus utilisées comme des moyens de chantage contre des gens que nous fréquentons tous les jours, mais dont, peut-être, la réussite sociale emplit de jalousie et de haine, obligés que nous sommes de courber l’échine devant eux et de faire semblant. Oui, faire semblant à tous les coups en attendant le bon moment pour donner le coup de grâce et trahir. L’évolution de la société sénégalaise montre de plus en plus l’émergence de la haine, de la rancœur, de la méchanceté gratuite surtout envers les hommes politiques, les milliardaires qui attirent comme des mouches les people du show-biz, les musiciens-griots, les troubadours, les rabatteurs ou juste des gens à la recherche d’une promotion à tous les coups, etc. L’amitié sincère n’existe plus, avoir confiance en quelqu’un est devenu difficile. Les valeurs comme le «jom (la dignité)», le «kersa (la pudeur)», l’humilité, le culte de l’excellence sont reléguées au second plan. Les contrevaleurs et les anti-modèles sont omniprésents à la télévision. Les clowns, les dévergondés, les putes recyclées, les artistes comédiens qui ne sont sortis d’aucune école de théâtre nous pompent l’air à longueur de journée. C’est de l’éphémère, c’est du vent, on ne vieillit pas avec ça. Ce n’est quand même pas pour ça que nous avons été à l’école. Ce n’est pas de la culture. C’est de la sous-culture. Malheureusement, on mettra tous du temps à le comprendre et d’ici-là, toute une génération risque d’être sacrifiée.»

ME BABA DIOP, JURISTE

Deux à cinq ans de prison pour l’auteur et le complice

«Il faut faire la différenciation suivant un certain nombre de niveaux. Si c’est une conversation privée qui n’a aucune incidence particulière sur la vie privée d’une personne, sa diffusion ne pose pas problème. Si la diffusion de cet enregistrement tendrait à mettre la pression sur une autre personne afin d’avoir un avantage indu, cela pourrait être constitutif d’une infraction pénale qu’on appelle l’extorsion de fonds. S’il s’agit d’images, il faudrait voir si elles ont été filmées dans un cadre privé ou public. Si c’est dans un lieu privé, là, on est en face d’une violation du droit à l’intimité de la personne. Mais, si c’est dans un lieu public, il n’y a pas de problème dans ce cas. Le diffuseur est le complice de celui ou celle qui a filmé l’image ou la vidéo. Le diffuseur est coupable de complicité de celui qui, dans un but d’extorsion de fonds, voudrait soustraire de l’argent à la personne filmée. Le diffuseur est considéré comme celui qui a aidé. L’extorsion de fonds est sanctionnée par le Code pénal et les sanctions prévues dans ce cadre varient de 2 à 5 ans pour l’auteur. Le complice emprunte la peine de l’auteur principal, donc c’est la même peine qui s’applique à l’auteur principal et au complice.»

OUSTAZ TAIB SOCE, ISLAMOLOGUE

«L’Enfer aux hypocrites qui s’adonnent à d’aussi viles pratiques»

«Les smartphones regorgent de beaucoup d’avantages, mais aussi d’énormes inconvénients. Un Musulman ne doit pas s’abaisser à d’aussi viles pratiques dans la mesure où elles sont interdites par l’Islam. Dans la sourate 49 «Al Hujirat», le Créateur interdit la médisance, Il y interdit tout autant de fouiller dans les affaires d’autrui ou d’espionner son prochain. Un Musulman ne doit pas trahir la confiance de son prochain. Et divulguer un enregistrement confidentiel ou privé, ou diffuser des images ou des vidéos estampillées privées est une forme de trahison. Tout Musulman qui s’adonnera à de telles pratiques verra ses mauvaises actions mises à nu le jour du Jugement dernier et son corps sera destiné aux flammes de l’Enfer. C’est un complexe d’infériorité. Ce genre de pratiques est souvent l’œuvre de personnes hypocrites.»

