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Dans la banlieue de Dakar, "on est fatigué par l'électricité chère"

GUEDIAWAYE (Sénégal) (AFP) — Empoignant une liasse de factures dont certaines impayées, Oulimata Fall, habitante de la banlieue de Dakar, dit son désarroi: "le courant nous a été coupé depuis septembre. Nous sommes fatigués par l'électricité chère".


Rédigé par leral.net le Mercredi 17 Décembre 2008 à 03:45 | | 0 commentaire(s)|

Dans la banlieue de Dakar, "on est fatigué par l'électricité chère"
La banlieue de Dakar est depuis plusieurs mois l'épicentre d'un mouvement de colère contre la cherté de la vie. Et le 6 décembre, des imams y ont pris la tête d'une manifestation contre la hausse du prix de l'électricité, fait exceptionnel au Sénégal, pays majoritairement musulman et à l'islam modéré.
"Nous soutenons l'action des imams. Nous ne pouvons pas acheter le kg de riz à 450 FCFA (0,6 euro) et payer une facture d'électricité à 72.000 FCFA (110 euros)", confie Oulimata Fall, femme au foyer d'une trentaine d'années, dans le quartier Cheikh Wade de Guédiawaye, à la périphérie de la capitale.
Le lavabo auprès duquel elle est assise est à sec "depuis six mois à cause d'une facture d'eau impayée de 75.000 FCFA (114 euros)".
"Ce n'est pas pour ça qu'on avait voté pour (Abdoulaye) Wade", au pouvoir depuis 2000 et réélu en février 2007 pour cinq ans, affirme aussi Maguette Lô, une sexagénaire. Pour elle, "l'action des imams est tardive mais elle est salutaire".
Confrontée à d'importants problèmes de trésorerie, dans un contexte de hausse du prix des hydrocarbures, la société nationale d'électricité du Sénégal (Senelec) applique depuis août une augmentation moyenne de 17% du prix de l'électricité et a mis en place une facturation progressive, très contestée.
Eugénie Dacosta Seck, qui se présente comme une "veuve sans aucune ressource", est "fatiguée de n'avoir pas d'eau depuis quatre mois et de recevoir en plus une facture (d'électricité) de 80.000 FCFA (122 euros)".
"Avec quoi, je vais payer?" demande cette dame d'une soixantaine d'années, de "tout coeur avec l'action des imams".
La semaine dernière, le Collectif des résidents de Guédiawaye, coordonné par l'imam Youssoufa Sarr, a demandé aux populations de ne pas payer les dernières factures, tant que l'ancienne tarification dégressive ne serait pas rétablie.
"C'est un collectif multiconfessionnel et multiconfrérique et nous faisons tout dans un cadre citoyen et en référence au Coran et à son prophète" Mahomet, explique à l'AFP le religieux Youssoufa Sarr.
"Les imams servent de catalyseur à cette lutte. Nous nous sommes engagés parce que les populations sont confrontées à des problèmes vitaux", ajoute l'imam de 61 ans, père de six enfants, assis dans son salon aux murs tapissés d'effigies de marabouts, un Coran posé sur une table en verre.
Pour ce comptable à la retraite, membre de la confrérie mouride, une des principales au Sénégal, "les autres corps sociaux qui devaient prendre en charge cette lutte ont montré leurs limites".
"Les populations n'adhèrent pas au discours des partis politiques et les revendications des syndicats sont confinées dans les entreprises", constate-t-il.
Lundi, le gouvernement a annoncé la création d'une commission pour prendre en compte "immédiatement" les "multiples réclamations" concernant la hausse du coût de l'électricité.
Dans l'après-midi, le collectif a été reçu longuement par le ministre de l'Energie Samuel Sarr.
Mais l'imam Youssoufa Sarr a dit sa "déception" au sortir de la réunion. Jugeant les mesures "très très en deçà des attentes de la population", il a souhaité que "le président Abdoulaye Wade s'implique personnellement à la recherche d'une solution".

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