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DEAL or not DEAL : Les sentiers d’un imaginaire codé vers la Présidentielle sénégalaise de 2017

Le Président Macky Sall a tenu à donner à l’événement tout l’éclat qui sied en recevant ce matin là le Président Abdoulaye Wade avec le prestige dû à son rang. Aussi depuis 5 minutes se tient-il bien raide et très strict au bout des marches de l’escalier du palais présidentiel, debout et sanglé d’un costume bleu clair, avec une cravate bien nouée sur une chemise d’un blanc écarlate. Il attend. Il a les idées claires pour l’entretien décisif qui va se dérouler à huis clos, avec son précédent mentor. Il est calme et serein comme à son habitude.


Rédigé par leral.net le Lundi 16 Février 2015 à 08:01 | | 2 commentaire(s)|

DEAL or not DEAL : Les sentiers d’un imaginaire codé vers la Présidentielle sénégalaise de 2017
La Mercedes présidentielle, avec comme seuls occupants le Président Wade et le chauffeur a franchi le seuil des imposantes portes du palais de l’avenue de la République. Elle roule d’une allure lente, de marche piétonne, en direction des escaliers de la grande Bâtisse blanche.

Bruno Diatta, toujours élégant et svelte, finit de descendre les dernières marches et ouvre d’une main ferme la porte arrière gauche, laissant sortir, le vieux lion de la scène politique sénégalaise. Abdoulaye Wade a le sourire aux lèvres. Il semble visiblement heureux de retrouver le fidèle et très professionnel Bruno, lequel lui rend les amabilités d’usage. Respectueusement, il prie le Président Wade de rejoindre le Président Macky Sall en haut des marches.

L’échange est bref et contenu, ponctué de mots de bienvenue et de merci. Chacun bien sûr sourit. Tout juste ce qui convient à la dignité et aux civilités protocolaires de cette rencontre à l’allure d’un Ndeup d’exorcisation de l’actualité politique sénégalaise tendue de ces dernières semaines. L'événement est suivi aussi bien au niveau national qu’au niveau international. Avec passion et intensité.

La presse placée en contre bas et à droite des escaliers du palais ne rate pas une fraction de seconde des ces instants uniques. Les flashes crépitent, et les caméras braquées depuis que la voiture conduisant le président Wade a franchi les portails du palais présidentiel, filment en plan continu tous les faits et gestes. Curieusement il n’y a point de bousculade, chacun semble être rigidifié par la solennité de l'événement. On n’entend que le cliquetis et les grésillements du matériel des journalistes.

Il faut être vraiment fin observateur pour percevoir, déceler et peut être sentir que de la poignée des mains fermes et franches entre les présidents Macky Sall et Abdoulaye Wade, ce dernier a légèrement retenu la main du président Sall, pour davantage prolonger les flashs des photos. Il ne faut manquer d’immortaliser les photos de ces instants magiques. Le sourire est de mise, bien sûr, comme quand deux vieux amis se retrouvent.

Aussitôt après cette mise en en scène, le Président Macky Sall prie son hôte de le suivre dans le salon d’honneur. Pas un mot échangé durant la traversée de cette vaste salle menant au salon d’honneur.

Les deux présidents se retrouvent seuls. L’instant est unique. Il est tout spécial. Nul témoin si ce n’est Dieu. Dans le silence extérieur de cette scène de théâtre, la chimie des émotions intérieures, chez chacun des protagonistes, se mélangent des sentiments de colère, de défiance, de soupçon et de méfiance vis-à-vis de l’autre, mais aussi, une sorte de crainte et d’appréhension que les choses ne leur échappent, que le cours qu’emprunte la dynamique politique qui les oppose ne soit plus à leur emprise. En outre, cet entretien apparait beaucoup plus comme un profond appel au secours réciproque, entre les deux présidents, deux années avant les affrontements présidentiels au Sénégal.

Le président Macky Sall : Monsieur le Président je suis heureux de vous recevoir ici aujourd’hui, en ce palais de la république où vous m’avez devancé, et croyez bien vraiment, toute mon émotion de vous retrouver en pleine santé et plein d’énergie.

