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Dakar, terre de guerre contre les narcotrafiquants

Magistrats et enquêteurs de cinq pays (Mauritanie, Niger, Mali, Sénégal et France) organisent aujourd’hui à Dakar une rencontre pour élaborer un plan de lutte contre les narcotrafiquants. Seulement, dans la sous-région, la magistrature et les corps de sécurité sont encore gangrénés par la corruption, et les pouvoirs publics montrent une certaine faiblesse.


Rédigé par leral.net le Mercredi 22 Octobre 2014 à 22:00 | | 0 commentaire(s)|

Dakar, terre de guerre contre les narcotrafiquants
Côté Pile : Comme l’épidémie Ebola, mais moins sournois, le trafic de stupéfiants s’est répandu en Afrique à une vitesse inouïe. Alors, face à ce fléau qui a radicalement reconfiguré la carte du continent, la nécessité d’une coordination des efforts entre les différents pays s’impose. Surtout en Afrique, devenue un immense dépôt de drogues pour les groupes mafieux américains, italiens, corses et d’Europe de l’Est. C’est pourquoi une rencontre entre des magistrats et des enquêteurs de cinq pays (Mauritanie, Niger, Mali, Sénégal et France) va se tenir à Dakar aujourd’hui, loin des regards indiscrets, pour tenter de mettre sur pied une grande «alliance anti-trafiquants». Bien évidemment, elle sera sous la supervision de l’ancienne puissance coloniale, la France. Une jeune femme du nom de Ana Bicolli, représentante du ministère français de la Justice et le magistrat de liaison, Dominique Voglimacci, ont levé hier, un coin du voile sur les contours de cette rencontre. C’était autour d’une table dans une salle de l’ambassade de France où quelques médias triés sur le volet ont pu avoir accès.

Face à un jury de trois journalistes, le magistrat français, cravate bien nouée, chemise à rayures bleu ciel, costume sombre, s’époumone à expliquer la portée de la rencontre. «On va mettre ensemble, pour une fois, les policiers et les magistrats. Ensemble, parce que dans la vie pratique et dans la lutte contre la criminalité organisée, ils doivent être ensemble. Sinon, ça ne marche pas. Ce sont les magistrats qui doivent contrôler et diriger la police judiciaire», argue M. Voglimacci. Va pour une synergie entre quêteurs et magistrats ! Dans une sous-région aux prises avec des forces djihadistes perçus dans certains milieux comme des narcotrafiquants. Une liaison terrorisme/trafic de drogue pas forcément toujours établie, selon l’agent de liaison, le magistrat Dominique Voglimacci. Il dit : «On n’a pas choisi ces pays-là, parce que terrorisme et trafic de stupéfiants sont liés. Je ne suis pas un spécialiste des chiffres, mais on n’a jamais vu de dossier où la connexion entre terrorisme et trafic de stupéfiants est avérée.» Même si sur la route de la drogue, des narcotrafiquants peuvent être obligés de payer la dîme aux groupes terroristes pour se frayer des passages dans des territoires contrôlés. Et puis, qui sait ? «Le risque est présent et il faut agir vite avant que ces liens entre terroristes et trafiquants se créent», tempère Ana Bicolli, la représentante du garde des Sceaux français.

Côté Face: Dans la sous-région, il ne faut pas faire la fine bouche sur les belles prises, les saisies de drogue spectaculaires notées ça et là, même si le manque d’investigations compromet l’efficacité dans le démantèlement des équipes de trafiquants et des réseaux. «Ce qui manque en Afrique de l’ouest, c’est l’enquête d’investigation. Mettre un service d’enquête dédié aux stupéfiants, avec des magistrats qui contrôlent bien ce qu’ils font, mais qui sur une semaine, sur un mois, travaille sur une équipe, en surveillant les mouvements d’un groupe, éventuellement en photographier les membres, se renseigner sur leurs relations, s’intéresser à leurs ressources, les placer sous écoute téléphonique si la législation le permet. Et malheureusement, il n’y a pas encore cette culture de l’investigation», regrette le magistrat français. L’autre talon d’Achille qui empêche une lutte efficiente contre les trafiquants de stupéfiants, ce sont les flics ripoux et les magistrats qui ne résistent pas à la tentation de l’argent facile. Ce qui rend notre sous-région vulnérable face aux montants faramineux brassés par les trafiquants de stupéfiants. «Il faut un contrôle de tout ce qui se passe à tous les maillons de la hiérarchie. S’il y a des comportements pareils, il faut des sanctions immédiates, des poursuites, et que le ver qui est dans le fruit soit éliminé. Il faut qu’au plus haut niveau, on puisse prendre les décisions courageuses et nécessaires qui s’imposent», fulmine Dominique Voglimacci. Autour d’une table, c’est facile d’en parler, mais dans la pratique, le fait est plus compliqué. Surtout que les trafiquants ont toujours un train d’avance sur les magistrats et les enquêteurs.
L'Observateur






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