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Commentaire : Une visite réussie, ne vous en déplaise ! (Mamadou Oumar Ndiaye)

Comme Jules César , le président de la République peut dire, à propos de sa visite vendredi dernier à l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad), « veni, vidi, vici » (je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu). Car en plus du signe indien qui semblait s’opposer à une visite d’un président de la République dans ce qui devait être initialement un temple du savoir mais qui est devenu par la force des choses une zone de non-droit et une fabrique de contestataires mais aussi le terreau de toutes sortes de trafics, en plus de tout cela, le Président a pu dérouler tranquillement son programme. En réussissant, contre l’avis de ses proches collaborateurs et des services de sécurité, à effectuer une visite de travail dans la jungle de l’Ucad, à y dérouler son programme — à l’exception du pèlerinage qu’il envisageait de faire dans son ancienne chambrette d’étudiant —, le président de la République a fait preuve d’un très grand courage. On avait dit, et fini par faire y croire, que l’Université Cheikh Anta Diop était un bastion inexpugnable, un sanctuaire inviolable, une forteresse imprenable pour tout président de la République.


Rédigé par leral.net le Mercredi 5 Août 2015 à 08:00 | | 159 commentaire(s)|

Si les trois premiers dirigeants de notre pays se sont abstenus de relever le défi, le président Macky Sall, lui-même ancien pensionnaire de ce chaudron, a dit chiche et y est allé. Oh certes, il a récolté quelques huées tandis que des projectiles ont visé son cortège mais à part ces quelques incidents isolés, la visite a été une réussite totale. Il a pu inaugurer les huit nouveaux immeubles contenant 140 appartements F4 destinés aux bienheureux enseignants du Supérieur. Il a coupé le ruban symbolique, au campus social cette fois-ci, menant à trois nouveaux pavillons d’une contenance totale de 1044 lits, lesquels feront autant d’heureux, sinon le double voire le triple lorsque chacune des nouvelles chambres ou chacun de ces lits accueillera son lot de « clandos », ces étudiants que, par solidarité, leurs camarades hébergent contre le règlement. Il a lancé le programme de réhabilitation et d’extension des universités pour une enveloppe de 34 milliards de francs en même temps que celui de la construction et de l’équipement de 100 laboratoires de travaux pratiques.

Surtout, surtout, le président de la République a eu tout le loisir de s’adresser à toute la communauté universitaire, c’est-à-dire aux enseignants, aux étudiants, au personnel administratif, technique et de services… mais aussi de l’écouter. L’occasion pour lui d’annoncer un programme de construction de 10.000 lits dans différents campus sociaux, sans compter ceux qui seront réalisés au sein des universités en construction que sont celles de Diamniadio et du Sine-Saloum dénommées respectivement Amadou Makhtar Mbow et El Hadj Ibrahima Niasse. Rien qu’à l’Ucad, en incluant les 1044 lits réceptionnés vendredi, ce sont 2300 lits, soit 50 % du disponible total dans cette seule Université, qui ont été mis à la disposition des étudiants depuis 2012. Au total, c’est un Plan Marshall de 300 milliards de francs que le président de la République va consacrer à l’enseignement supérieur au cours des cinq prochaines années. Difficile, voire impossible, de faire mieux dans le contexte d’un pays africain pauvre qui ne dispose pas de ressources pétrolières. Encore que même les pays pétroliers tirent la langue actuellement du fait de l’effondrement des cours mondiaux du brut. C’est par volontarisme que le Président a décidé de consentir tous ces efforts en faveur de l’enseignement supérieur sénégalais alors que tant de secteurs auraient besoin de cet argent ! Plutôt que de mesurer les efforts que la Nation consent pour leur permettre d’étudier, voilà que nos grands enfants gâtés d’étudiants font la fine bouche. Et plutôt que de souhaiter la bienvenue au messager porteur d’aussi bonnes nouvelles, et d’avoir la courtoisie de l’écouter avant de lui dire merci, ces étudiants ingrats et mal éduqués l’ont accueilli avec des huées et des projectiles ! Ce alors pourtant que les solutions à leurs revendications, c’est de lui que ces drôles d’étudiants les attendent ! On ne saurait être plus paradoxal…

En fait, ce qu’il y a lieu de reprocher plutôt au président de la République, c’est d’être trop gentil avec les étudiants et de les choyer. A sa place, on aurait fermé l’Ucad pendant une année au moins afin de nettoyer cette gigantesque écurie d’Augias qu’elle est devenue. Une université où, non pas la lumière, mais les pierres sont devenues la loi. A tout le moins, où l’obscurantisme est reine avec non seulement la nullité des pensionnaires qu’elle accueille mais aussi ces chants religieux « djang » qui polluent l’atmosphère et tympanisent les rares apprenants qui veulent encore acquérir un minimum de savoir. Sans compter, on l’a dit, tous ces trafics qui poussent sur son terreau fertile. Et c’est justement pour avoir le droit de se livrer à ces trafics en toute impunité que nos étudiants ont insisté lourdement sur l’absolue nécessité pour les autorités de respecter les franchises universitaires. On a tout compris !