Le président Abdoulaye Wade : Oui Merci… Je suis tout heureux de te revoir aussi. Mais écoutes, ne perdons pas de temps… Je ne comprends rien dans ta démarche. Je ne te suis plus. C’est toi, Macky Sall qui me fait cela, résolu à me combattre, à chercher à détruire ma famille. Toi Macky.
Le président Macky Sall : Monsieur le président, je crois qu’il y a une profonde méprise. Je n’ai jamais cherché à faire quoique ce soit contre votre famille, encore moins contre vous-même. Mais par contre, j’observe autour de vous beaucoup de gens de mauvaises intensions, animés de très mauvais desseins aussi, qui ont toujours cherché, et cherchent encore à dresser des obstacles entre vous et moi. La brutale rupture qui est advenue entre nous en 2008 a sa cause bien là, et ces gens qui se cachent à peine maintenant, sont toujours à l’œuvre. Je les vois. Mais sachez bien que je n’ai rien contre vous-même et votre famille. Je n’oublie pas tout ce que vous avez fait par le passé pour moi.

Le président Abdoulaye Wade : Non !! Non !! il ne s’agit pas de méprise… Peut être y a-t-il eu quelques erreurs avant les présidentielles je te le concède. Mais toi, tu as refusé la main tendue que je vous ai faite aussitôt après votre installation. J’ai formulé publiquement des prières pour ton magistère ; je m’étais prononcé pour t’apporter toute aide à ta guise. J’ai demandé, publiquement, que le PDS ne t’attaque pas et te laisse dérouler votre plan pour lequel tu as été élu. Mais je regrette, tu n’as jamais voulu répondre. Bien au contraire, tu as déclenché une campagne de dénigrement et de diabolisation, contre moi et mes proches, et aussi mis en branle votre traque politique de destruction de mon parti et de ma famille. Tu m’as bien surpris, car je n’ai jamais cru, jamais, et au plus profond de notre opposition, que tu pouvais être à ce point rancunier et revanchard. Je suis totalement pris de court.

Le président Macky Sall : Je suis vraiment désolé et très peiné Monsieur le Président, mais nous ne sommes pas sur la même longueur d’onde. Je ne suis animé d’aucun sentiment personnel croyez moi, surtout pas contre vous et votre famille. Vous devez comprendre, et je sais que vous le mesurez bien, la charge et la position qui sont désormais miennes, vous qui étiez ici à ma place, et qui aviez exercé la plus haute charge nationale douze ans durant. Je suis le Président de la République, avec le devoir sous serment de veiller à l’équilibre des pouvoirs de la république, à garantir la paix sociale. Mon engagement vis-à-vis des sénégalais était d’opérer une rupture pour un sursaut national. Pour moi, ce ne sont là pas du tout des engagements politiciens. J’ai appelé et cherché à prévenir tout le monde en ouvrant dans le cadre de la loi, des espaces de transactions saines pour éviter des drames personnels que je ne souhaite pas. Certains ont voulu répondre… Mais beaucoup d’autres autour de vous ont préféré engagé des combats vains, perdus d’avance. Ils vous entrainent dans une impasse. En l’état actuel des procédures, vous savez que je ne suis plus maitre du jeu, jusqu’à un certain point.

Le président Abdoulaye Wade : Ecoutes Macky, Degg Louma Bou Bah!! Il ne faut pas me raconter des histoires. Tu me connais bien, je dis les choses crûment, telles que je les sens. Oui tu es bien président de la république, personne ne te le conteste. Je vois tes hésitations. Mais je sais que de ta position tu peux mettre un terme à toute cette traque politico-judiciaire qui empoisonne la vie nationale. Ca ne sert pas le pays, ça ne te sert pas, au contraire, tu vas droit à l’échec qui peut aussi te conduire à perdre les élections. Il est temps que tu réagisses enfin. Tu sais que toutes les couches sociales du pays sont contre cette traque malsaine. Tous les khalifes de toutes les confréreries religieuses t’ont clairement demandé d’y mettre un terme, et de relâcher Karim Wade et les autres. Ne t’entête pas. Il y a des voies judiciaires pour y mettre un terme. Tu n’es pas juriste et on te conseille mal. Le parquet spécial, avec ton procureur spécial peut être un moyen d’arrêter toute cette histoire, y compris ces procès en cours. Il faut de la détermination, et tu es le chef suprême de la magistrature. Tu en as bien des moyens politiques et juridiques. Mais il faut le vouloir. Je sais que tu es coincé par tes alliés, qui t’ont mené dans cette impasse là, et tu t’embourbes.

