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Crise de l’industrie musicale au Sénégal : La fin de la pollution sonore ?

C’est un euphémisme que de dire que la musique dite sénégalaise, et qui porte le nom de Mbalax, est en léthargie. Il est vrai, sur fonds de toile de marasme de l’industrie musicale, dans son ensemble, à travers le monde. Mais, la particularité au Sénégal, c’est que cette musique, que nous disons notre, souffre de plusieurs maux, en sus de la crise de l’industrie du disque, principalement liée aux mutations technologiques, dont l’apparition du digital et de l’e-économie.


Rédigé par leral.net le Lundi 31 Août 2015 à 10:54 | | 0 commentaire(s)|

Le Mbalax dont on dit qu’il est notre musique semble avoir plafonné dans sa quête de perfection, en laissant d’ailleurs un gout d’inachevé aux puristes. Incapable de gagner la reconnaissance sur la scène mondiale de la musique, à l’image de la salsa, de la rumba, du zouk, du reggae, notre bon vieux Mbalax essoufflé, tourne en rond chez nous. En Europe et dans les autres continents, elle est juste une musique ethnique et « ghettoïsée », et les concerts se déroulent dans de petites salles au grand bonheur de compatriotes exilés. En effet le Mbalax n’est pas sollicité par les Tourneurs lors des festivals (Vieilles Charrues, Francofolies Printemps de Bourges, encore moins par les producteurs appelés Majors (Universal music group-France, Warner music group-USA et Sony music Entertainment- Japon).

Rares sont les groupes Sénégalais ayant bénéficié de la « curiosité » de ses institutions. Celle-ci assouvie, l’expérience n’a jamais été renouvelée. Il y a énormément de bluff à propos de ces concerts surmédiatisés de nos artistes à Paris. Ceux-ci sont organisés pendant une année, avec force renforts de la crème du public local, de mobilisation de la Diaspora, et ressemblent à des tontines d’audience, en sollicitant les artistes Africains des autres pays et leurs publics. Bercy, Zénith et Docks Pullman s’inscrivent dans cette logique.

Au Sénégal, ce n’est pas la formation qui donne le statut d’artiste musicien mais l’appartenance à une souche sociale. C’est le cas pour plus de 70% de nos soit disant musiciens. Ce qui fait que, une infime minorité peut lire le solfège. D’ailleurs les efforts que l’on peut noter chez les jeunes rappeurs, sont le cadet des soucis des tenants du Mbalax dominant. Sur ce registre, le Grand Théâtre National, dont la vocation ne devrait pas d’être uniquement le réceptacle des anniversaires des leaders du Mbalakh qui se lancent un défi de remplir ses 1800 places, avec plus ou moins de bonheur, et autres conférences, doit être interpellé.

En effet, il manque une vision à cette infrastructure culturelle de dernière génération, qui devrait être un centre d’incubation et de raffermissement des compétences artistiques, par la mise en place de programmes d’échanges entre nos artistes et ceux venus d’ailleurs. Un « Cluster » dans le jargon de l’économie de la culture. L’institution dispose des espaces adéquats, d’un budget conséquent et du soutien du Ministère de tutelle. Elle pourrait le faire dans le cadre d’un programme annuel bien conçu et avec l’appui des institutions de financement des échanges culturels et de la circulation des artistes, en sus de ses moyens propres.

L’indigence des artistes, la rareté des producteurs et promoteurs, font que les plus grands espoirs du Mbalax en sont réduits à aliéner leur identité artistique, en se faisant copie d’un leader pour s’attacher les faveurs de quelques maisons de productions qui règnent sur le marché. Ce qui fait que depuis plus de deux décennies le Mbalax fait preuve de manque de créativité et d’innovation. Il n’y a aucun renouvellement dans l’offre artistique. Les générations se suivent et se confinent dans le mimétisme des pères fondateurs, dans les textes, la présence scénique, jusqu’aux chorégraphies.

Faisant ainsi preuve de manque de vision et d’ambition. Ceci malgré l’importance du taux d’indice bohémien de notre pays, c'est-à-dire, le nombre total d’artistes, rapporté à la population globale. Aujourd’hui le nec plus ultra de la carrière d’un artiste du Mbalax est de faire concert……à Paris. La responsabilité de certains leaders du Mbalax qui encouragent ce phénomène pour donner des débouchés à leur label est entière.

De la splendeur de cette musique dans les années 80/90, il ne reste plus que le « Tassou » insipide, une danse obscène, une mode efféminée qui brouille les frontières des genres (masculin-féminin), le tout bien véhiculé par des médias audiovisuels complices et qui ont fini de faire la preuve de leur carence en termes de contenu.

Il est curieux de constater que toutes les expériences musicales qui se sont démarquées du Mbalax, quelque soit l’accueil favorable du public, ont connu une existence éphémère, si les groupes ne sont contraints à l’exil, et le génie de leurs initiateurs récupéré par le Mbalax. Il en est ainsi du Xalam, du Missal, du Ndeup…etc. C’est là tout le mérite de certaines formations musicales qui ont fait le choix, de se décaler du Mbalax, d’avoir une expression marginale dans le marché Sénégalais et de tourner sur les scènes Européennes, tant bien que mal. Lune d’elles, au mois d’Octobre recevra une distinction mondiale à Bucarest. Qui est au courant ?

Amadou LY
Expert en marketing-communication
Diplômé en management Culturel






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