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Chronique d’un « vendredi blanc » dans les hôpitaux de Dakar : Ou la détresse d’un accidenté - Par Dr Bassirou Niang


Rédigé par leral.net le Lundi 29 Août 2016 à 09:46 | | 3 commentaire(s)|

Chronique d’un « vendredi blanc » dans les hôpitaux de Dakar : Ou la détresse d’un accidenté - Par Dr Bassirou Niang
Au moment où le débat public est centré sur les pétrodollars, des pétro fantasmes diront les affidés au pouvoir. A l’heure des veillées nocturnes pour la préparation des joutes électorales pour le HCCT et les échéances à venir, nous autres « gorgorlous » la question que l’on se pose est : Où vont nos impôts ?

J’ai lu un rapport de l’afro baromètre sur le système sanitaire au Sénégal qui sans aucun doute a mis le doigt sur les problèmes et sur le ras le bol des Sénégalais.

Au-delà des chiffres et autres analyses statistiques, par malheur, j’ai fait une immersion ce vendredi que je qualifierais de « vendredi blanc » (vendredi noir est idéologiquement chargé). Oui ce vendredi avait la blancheur du linceul et des blouses de médecins.

En réalité les mots et les vocables n’ont pas la même signification dans le milieu hospitalier et sur toute la chaîne d’assistance des personnes en danger de mort. Je vous propose un abécédaire des hôpitaux de Dakar.

1-Sapeurs Pompiers
Un ami a eu la malchance de croiser le chemin d’un chauffard de taxi à la station de Sebikotane, ce vendredi à 9h 14mn, les pompiers aussitôt alertés, sont arrivés sur les lieux de l’accident deux heures plus tard. L’accidenté était déjà mal en point et avait perdu beaucoup de sang.

Le manque d’équipements et de matériels de sauvetage chez les pompiers est criard, ils se débrouillaient avec une planche qui servait de brancard et des morceaux de tissus pour nettoyer la tête entaillée du pauvre accidenté.

Comment peut-on prétendre sauver où périr, si le pompier lui-même est en danger ? Ils ne sauvent rien, pour ne pas périr dans ces conditions.

2-Urgences
L’hôpital de Pikine, inauguré récemment avec faste et fanfares par la dame de l’OMS, est supposé être une structure militaire, donc sérieuse et compétente. Eh bien ! Que nenni !, c’est plutôt un casino. Les accidentés, à même le sol, gémissaient gisant dans leur sang, devant l’indifférence totale du personnel médical. Je me suis surpris en train de me demander : Mais comment ils font ? Une voix intérieure me répondit sans doute ils sont dopés. Par quelle substance je ne sais pas. Seulement, c’est ahurissant de voir ces scènes d’horreur et continuer à palabrer et chatter sur Facebook.

Et là, j’ai levé la tête pour regarder l’enseigne accroché devant la porte du bâtiment où on peut lire « URGENCES ».

Non, il n’y a rien d’urgent ici me disais-je. Soit l’académie française a changé la signification du mot, soit ils se sont trompés de vocabulaire.

Après avoir payé quatre factures de 10.000 Frs dont deux pour faire la même radiographie, un bulletin de transfert nous a été remis pour l’hôpital Le Dantec ou CTO.

J’attendais l’ambulance pour justement nous transférer mais on m’a fait comprendre que je devrais transporter le malade à mes frais. J’avais déjà épuisé mes capacités d’indignation.

C’est donc un casino à sous et non un lieu de soins et d’assistance. Et cap sur l’hôpital Le Dantec.

3-Urgences chirurgicales

La rude journée passée à l’hôpital de Pikine m’avait déjà convaincu de ce que j’allais trouver sur place.

Un médecin parlant swahili avec sa collègue était presque irrité de nous voir. On lui tendit le bulletin de transfert qu’il regarda avec mépris et installa notre pauvre malade sur une chaise dans un petit bureau aux murs lézardés et crasseux.

Le malade lui-même, l’expliqua, malgré la souffrance, qu’il a juste besoin qu’on l’aide à remettre en place l’épaule déboîté.

Après quelques tentatives devant un groupe d’étudiants médusés, il abandonna la partie et plus de nouvelle. Il nous revient vers minuit, alors que je commençais à perdre patience et j’avais retrouvé ma capacité d’indignation, je proposais au malade d’aller dans les cabinets privées.

Et là, j’ai été témoin de deux faits inédits : une dame, la trentaine, assise sur un chariot, se tordant de douleur devant l’œil impuissant du mari. J’en avais même oublié notre accidenté. Je demandais au mari pourquoi le médecin marocain et sa copine refusaient d’admettre la dame ? Il m’expliqua la voix étreinte et l’air très épuisé : « En effet, ma femme a été opérée ici, mais apparemment ils ont raté l’opération et ils nous avaient envoyé vers un neurochirurgien de l’hôpital Fann. Là bas, j’ai attendu deux jours pour être renvoyé vers l’hôpital principal. Et de l’hôpital principal, le médecin m’a remis un papier pour nous demander de revenir à Le Dantec où l’opération avait été réalisée ».