Le président Macky Sall : C’est précisément là où nous divergeons profondément. Pour la rupture que je prône et la transparence que je veux mettre en œuvre dans la gouvernance du pays, je ne puis intervenir, en l’état actuel des procédures. La justice doit être indépendante dans sa pratique et suivre son bon cours pour la bonne marche du pays. Le procès de Karim est pratiquement à son terme. On attend le verdict. S’il est innocent je serai le plus heureux. S’il est coupable j’aviserai. Et d’autre part vous faites une mauvaise lecture des mes relations avec mes alliés. J’ai été élu au deuxième tour par une grande coalition nationale, BBY et nous avions fait un pacte d’unité et de bonne gouvernance. Ce n’est donc que la mise en œuvre de ce pacte : gagner ensemble pour gouverner ensemble.

Le président Abdoulaye Wade : En tous les cas, laisser condamner Karim Wade m’affecterait profondément. Tu le sais. Je ne puis accepter cette situation. Non ce n’est pas possible. Tu ne peux laisser faire. Tu sais, c’est la revanche de mes ennemis de toute ma vie politique, de toute ma trajectoire politique, qui veulent m’atteindre ainsi. Ils te poussent à le faire. Je te demande de te ressaisir. Tes alliés politiques ne cherchent que cela. Demain ils te lâcheront inexorablement… Ça commence déjà. L’AFP va à l’implosion. Toute la partie saine va quitter Moustapha ; il ne te sera d’aucune utilité, d’aucun apport. Il n’a avec lui que des notables qui ne lui servent à rien. Il est fini. C’est uniquement sa position de sinécure à l’assemblée nationale qui l’intéresse. Le PS suivra ; Tanor ne résistera pas non plus. Il joue double jeu pour tenter de concilier ses propres intérêts personnels avec de réelles forces internes au PS qui se préparent aux élections. Et saches bien que le PS aura un candidat, l’apport de Tanor te sera inutile. Je crois qu’il est temps que tu comprennes.

Le président Macky Sall : Je voudrais vraiment que nous puissions nous entendre en laissant faire la justice jusqu’au bout. C’est tout le Sénégal qui en sortirait réconforté, avec une crédibilité renforcée et une réelle consolidation de notre démocratie, démocratie pour laquelle votre apport est dans la mémoire de tous les sénégalais, c’est ineffaçable. Je n’ai rien contre mon frère Karim Wade. Je souhaite beaucoup qu’il ressorte innocenté dans ces affaires. S’il est condamné, j’exercerais mes prérogatives présidentielles pour le mieux du pays. Je vous le dis.

Le président Abdoulaye Wade : Cela ne règle pas tout comme tu sais, car il y a le problème de ses droits civiques et citoyens. Vous savez que s’il sort condamné de son procès, il ne peut plus participer aux compétitions électorales de son pays. Tu l’auras exclu de facto comme cela de toute ambition politique. Je trouve cela injuste pour lui.

Le président Macky Sall : C’est bien loin de mes desseins. Je n’ai jamais considéré Karim Wade comme un adversaire politique. Il aura tous ses droits civiques et citoyens. Je vous le promets.