DR MOUHAMADOU LO, PRESIDENT DE LA COMMISSION DE PROTECTION DES DONNEES PERSONNELLES

«Google est disposé à nous aider dans la protection des données personnelles des citoyens sénégalais»

Mise en place en 2008, la Commission de protection de données personnelles (Cdp), qui n’a commencé à fonctionner qu’en décembre 2013, se fixe comme principale mission de veiller à la protection des citoyens contre l’utilisation abusive de leurs données personnelles.

Que fait concrètement votre commission pour lutter contre la diffusion d’informations personnelles (enregistrements sonores, vidéos) sur le Net ?

Ce qu’il faut savoir sur ce dossier, c’est que la Cdp a très peu de marge. Parce qu’actuellement, il y a un vide juridique concernant les enregistrements clandestins. La Cdp n’intervient que quand la personne parvient à identifier la personne incriminée. Mais la Cdp fait face à des limites objectives quand il s’agit de réprimer. Là, ce n’est plus de notre ressort et c’est le juge qui doit intervenir. La Cdp peut juste s’autosaisir quand un enregistrement est mis en ligne sur un site internet. Dans ce cas, ce que la loi nous permet, c’est de saisir le responsable du site et de lui demander de retirer la vidéo ou l’enregistrement sonore incriminé. C’est la même démarche qu’on adopte si quelqu’un met la photo d’autrui en ligne.

Vous est-il arrivé de le faire ?

Oui. Nous l’avons fait récemment quand un site de la place a mis en ligne la photo d’une personne sans l’accompagner d’un article. Par la suite, il y a eu des commentaires désobligeants d’internautes derrière et ce sont ces commentaires qui ont choqué la personne concernée qui nous a saisis. Nous avons servi une injonction au site en question et il a retiré la photo. Tout simplement.

Pourquoi ne pas faire ce travail de vulgarisation auprès des Sénégalais afin qu’ils sachent la voie à suivre si toutefois leurs données personnelles sont publiées à leur insu ?

Nous ne cessons de le faire. Nous avons réalisé des articles, des sorties dans la presse, mais je conviendrai avec vous que nous n’avons pas encore totalement atteint notre cible. C’est-à-dire de faire en sorte que le Sénégalais lambda ait le réflexe de s’approcher de la commission. Mais, si vous visitez notre site aujourd’hui, le citoyen a la possibilité de formuler des signalements, de porter plainte ou juste de poser des questions.

Récemment, des enregistrements (Tange/ Bébé Basse, Souleymane Jules Diop, Moustapha Cissé Lô etc.) ont été diffusés sur le Net provoquant un tollé, mais il n’a aucunement été fait état de la réaction de la Cdp. Comment expliquez-vous cela ?

Notre rôle est limité à cause du vide juridique. Nos prérogatives s’arrêtent juste au fait de dire aux responsables du site incriminé de retirer la vidéo. On peut aussi accompagner les personnes concernées dans leur action judiciaire. Cela, on le fait systématiquement à la demande du plaignant. Parfois, il y a des enjeux familiaux derrière et la Cdp doit prendre tout cela en compte afin de protéger la vie privée de la personne car, il y en a certains qui ne voudraient pas que leur famille sache qu’ils sont «mouillés» dans telle ou telle affaire. C’est pour cela que nous travaillons toujours en préservant l’anonymat des personnes qui nous saisissent.

Combien de plaintes avez-vous reçu depuis votre mise en place ?

Au total, nous avons reçu 28 plaintes et six de ces plaintes étaient liées à des photos ou vidéos publiées sur les réseaux sociaux. Le reste concerne des affaires de vidéo-surveillance ou d’installation de système biométrique à l’insu des employés dans une entreprise. Dès notre installation, nous avons pris contact avec l’association de la presse en ligne et ils ont été très coopératifs. Ils ont été de bonne foi et à chaque fois que nous les saisissons, ils acceptent de coopérer. La Cdp n’a pas encore accusé de refus de la part d’un éditeur de presse. Et même Google est disposé à nous appuyer.








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