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De l'hémicycle au prétoire: Vacarme politique et effets pervers

Rédigé le Lundi 7 Janvier 2013 à 11:00 | | 1 commentaire(s)

De l’examen de la motion de censure contre le gouvernement déposée par l’opposition parlementaire, d’une part, au traitement judiciaire des déclarations de l’ancien ministre de la Justice Amadou Sall contre le président Macky Sall, d’autre part, l’année politique au Sénégal se termine dans un grand brouhaha. En vérité, ces dossiers constituent deux aspects d’une unique situation de politisation à outrance de la questions des audits, une entreprise à double détente. Elle sert à poser le parti défait d’Abdoulaye Wade comme une réelle force d’opposition, mobilisée et perturbatrice d’harmonie, occupant le terrain et vendant chèrement sa peau. Dans le même temps et en conséquence, il s’agit, pour les dignitaires de l’ancien régime, de tempérer les ardeurs d’investigation et de poursuites de l’exécutif.



De l'hémicycle au prétoire: Vacarme politique et effets pervers
Il en résulte une grande nuisance sonore qui dérange tout le monde, mais qui heureusement va s’estomper presque aussitôt, comme retombe la poussière, vite oubliée après un bon coup de torchon. Au grand soulagement, sans nul doute, de la majorité des Sénégalais, pas excités pour un sou par ces jeux politiciens. Mais non sans retour de bâton pour les créateurs de ce vacarme artificiel, des acteurs passés maîtres dans l’art du tollé et de la gesticulation. Car, si leur expérience est avérée, elle ne garantit pas forcement le succès de leurs initiatives. Celles-là produisent, en effet, des effets pervers ruinant tout le bénéfice qu’ils en escomptent.
La motion de censure du Parti démocratique sénégalais, rejetée l’autre mercredi par l’Assemblée nationale, ne pouvait évidemment pas renverser le gouvernement d’Abdoul Mbaye. L’exercice avait pour but l’occupation du terrain politique et la démonstration de la capacité d’initiative d’une opposition qui ne manque pas d’illusions. Elle table sur la lassitude à court terme des Sénégalais si les enquêtes sur les « biens mal acquis » tirent en longueur et restent émaillées de péripéties bruyantes imputables à l’amateurisme présumé du gouvernement et dommageables à la crédibilité du nouveau régime. Elle pense épuiser l’énergie du gouvernement dans un harcèlement qui le détourne de la gestion des affaires publiques.
Habitués à faire feu de tout bois — un trait de culture politique qui leur a réussi à maintes reprises dans le passé —, les responsables du Parti démocratique sénégalais semblent n’avoir pas mesuré tous les risques d’une fuite en avant. Ils ont offert au gouvernement l’occasion d’une prise de parole dans l’enceinte la plus appropriée, pour réaffirmer sa détermination à persévérer dans la traque des biens mal acquis. En fait, ils l’ont acculé à ne même pas faire de quartier. Ils ont renforcé par inadvertance la main du Premier ministre, considéré comme en situation défensive et instable dans un camp présidentiel où certains veulent sa tête. Ce technocrate, obligé de lever le poing et de montrer les dents pour se défendre, et le faisant avec mordant et aplomb, révèle un visage politique grâce à une prestation devant les députés par laquelle certainement il prend date. Sa mise à mort avortée signe son entrée véritable en politique !
Surtout, le PDS a tendu les verges pour se faire battre en provoquant un nouvel exposé dévastateur des dépenses scandaleuses effectuées par le régime d’Abdoulaye Wade et qui ne peuvent que remuer la plaie chez les Sénégalais ainsi poussés un peu plus à réclamer justice.
L’ironie, c’est que l’on peut établir un parallèle aussi politiquement édifiant avec l’affaire Amadou Sall. Certes, l’interpellation manu militari, l’autre mardi, de l’ancien garde des Sceaux du président Wade, parce qu’il n’a pas déféré, la veille, à une convocation du procureur, affirme l’autorité de la justice et l’égalité des citoyens devant la loi. Elle laisse également croire que l’intransigeance similaire, il n’y a guère, à l’encontre de l’ancien ministre de l’Intérieur Ousmane Ngom, n’était pas fortuite, fugace et poseuse. Mais le recours au prétoire parait politiquement glissant pour le pouvoir.
Qu’elle soit psychologique, religieuse, philosophique ou sociale, la caractérisation est aussi vieille que l’adversité, et en politique elle s’embarrasse très peu de calomnier. Anti-mouride, franc-maçon, pédéraste, païen s’adonnant aux sacrifices humains, égorgeur d’albinos, marionnette d’un lobby, cheval de Troie d’intérêts étrangers, ou simplement esclave de ses propres pulsions : quel chef d’Etat et quel homme d’Etat n’ont fait la sourde oreille à ce genre de qualificatifs sommaires et méchants ? Ce n’est pas pour autant qu’ils ont établi dans ce pays une tradition de poursuites justifiées en droit, certes, mais maladroites en démocratie et au demeurant de résultats douteux.
Car, dans ce genre de situation, le pouvoir a plus à perdre qu’à gagner en engageant des poursuites qu’il devra ensuite « gérer » dans le malaise s’il n’y a pas de condamnation, s’il cède aux appels à la clémence qui ne vont pas manquer, si les déclarations en cause sont reprises par des voix multiples, en l’occurrence par celles du PDS. Tous ces cas de figure, dans un pays qui abhorre la vengeance, ne profitent qu’à la « victime » et à ses soutiens. C’est dire que si la tentation du gant de fer peut habiter tout pouvoir à tout moment, il est sage de s’en garder, en particulier lorsque, dans le cas du président Macky Sall et de ses opposants, les aléas de la politique ont suri les anciennes camaraderies, les transformant en inimitiés farouches.
L’intérêt bien compris du président de la République , c’est de rester hors de portée des petits tireurs pour garder le cap sur l’essentiel.
IBRAHIMA GAYE
« Le Témoin » N° 1109 –Hebdomadaire Sénégalais ( JANVIER 2013)





1.Posté par FocusActu le 07/01/2013 10:55 | Alerter
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