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Conférence de Paris sur l'affaire Karim Wade : L’Etat du Sénégal mis au banc des Nations

C’est dans une salle comble –prévue pour 250 personnes et qui a finalement reçu plus de 400- que Me Abdoulaye Tine, expert en droit international, et Me Samba Thiam, avocat au barreau de Paris et membre de l’institut des Droits de l’Homme de Dakar ont fait face ce samedi au public, pour lui expliquer les mécanismes du groupe de travail des Nations Unies.


Rédigé par leral.net le Lundi 21 Septembre 2015 à 20:24 | | 8 commentaire(s)|

Et lui dire la signification du fameux «Avis» qui a fait du justiciable Karim Wade -emprisonné dans le cadre de la lutte contre l’enrichissement illicite- en un détenu arbitraire, dont le maintien en détention transforme en «otage», «séquestré» par le gouvernement du Sénégal. Dans ce public venu nombreux sont assis Mamadou Diop Decroix, Pape Samba Mboup, Ngoné Gomis du Misac, Sira Gnamé Touré de Cikaw, Hattab Ndiaye de Askaw et l’ancienne Première Dame.
Digne dans son malheur, Mme Vivianne Wade, assise aux premières loges observe et écoute dans un silence de cathédrale. Auparavant, son arrivée dans la salle avait été saluée par de chaleureux applaudissements et des Sopi Sopi à en faire pleurer le pape du Sopi. Comme elle, Me Abdoulaye Tine est concentré, voire tendu, même s’ils essaient tous les deux de le dissimuler. Si pour l’expert il s’agit de se prononcer sur la valeur de l’avis qui place son pays sur la liste des Etats qui ne respectent pas les droits de l’homme, pour la mère, il s’agit de la vie de son fils, détenu depuis bientôt 3 ans.

Conférence de Paris sur l'affaire Karim Wade : L’Etat du Sénégal mis au banc des Nations
Avant l’expert, Me Samba Thiam qui intervenait en tant que modérateur a fait savoir qu’il ne tolérerait pas que cette tribune scientifique et académique ne soit transformée en un meeting politique. «Sinon, je serai obligé de quitter vitre salle» a t-il martelé. Cela étant clairement dit, c’est au conférencier qu’est revenu la charge de retracer le parcours du groupe de travail des nations Unies. Dirigé en ses tout début par un juge sénégalais pour le compte de l’Afrique, Malick Sow, c’est un béninois, Roland Adjovi, qui a pris sa suite. Et c’est cet avis suggéré par ce magistrat qui a rendu célèbre –aux yeux des Sénégalais- cette institution dont les Sénégalais pensent tout le bien et son contraire. Alors, se fondant sur son expérience en tant qu’expert des Nations Unies, Me Abdoulaye Tine a expliqué la valeur juridique de cet avis, ses conséquences et les sanctions encourues par l’Etat qui ne les respectent pas.

Pour lui, dès que l’avis est rendu, le gouvernement du Sénégal devait mettre un terme à la détention de Karim Wade et se plier aux recommandations du groupe de travail. «En plus de sa remise en liberté, Me Abdoulaye Tine, se fondant sur l’arrêt du groupe de travail, estime que le Sénégal doit indemniser Karim Wade, pour tout le temps qu’il est resté en prison». Se voulant plus précis, il a fait savoir qu’«il n’y ni appel, ni recours contre cet avis. C’est un avis définitif». Bien que appelé «avis», c’est une décision de droit et elle est au dessus des lois nationales. Pour lui, l’appellation «avis» répond à une logique mi diplomatique, parce que les Etats ont voulu qu’on l’appelle ainsi. «Si demain l’Etat prend une décision et que le groupe du Travail prend le contrepied, ça dévoile, tout de suite, la mauvaise foi. Alors, c’est pour ménager la susceptibilité de certains qu’on a préféré l’appeler avis». «Mais, précise-t-il, de nombreux juristes internationaux en ont tellement marre de cette toute cette polémique qu’ils voudront qu’on l’appelle décision point barre». Pour lui, le président de la République qui est le gardien de la constitution est le premier qui devait se plier à cet «avis», parce que les nations Unies sont au dessus de la constitution.

Pour l’expert, «sur les sources de la légalité reconnues par la Cour suprême du Sénégal, il y’a effectivement les droits onusiens. Et ils ont la primauté sur la Cour Suprême». A en croire le conférencier, si le Sénégal ne se plie pas à cette décision, il s’exposera à de nombreuses sanctions dont la mauvaise publicité qui pourrait être faite à son régime.
«On pourra dire que le Sénégal est un Etat qui ne respecte pas les Droits de l’homme, un Etat qui séquestre, un Etat voyou. Et cela, n’est pas bon vis-à-vis des bailleurs de fonds et des hommes d’affaires qui veulent faire du business au Sénégal». A déclaré Hattab Ndiaye, le coordonnateur d’Ass-Kaw et initiateur de la rencontre.
«Ce n’est pas tout, si l’on en croit l’expert, voyant que le Sénégal ne respecte pas les chartes qu’il a lui même signées, on pourra demander son exclusion du Conseil des Droits de l’homme des Nations Unies». Cette dernière phrase a donné une idée au camp de Karim Wade. De sources proches d’Abdoulaye Wade qui n’a pu venir pour des raisons de santé, «on prépare un grand coup médiatique». Interpellée au sortir de la conférence, Mme Viviane Wade s’est refusée à tout commentaire.

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