Et après, rétorquais-je, pourquoi diantre ils ne veulent pas reprendre l’opération ? Je n’attendais pas une réponse, parce que lui-même n’y comprenait rien. Je lui propose instinctivement de porter plainte. Et, là sa réponse était effrayante : « dou moudjié fénn » (ça n’aboutira à rien).

J’étais affligé et je me demandais pourquoi donc on paye l’impôt, la TVA… Et pourquoi il n’y a que des Marocains et autres étrangers dans ce service aussi capital ? J’étais dévasté et j’ai regardé la femme qui n’attendait que la mort, par la faute d’un chirurgien incompétent et que les parents démunis allaient s’en remettre à l’ordre du créateur. Quelle injustice !

Cette dame n’était pas un cas isolé. A peine avais-je fini de reprendre mes esprits qu'une C3 se gara devant le bâtiment, un homme y sort accompagné d’une dame relativement âgée qui poussait des cris de douleurs.

Notre apprenti-chirurgien marocain sortit du bureau avec une fille blonde visiblement mal à l’aise.

La dame explique que c’était lui-même qui l’avait opérée ici deux fois et qu’elle était hospitalisée dans le même service durant cinq mois.

La question du Marocain était renversante : Oui, je t’avais opéré de quoi ? C’est quand-même inquiétant d’avoir des chirurgiens à notre chevet dans des moments aussi critiques et qu’on reste cinq mois avec lui et qu’il ne trouve rien d’intelligent à dire que de poser une question aussi répugnante.

L’énervement, l’incompréhension se mêla à la fatigue et j’avais qu’une envie de crier à tout le monde que, dans ce service, on tue impunément et que l’acte médical était devenu une discipline des jeux olympiques. Ces étrangers viennent donc s’entraîner sur nous et rentrer tranquillement dans leurs pays respectifs.

4-Sécurité
Un habitué des établissements publics de santé est frappé par le nombre impressionnant d’agents de sécurité. On ne versera pas dans la critique facile. La sécurité c’est important dans le contexte actuel. Toutefois, le scandale se cache derrière les conditions sociales de ces agents.

Au hasard de notre errance dans cet office sanitaire, nous avons croisé un préposé à la sécurité, appelons-le Monsieur Diakhoumpa, dans l’un des établissements cités plus haut. Mon instinct d’ancien Directeur des Ressources Humaines (spécialiste en Ressources Humaines) m’a poussé à lui demander comment on fait pour rentrer dans ce corps des agents de sécurité.

Sa réponse était simple : « Je ne vous souhaite pas de porter cette tunique, nous avons 40 mille francs de salaire pour six jours de travail par semaine, on a même pas de contrat de travail ».

Voulant en savoir davantage, je lui dis que ce n’est pas possible, vous êtes payés sur quelle base ? Monsieur Diakhoumpa, m’expliqua : « On est payé sans états de salaires, c’est juste une enveloppe qu’on nous remet à la fin du mois, on n’a pas d’IPM encore moins de cotisations à l’PRES et à la Caisse de Sécurité Sociale ».

Ma conclusion a été très vite tirée, c’est encore une nouvelle forme de trafic d’êtres humains ou encore pire de l’esclavage pour enrichir des fonctionnaires corrompus et qui ont perdu leur humanité.

J’ai compris que c’est un montage scandaleux pour pomper les maigres ressources de notre trésor public et exploiter une jeunesse qui n’a plus d’issue et qui ne peut plus emprunter les bateaux de fortunes.

En définitive, ce « vendredi blanc » comme le linceul fut éprouvant mais quand même riche. Cette journée m’a permis de comprendre que ce pays va très mal et la dérive est toute proche.

Le système sanitaire est pourri comme les autres systèmes d’ailleurs et son ministre est constamment dans la pseudo dynamique pour tromper le peuple et son patron.

L’Etat, garant du respect des textes de lois, est le premier à violer la législation du travail, en acceptant d’engager des agences de sécurité qui se moquent du code du travail.

Et pendant ce temps-là, on nous tympanise à longueur de journée sur des sujets peu porteur sur l’émergence encore moins sur le développement comme l’élection des conseillers du Haut Conseil des Collectivités Locales, de la double nationalité, de la bonne gouvernance, etc. Alors que l’Urgence est aux Urgences dans nos hôpitaux, dans nos universités, dans nos écoles, dans nos champs, dans notre système de transport, entre autres.

Dr Bassirou NIANG
drbassirou@gmail.com







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