Le président Abdoulaye Wade : Je prends bonnes notes et te refais confiance. Mais Ecoutes bien Macky, la situation politique qui est devant nous est simple, tout peut se faire alors qu’il est encore temps. La perspective Benno Bokk Yakkar est sans issue pour toi. Tu le sais bien. Cette coalition a épuisé toutes ses ressources. Il te faut une vision claire et une nouvelle perspective solide sur laquelle tu pourras t’appuyer, et mener à bien tes projets pour le Sénégal. Encore une fois, je te renouvelle ma disponibilité, et mon soutien si tu le veux toujours. Je vais te proposer un plan de fond qui scellera un accord politique.

Le président Macky Sall : J’ai tendu mes bras ouverts pour un dialogue politique avec tous les acteurs pour la stabilité du pays et son bien. Le Sénégal est bien au-delà de nos partis, de nos ambitions et de nos propres intérêts du moment. C’est le sens de ma dernière déclaration. Et je suis sincère dans cette voie.

Le président Abdoulaye Wade : Il y a plus d’une année, j’avais lancé un appel pour les retrouvailles des libéraux du Sénégal. Le Sénégal durablement peut être gouverné par les libéraux pendant encore un siècle. Il faut juste mettre un terme à la division actuelle. C’est là où je te propose un accord dans ce sens, puisque je te considère toujours membre de la famille libérale. La prochaine perspective est les présidentielles de 2017 si tu maintiens la réduction de ton mandat actuel à 5 ans. Nous devrons tous les deux, toi et moi, chacun de son côté, poser un certain nombre d’actes politiques. Pour toi, il te faut te départir de ce BBY finissant, inutile et désormais contre productif pour ta prochaine réélection. Ce ne te sera pas difficile. Il suffit juste de pousser la coquille évidée. Et de mon côté, il me faut réorganiser le PDS, renouveler ses instances, et le disposer à cette nouvelle perspective. Je compte beaucoup plus sur toi que sur Idrissa Seck. Celui là, il faut l’isoler, le laisser seul dans son réduit thiessois. Il mourra de sa belle mort politique.

Le président Macky Sall : Et vous comptez bien sûr aider à mettre à la tête du PDS Karim Wade.

Le président Abdoulaye Wade : Non pas forcément… De toutes les façons, c’est toi même qui l’as rendu très populaire. S’il devait avoir des élections internes dans le parti, il sera aussi majoritaire. C’est ce que je vois. Mais ce n’est pas cela le vrai problème. Je souhaiterais dans cette perspective des retrouvailles de tous les libéraux, une fois que vous aurez mis fin à BBY, que vous soyez le candidat de ces libéraux réunis, aux prochaines élections présidentielles. Ceci à tous les coups vous assure facilement un second mandat, avec un ticket Macky-Karim. Encore une précision, cette démarche ne présuppose pas la fusion tout immédiate de l’APR et du PDS et d’autres composantes de la famille libérale ; aux élections législatives, nous irons chacun des partis sous sa propre bannière. Ces deux grands partis peuvent encore coexister un temps. Il faut juste mettre en place un programme de gouvernement d’union qui nous engagerait devant les sénégalais durant ce second mandat. Et tu comprendras que pour la bonne fin de cette stratégie politique, une stricte confidentialité soit bien tenue de toute cette affaire. Que tout ceci reste entre toi et moi.

Le président Macky Sall : C’est là tout le problème. Je connais des forces très hostiles autour de vous pour tout rapprochement entre vous et moi. Et cette affaire, vu ses enjeux politiques, ne pourra se suffire d’un simple accord personnel, uniquement cloitré entre vous et moi. Il s’agit du pays, de son avenir, de nos partis, avec tous les militants qui sont engagés. Pour ma part, j’ai besoin de l’évaluer très bien, dans toutes ses implications.

Le président Abdoulaye Wade : Bien évidement il faut du temps pour asseoir tout cela. La balle est dans ton camp. Je crois qu’il s’agit pour tout le monde d’une nouvelle chance. Je te prie de ne pas la laisser passer. Il faudra aussi que nous aménagions un calendrier de rencontres entre nous pour toute cette période.

L’imaginaire est débridé… et les sentiers sont codés… demain il se fera jour…
Tout ceci n’est que rêve…

Suite et pas fin…

Tahir NDIAYE






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