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Cri du cœur pour le monde rural - Par Cheikh Fatma Mbacké


Rédigé par leral.net le Jeudi 28 Août 2014 à 15:32 | | 0 commentaire(s)|

Cri du cœur pour le monde rural - Par Cheikh Fatma Mbacké
Le 17 août dernier, le Président de la République, Monsieur Macky SALL, revenant d’un voyage de près de deux semaines, a longuement évoqué la crise universitaire occasionnant la mort par balle de l’étudiant Bassirou Faye.
Il est vrai que cette tragédie a ému tous les sénégalais. La mort de ce jeune est le symbole d’un espoir perdu car il représentait la jeunesse sur qui le Sénégal a beaucoup investi et sur qui il compte pour son avenir. Aujourd’hui tous les citoyens épris de paix et de justice exigent que toute la lumière soit faite sur cette affaire et que toutes les conséquences de droit soient tirées.

Cependant beaucoup d’observateurs ont été surpris de noter que le Président n’a rien dit sur la situation dramatique dans laquelle se trouve aujourd’hui le monde rural. Il ne s’agit pas ici de mettre en « concurrence » deux crises majeures actuelles dans notre pays, loin de nous cette idée. Il s’agit simplement d’inviter nos autorités à savoir gérer plusieurs crises en même temps et la presse à mieux jouer son rôle d’investigation, de veille et d’alerte. Malheureusement la plupart des médias semblent totalement ignorer le drame qui frappe le monde rural. Ces paysans qui constituent près de 70% des actifs de ce pays n’organisent pas des marches de protestation, ni de grèves, et n’ont pas beaucoup de dirigeants honnêtes capables de porter leur parole et leurs douleurs. Mais des médias dignes de ce nom n’ont pas besoin de tout cela pour mener leur travail qui consiste à trouver et donner la bonne information. Malheureusement force est de reconnaitre que la plupart des médias aujourd’hui au Sénégal sont obnubilés par l’actualité-spectacle politique et people comme le procès Karim Wade, l’arrestation de Samuel Sarr…

Pendant que le Président de la République effectuait un long périple entre l’Amérique et l’Europe, de nombreuses localités du Sénégal attendaient encore leur première pluie. Les paysans, complètement désemparés se sont mis à revendre leurs semences d’arachide après avoir perdu tout espoir d’une saison de pluie normale. Avec le retard de la pluie, les pâturages asséchés et l’aliment bétail inaccessible, la famine sévit aussi chez les animaux. On assiste même dans certains endroits du pays à une véritable hécatombe dans les troupeaux. Pour en préserver certains les éleveurs ont du recourir aux feuilles de arbres de « Neem » ; alors qu’en temps normale, les feuilles de cet arbre ne sont pas comestibles par le bétail.

C’est en cette fin du mois d’août qu’on enregistre les véritables pluies dans beaucoup de contrées mais les paysans pensent que c’est déjà trop tard pour l’arachide et le mil. Il reste un maigre espoir pour le niébé ; mais les semences distribuées comme des semences de cycle court ne sont en réalité que des semences de cycles normaux. D’ailleurs, certains paysans se sont simplement contentés de les consommer. Les actifs du monde rural ont toujours dénoncé la mise en place tardive de l’engrais et les faibles quantités octroyées.

Le monde rural a l’impression que ses difficultés sont complètement ignorées. Sinon, comment comprendre alors la sortie du Président lors de la Korité annonçant que la saison suivait son cours normal et que le retard des premières pluies était dû au changement climatique ? Tout le monde sait que ces dernières années l’hivernage s’installait d’habitude en fin mai dans le sud et en fin juin dans le reste du pays. Tous les spécialistes s’accordent à dire que le changement climatique ne peut pas expliquer un retard de près de deux mois dans l’installation de la saison des pluies. D’ailleurs au moment où le Président faisait cette annonce, Cheikh Sidy Moukhtar Mbacke, Khalif général des mourides appelait tous les musulmans à des séances de prières pour la pluie. En outre, quelques jours après cette déclaration du Président, le Ministère de l’agriculture affirmait qu’une réunion du CILS avait prédit cette année un retard et un déficit de la pluviométrie dans la zone. Alors pourquoi cette cacophonie dans la communication sur cette affaire ? Personne n’ose croire que le Président a parlé ainsi sans avoir été informé par son conseiller agricole ou le Ministre en charge de cette question. A-t-on donné une mauvaise information au Président ?

Aujourd’hui le minimum qui peut être demandé au Président de la République est de :
• s’atteler au plus vite à apporter une aide substantielle alimentaire aux braves paysans et aux bétails qui en ont bien besoin (il semble que des annonces ont été faites dans ce sens. Tant mieux si cette information se vérifie);
• Impulser et organiser la solidarité nationale en faveur du monde rural, notamment en faisant appel à tous les fils de ce pays, aux guides religieux de tous bords. Il est vrai que ces chefs religieux font déjà beaucoup dans l’aide à leurs fidèles du monde rural, mais une action d’une plus grande envergure est ici souhaitable, à l’image du geste que le Khalife Général des mourides avait fait en donnant un milliard de FCFA lors des inondations de 2012 ;
• Commencer d’ores et déjà à préparer la campagne agricole de l’année prochaine. Car avec la catastrophe de cette année il est claire que les paysans n’auront pas de semences à garder ni les moyens de les acheter. Ce qui risque d’entrainer un effet domino dans les mauvaises campagnes agricoles des années à venir ;
• Aller encore plus loin dans les bonnes dispositions qui ont été prises cette année dans la riziculture ;
• Développer résolument la politique de diversification des cultures, l’option des variétés à cycle court et les spéculations qui ne dépendent pas totalement de la pluviométrie.

Cette crise aiguë dans le monde rurale est très sérieuse. Elle doit préoccuper tous les sénégalais (urbains et ruraux). Presque tous les urbains ont des parents dans les campagnes. Les répercussions d’un désastre dans le monde rural seront ressenties dans toutes les villes du pays avec certainement l’explosion de l’exode rural ainsi que des sollicitations accrues de leurs parents des villes.

Nous avons donc tous intérêt à ce que le monde rural soit aidé en urgence et que des politiques plus hardies soient mises en place pour un développement durable.

Cheikh Fatma Mbacké






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