En créant cette Cour, Abdou Diouf voulait d’abord régler des comptes personnels, mais aussi protéger la République contre tous ses fossoyeurs. Mais «sa» Cour de répression fit long feu, du fait de la psychose qui a émaillé toute son existence.
Jamais dissoute officiellement, la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite d’Abdou Diouf, après trois ans d’activités et seulement trois dossiers bouclés, s’était simplement sabordée, à la suite de nombreux décès et autres affectations suspectes. Présidée par le magistrat métis saint-louisien Gilbert André, nommé à la suite de nombreux désistements de juges pressentis, la CREI avait parmi ses assesseurs un certain Papa Maguèye Guèye, tandis que le juge Youssouf Sakho en était le Procureur spécial. A la tête de sa Brigade d’instruction, le commissaire Cheikh Bâ.
Toutes ces personnes sont aujourd’hui dans l’au-delà et ont perdu la vie pendant même la courte durée de vie de l’ancienne Cour, qui n’avait pas fini d’instruire certains dossiers qualifiés de «trop sensibles». Si les trois premiers ont disparu naturellement, le policier (Cheikh Bâ), lui, est mort en mission commandée en Irak, d’un coup de feu reçu dans sa chambre d’hôtel. Et on avait vite fait de lier ce crime aux décès surprenants des autres membres de la CREI. On parle même d’un proche parent de l’ex-président –un oncle maternel, disait-on– qui aurait été épinglé par Gilbert André et ses hommes, mais dont le dossier aurait disparu comme par enchantement.
Naturellement, dans ce genre de situations, ce sont toujours les lampistes qui trinquent. Aussi, les pauvres Bécaye Sène, ex-Directeur général de la Banque de l’Habitat du Sénégal (BHS), Baba Dioum, ancien directeur général de la Société nationale de Forages (Sonafor) et un technicien du théâtre Daniel Sorano, du nom de Mamadou Gassama, ont été les seules victimes de la Cour, avant sa disparition en 1984.
Wade, lui, n’avait pas éprouvé le besoin de redynamiser la CREI, puisqu’il existait déjà des institutions judiciaires en mesure de traquer les délinquants économiques, telles la Cour de Vérification et de Contrôle des Etablissements publics (CVCEP), l’Inspection générale d’Etat (IGE), entre autres, sans parler des cabinets d’audit qui pouvaient être commis. Ses recherches et enquêtes avaient porté leurs fruits, mais la transhumance politique est passée par là pour annihiler l’action du président.
Le juge Mandiogou Ndiaye et ses collaborateurs, qui ont pris leur courage à deux mains pour accepter de siéger dans cette cour, savent vers quoi ils vont et ce qui les y attend. Aucun cadeau ne leur sera fait et aucune arme ne sera de trop pour les abattre, dès lors qu’ils s’attaqueront à des dossiers «trop sensibles». Les proches des anciens membres de la CREI n’avaient pas manqué de les prévenir du danger que représentait la fonction de juge dans cette institution car, au Sénégal, il y a bien des intouchables ...
Serigne Mour Diop (lesenegalais.net)
Jamais dissoute officiellement, la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite d’Abdou Diouf, après trois ans d’activités et seulement trois dossiers bouclés, s’était simplement sabordée, à la suite de nombreux décès et autres affectations suspectes. Présidée par le magistrat métis saint-louisien Gilbert André, nommé à la suite de nombreux désistements de juges pressentis, la CREI avait parmi ses assesseurs un certain Papa Maguèye Guèye, tandis que le juge Youssouf Sakho en était le Procureur spécial. A la tête de sa Brigade d’instruction, le commissaire Cheikh Bâ.
Toutes ces personnes sont aujourd’hui dans l’au-delà et ont perdu la vie pendant même la courte durée de vie de l’ancienne Cour, qui n’avait pas fini d’instruire certains dossiers qualifiés de «trop sensibles». Si les trois premiers ont disparu naturellement, le policier (Cheikh Bâ), lui, est mort en mission commandée en Irak, d’un coup de feu reçu dans sa chambre d’hôtel. Et on avait vite fait de lier ce crime aux décès surprenants des autres membres de la CREI. On parle même d’un proche parent de l’ex-président –un oncle maternel, disait-on– qui aurait été épinglé par Gilbert André et ses hommes, mais dont le dossier aurait disparu comme par enchantement.
Naturellement, dans ce genre de situations, ce sont toujours les lampistes qui trinquent. Aussi, les pauvres Bécaye Sène, ex-Directeur général de la Banque de l’Habitat du Sénégal (BHS), Baba Dioum, ancien directeur général de la Société nationale de Forages (Sonafor) et un technicien du théâtre Daniel Sorano, du nom de Mamadou Gassama, ont été les seules victimes de la Cour, avant sa disparition en 1984.
Wade, lui, n’avait pas éprouvé le besoin de redynamiser la CREI, puisqu’il existait déjà des institutions judiciaires en mesure de traquer les délinquants économiques, telles la Cour de Vérification et de Contrôle des Etablissements publics (CVCEP), l’Inspection générale d’Etat (IGE), entre autres, sans parler des cabinets d’audit qui pouvaient être commis. Ses recherches et enquêtes avaient porté leurs fruits, mais la transhumance politique est passée par là pour annihiler l’action du président.
Le juge Mandiogou Ndiaye et ses collaborateurs, qui ont pris leur courage à deux mains pour accepter de siéger dans cette cour, savent vers quoi ils vont et ce qui les y attend. Aucun cadeau ne leur sera fait et aucune arme ne sera de trop pour les abattre, dès lors qu’ils s’attaqueront à des dossiers «trop sensibles». Les proches des anciens membres de la CREI n’avaient pas manqué de les prévenir du danger que représentait la fonction de juge dans cette institution car, au Sénégal, il y a bien des intouchables ...
Serigne Mour Diop (lesenegalais.net)