Des étudiants qui ne savent pas la chance qu’ils ont d’avoir des gouvernements qui, même quand ils prétendent être libéraux, font plus de social que des communistes ! Car voilà donc un pays qui figure parmi les plus pauvres du monde, un pays mendiant qui tend la sébile à tout vent, et qui, pourtant, se paye le luxe d’offrir des bourses à tous ses étudiants ou presque ! Lesquels, dans ces conditions, ne sont guère pressés de sortir du cocon de l’Université. Surtout que, dans les cités universitaires, ils sont nourris, logés et blanchis presque à l’œil. En tout cas pour des prix symboliques. La seule chose qu’on leur demande, c’est d’étudier mais c’est ce que ne font justement pas nos braves révolutionnaires professionnels devenus des spécialistes en matière de kidnappings et de caillages de bus et de véhicules particuliers. Des Vandales.

Alors que presque partout ailleurs dans le monde, en tout cas en Europe, en Amérique et en Asie — et même, de plus en plus en Afrique, y compris au Sénégal — des parents se saignent à blanc pour payer les études de leurs enfants, que des étudiants empruntent aux banques pour financer leurs cours à l’Université et ne rateraient pour rien au monde une seule heure de cours, chez nous, nos braves gaillards ont non seulement la chance d’avoir un gouvernement qui se ruine à les mettre dans des conditions relativement bonnes mais encore passent malgré tout leur temps à faire la grève pour un oui, pour un non voire pour un peut-être. Et à chaque fois, c’est le bien public qui en prend pour son grade !

Oui, ils ont bien de la chance ces étudiants de l’Ucad. Imaginez que, ce que certains écervelés ont fait au président de la République vendredi se soit passé en Chine, par exemple, ou dans certains pays africains. C’est par dizaines qu’on aurait compté les cadavres. Allez donc demander aux étudiants contestataires chinois de la place Tien-Am Men ! Mais le président Macky Sall est si gentil…

A preuve par les immenses efforts que déploie son gouvernement pour retrouver le tueur de l’étudiant Bassirou Faye. Si on compte bien, ce sont des dizaines de millions de francs qui ont été dépensés rien qu’en expertise balistique, sans compter la mobilisation presque à temps plein du doyen des juges d’instruction pour élucider ce meurtre. Or, des dizaines de Sénégalais sont tués chaque année à travers le territoire national sans qu’autant d’efforts soient déployés pour mettre la main sur leurs meurtriers. Pourquoi donc tant de fleurs aux étudiants pour retrouver le tueur d’un de leurs camarades ? Un défunt camarade dont ils se contrefichent du reste, l’essentiel pour eux étant d’emmerder le Gouvernement. Car meurtre pour meurtre, un étudiant a été tué l’année dernière par un de ses camarades alors qu’ils se disputaient une place dans une queue pour entrer au restaurant. Le meurtrier de l’étudiant en question a disparu mais, depuis lors, on n’a jamais entendu les camarades du défunt mettre la pression sur la Police pour qu’elle retrouve le fuyard. Ah, si le tueur avait été un policier ! Il se trouve, hélas que c’était un étudiant. Toujours est-il que, comme si tous les étudiants n’étaient pas d’égale dignité et comme si toutes les morts ne se valaient pas, nos braillards de l’Ucad ne réclament guère justice pour la mort de leur autre camarade. Comme c’est curieux…

Intéressons-nous à l’acharnement dont ils font montre vis-à-vis de leur ministre de tutelle. Brillant universitaire, excellent ministre, le Pr Mary Teuw Niane a commis le « crime » impardonnable aux yeux des étudiants et de leurs enseignants d’avoir mis au jour les trafics, magouilles et affaires juteuses de tous ces messieurs et dames. Lesquels se sucraient royalement sur le dos du contribuable et avaient fini de privatiser nos universités à leur profit. Et d’avoir démantelé leurs magouilles, nos éminents professeurs, pour une fois d’accord avec leurs étudiants, ne le pardonneront jamais au Pr Mary Teuw Niane. Lequel a aussi entrepris de mettre en œuvre des réformes qui conditionnent le salut de l’Enseignement supérieur dans notre pays. Mais comme ces réformes dérangent des rentes de situation, on comprend que le Pr Niane soit impopulaire aux yeux de tous ces braves gens qui vivaient sur la bête ! Les huées qui fusaient à chaque fois que son nom était prononcé n’étaient évidemment pas innocentes. D’entendre tous ces braillards et magouilleurs, ces nullards aussi, le conspuer devait assurément indiquer au Pr Niane qu’il est sur la bonne voie. Car c’est si tout ce monde l’avait acclamé qu’il serait en droit de s’inquiéter… Et le président de la République avec lui.

Tout homme de bonne foi devrait saluer les immenses efforts financiers consentis par ce dernier en faveur du secteur de l’Education en général, et de l’Enseignement supérieur en particulier. De même, si l’on n’est pas un opposant indécrottable ou un journaliste — nous ne nous intéressons malheureusement pas aux trains qui arrivent à l’heure, d’où l’accent mis sur les quelques huées et pierres jetées au détriment des actes importants posés ce jour-là —, si l’on n’est pas un opposant indécrottable ou un journaliste, donc, l’on est forcé de reconnaître que la visite du président de la République à l’Ucad a été un franc succès. Devrait-on dire heureux qui, comme Macky Sall, a fait un beau voyage au temple du Pharaon du Savoir ?

Mamadou Oumar NDIAYE
« Le Témoin » quotidien







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