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Chasse aux homos en Afrique


Dans de nombreux pays d'Afrique noire, la population considère que l'homosexualité vient d'occident.

Neuf Sénégalais condamnés en janvier à huit ans de prison pour homosexualité ont été remis en liberté le 20 avril. Un tribunal de Dakar les avait condamnés au début de l'année pour «acte impudique et contre-nature et association de malfaiteurs». Le procureur n'avait requis que cinq ans de prison. Le tribunal avait été au-delà de son réquisitoire. Alors même que la loi sénégalaise est particulièrement sévère: l'homosexualité est interdite. Le jugement avait choqué les organisations de défense des droits de l'homme et des gouvernements occidentaux. Rama Yade était intervenue pour protester contre cette décision de justice.


Rédigé par leral.net le Jeudi 30 Avril 2009 à 07:16 | | 1 commentaire(s)|

Chasse aux homos en Afrique

Il n'en faut pas plus pour qu'aujourd'hui, une grande partie de l'opinion sénégalaise voie la «main de la France» dans cette décision de libérer les homosexuels. Une ONG islamique, Jamra s'est fortement émue de cette libération qu'elle assimile à la «victoire du mensonge et de l'hypocrisie». Jamra estime que «les homos partouzards ont nargué la justice avec le soutien de bras longs sans visage».

«Beaucoup de Sénégalais restent persuadés que les homos bénéficient de hautes protections, rapporte Dakar Soir, et les déclarations de Rama Yade appelant au respect de l'orientation sexuelle en ont choqué plus d'un qui voit dans cet acquittement une ingérence intolérable dans les affaires intérieures sénégalaises».

Le quotidien rappelle que de «véritables chasses aux goorjigen» (terme péjoratif qui signifie littéralement «homme-femme» en langue wolof) ont eu lieu récemment à Dakar. Les neuf homosexuels arrêtés «ont échappé de peu au lynchage» lors de leur interpellation. Des passants ont arraché leurs vêtements. «La grande majorité de la population n'accepte pas que des Sénégalais affichent leur homosexualité, comme s'ils étaient à New York ou à Paris», nous a déclaré l'écrivain dakarois Barka Ba. Depuis leur libération, les «neuf» se cachent ou ont pris le chemin de l'exil. A l'image de Pape Mbaye, réfugié aux Etats-Unis, avec le concours d'associations homosexuelles.

Peu de médias locaux défendent les homosexuels. Sur le site Xalima.com, dans un article intitulé «Dépénalisation de l'homosexualité au Sénégal, de qui se moque Sarkozy?», un éditorialiste affirme: «Sarkozy, foulant aux pieds nos valeurs traditionnelles et religieuses, faisant son show lamentablement, a fait appel aux Droits de l'homme, ce fourre-tout qui justifie souvent le tout et son contraire.» Il ajoute «Prenez au sérieux ce problème! De l'autre côté, ils ne sont pas en train de jouer. Ils planifient toujours leur forfait avec dextérité. Nous en appelons à la conscience de tous...afin de barrer la route à la propagation de l'homosexualité».

A Dakar, des télévisions, des radios et des journaux multiplient les déclarations d'une grande violence. Des imams ont créé, après la libération des «neuf», un tribunal de protection des bonnes mœurs dénommé «Front islamique pour la défense des valeurs éthiques». Selon le Quotidien, sa mission principale sera ni plus ni moins «d'éradiquer l'homosexualité du Sénégal». Cheikh Ibrahima Niang, professeur d'anthropologie sociale à l'université de Dakar et auteur d'études sur les homosexuels s'inquiète de ce phénomène: «Il y a toujours eu des courants homophobes dans la société sénégalaise, mais ils deviennent de plus en plus forts».

En août 2008, un Belge et un Sénégalais accusés de «mariage homosexuel et actes contre-nature» avaient été condamnés à Dakar à deux ans de prison ferme. A quelques jours d'intervalles, la tombe d'un homosexuel avait été profanée par des villageois. Et en novembre 2009, «des gens ont pris le corps d'un ami à la mosquée et l'ont déposé sur la route parce qu'ils ne voulaient pas que cet homosexuel soit enterré au cimetière» rapporte sous couvert d'anonymat un Sénégalais interviewé par l'AFP.

Ces persécutions n'ont pas seulement cours dans les pays africains où l'Islam domine. Le Burundi a adopté le 22 avril une nouvelle législation qui interdit l'homosexualité.

Le Cameroun a connu en 2007, une hystérie anti-homosexuels. Des quotidiens locaux ont publié des listes de «déviants cachés», une partie des médias affirmant «qu'il fallait être homosexuel pour accéder aux plus hautes fonctions de l'Etat». L'idée s'est alors répandue qu'il existait une sorte de société secrète très puissante mêlant homosexuels et francs-maçons. En Gambie, le Président Yahia Jammeh avait adressé un ultimatum aux gays en mai 2008. Ils avaient 24 heures pour quitter le pays. S'ils n'obtempéraient pas, il menaçait de leur...«couper la tête».

Robert Mugabe, le Président zimbabwéen multiplie, lui aussi, les déclarations homophobes. Pourquoi tant de haine? Selon le mensuel Continental, «Dans de nombreux pays d'Afrique noire, une grande partie de la population continue d'affirmer que l'homosexualité vient d'Occident. Et pour l'immense majorité - qui est bien entendu violemment homophobe - l'homosexualité est une inclinaison contraire aux traditions africaines. D'où la résurgence du vieux mythe selon lequel l'homosexualité aurait été introduite en Afrique par les Occidentaux. Or ces affirmations sont mensongères». Dans les sociétés traditionnelles africaines, les pratiques homosexuelles étaient acceptées, notamment chez les Ibos au Nigeria.

Certains pays leur accordent davantage de droits. En Afrique du Sud, la Constitution garantit leur liberté sexuelle. Mais il n'en reste pas moins que dans la vie de tous les jours, ils courent de grands risques dès lors qu'ils quittent les milieux «progressistes» du Cap ou de Johannesburg. Dans les townships, ils sont des «cibles» très prisées par les violeurs. Certains habitants affirment qu'ils sont dans leur bon droit en les «punissant pour leurs pratiques déviantes» et la police ne fait pas preuve d'un grand zèle pour traquer les auteurs de ces crimes. Des lesbiennes ont même récemment été tuées à coups de briques et de clubs de golf.

Pourtant, il existe une lueur d'espoir. Des intellectuels africains osent rompre l'omerta et prendre la défense des «homos». A Dakar, au moment de la libération des «neuf homosexuels», le sociologue Cheikh Niang a fait sensation en prenant publiquement leur défense dans le quotidien L'observateur. Mais il a choisi ses mots avec une prudence extrême afin de ne pas se mettre l'opinion à dos. A la question «Vous voulez dire que nous avons besoin des homosexuels?», il a répondu: «Vous avez besoin des microbes. Vous avez besoin des maladies. Vous avez besoin d'être confrontés à ce qui est différent de vous. Votre société a besoin de cela pour exister. En ce sens, nous avons besoin d'eux.» On a déjà vu des soutiens plus marqués.

Avant que des homosexuels puissent s'afficher librement sur le continent noir, la route sera, sans doute, encore longue. Très longue.

Pierre Malet



1.Posté par diouf mamadou le 30/04/2009 11:35 | Alerter
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l'auteur de cet article serait il homosexuel ou instrument de ces pervertis

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