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Classe politique corruptogène - Par Momar Gassama


Rédigé par leral.net le Jeudi 12 Mars 2015 à 21:11 | | 1 commentaire(s)|

Classe politique corruptogène - Par Momar Gassama
Il y a près d'un an, était pointée, dans une chronique, la nature corruptogène de notre classe politique. En ce que ses acteurs sont les porteurs du mal de corruption par leurs pratiques qui jurent avec les valeurs de notre société elle-même foncièrement religieuse. Comme si la sphère politique était le lieu de licence absolue de toutes les postures et de tous les comportements pour autant qu'ils permettent d'atteindre l'objectif visé. Ojectif qui n'est plus l'engagement altruiste au service de la communauté nationale mais plutôt la voie d'accès sans montrer patte blanche à un ascenseur social express. Dès lors, adieu toute idée de méritocratie grâce à la compétence ou à la magie de la démocratie.

Cette chronique pointait l'ampleur du mal due à l'intrusion de la politique dans toutes les strates de la société et notamment son emprise contreproductive sur l'Administration de l'Etat. Au point que, sur l'architecture institutionnelle, la séparation des fonctions de chef de l'Etat et de chef de parti en est devenue une demande obsessionnelle. Au point que dans notre société de tous les jours, cette hypocrisie ordinaire qui consiste à asséner avec force des demi-vérités ou à mentir par omission est devenue la contre-valeur la mieux partagée. Parce que pour le moins, le croyant sait qu'il peut commettre tous les péchés même les majeurs sauf mentir de quelque manière qui soit.

L'actualité récente nous rappelle encore cette triste réalité dans les soubresauts notés sur le front social mis en exergue par la fameuse Loi Cadre sur l'enseignement supérieur. Les observateurs les plus attentifs auront noté que le raidissement des syndicalistes des universités était motivé bien moins par des revendications sonnantes et trébuchantes que par l'atteinte grave portée à l'autonomie des universités. Toute la communauté s'est soulevée pour procéder à un autodafé de la Loi pour signifier au pouvoir politique qu'il était allé trop loin : ce que d'aucuns ont qualifié d'acte anti républicain.

Un combat de la communauté universitaire qui ne vise rien moins qu'à préserver autant que possible les lieux de savoirs que sont les universités de l'intrusion de la politique politicienne. Principe dont s'est pourtant fait le défenseur, à son corps défendant, Mme Pécresse tout nouveau et contesté docteur honoris causa qui aurait soutenu, selon la presse : "Il ne faut pas faire de la politique avec l'université". Propos on ne peut plus circonstancié et d'une sagesse profonde tenu devant les autorités universitaires (politico-universitaires ?) contraintes de tenir la cérémonie de remise du diplome de Mme Pécresse hors de l'espace universitaire. Et dont elles vont s'approprier il faut l'esperer...

Dans le cas d'espèce, il est intéressant de noter que la Loi a été concoctée par des membres de la communauté universitaire (tombés en politique ?). Dans une disposition essentielle, la Loi conféreraiy à l'autorité politique le pouvoir de désigner la majorité des membres du conseil d'administration des universités : là se trouverait l'intrusion. L'argument que le projet de loi a été monté par l'ancien régime est d'autant plus dérisoire qu'il a été aussi servi dans un dossier similaire d'une autre communauté de savoirs, - les daaras qui estiment eux également que leur projet de loi avait été préparé moins pour eux que contre eux. Et pour défendre une démarche pour le moins cavalière, l'on n'hésite pas à taxer les uns et les autres de simplement refuser le progrès.

Dans le même ordre sur l'autonomie des services de l'Etat, un exemple emblématique est fourni par une actualité récente touchant le monde de l'économie numérique. Economie émergente dont la régulation est confiée à un organisme d'Etat érigé en Autorité pour mieux assumer en toute autonomie son rôle de gendarme du marché des réseaux de télécommunications. Un important sous-secteur de notre économie nationale qui ne connaît plus le dynamisme de ses débuts du fait, entre autres, de choix plus politiciens qu'autres opérés dans la gouvernance de l'Artp. Pour faire court, déjà dès la première alternance, cette jeune institution de l'Etat tombait entre les mains juveniles d'un proche du régime dit de l'alternance... Et pour dire vrai, l'Artp fera peu les unes de la presse par ses décisions de mise en œuvre des outils de régulation attendus ...depuis plus de dix ans ou de rappel à l'ordre servies aux opérateurs de réseaux.

Aujourd'hui encore, confiée à deux politiques adoubés agents de l'Etat et qui l'ont transformée en arène politique, elle en a oublié sa mission de gendarme du secteur. Quand le service téléphonique sur l'internet offert par Sonatel était défaillant plusieurs jours d'affilée, il aura fallu l'alerte sur les réseaux sociaux par un membre de la société civile, - merci Me -, pour que le régulateur consente à servir une demande d'explication à l'opérateur. Un de ces manquements des opérateurs de réseaux que la portabilité des numéros, un des outils de régulation classiques vainement attendus, aurait résolu dans ce cas-ci par le jeu naturel du marché. Les clients auraient simplement "migré" vers les autres opérateurs tout en conservant leurs numéros de téléphone parce que le service y était toujours opérationnel ou bien encore est de meilleure qualité ou de moindre coût...

S'il est un projet de société sur lequel chercher consensus, il semble que le combat pour une Administration de l'Etat autonome vis-à-vis du pouvoir politique doive être aussi sérieusement pris en compte. Au même titre que la séparation des fonctions de chef de l'Etat et de chef de parti à laquelle, semble-t-il, nos hommes politiques sont peu sensibles pour dire le moins.

Momar Gassama
Ingenieur des télécommunications






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