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De la parole sacrée du Chef à la querelle doctrinale du droit - Par Cheikh Elhadji N’diaye


Rédigé par leral.net le Mardi 15 Mars 2016 à 10:37 | | 4 commentaire(s)|

Le respect de la Décision du Conseil Constitutionnel est-il conciliable avec le respect de l'engagement du Président de la République?

L’actualité politique bouillonnante du Sénégal est si complexe qu’il serait étourdi de l’envisager sous un angle plat. Or, il me semble que le projet du référendum réduit la question à sa plus simple expression. Si bien que le rendez-vous du 20 Mars 2016 met en opposition souteneurs et pourfendeurs du Président Macky Sall intuite personae. Cependant pris dans sa globalité, le débat pose la triple problématique de l’éthique, du droit et de la politique.

Quid de l’éthique : La crise de confiance que suscite la reconsidération de la promesse ferme du Chef de l’Etat de réduire son mandat tient ses racines dans un vieux passé. La parole perfide des responsables politiques en particulier, et le clientélisme pécuniaire des politiciens en général, ont fini par souiller l’image des dirigeants.

En 2012 naquit un nouvel espoir ; que dis-je ? Un rêve. Alors, l’âme de la société s’ébaudissait déjà dans la joie de voir ébavurer cette embrouille à travers l’engagement iconoclaste du Premier citoyen à écourter son mandat. Au bout de compte, c’est la désillusion totale à cause d’une contrainte juridique : il n’en demeure pas moins que l’éthique en fait une exigence persistante.

Il est vrai qu’une République démocratique vaut par son ancrage dans l’option pour un Etat de droit. Dès lors, le Président Macky offre un bon exemple en se conformant à l’acte rendu par le Conseil Constitutionnel, qui porte dans le cas d’espèce la mention décision. C’est un principe d’autorité utile et respectable et sans lequel les sociétés de libertés que nous vivons n’auraient jamais existé. Admettons que ce fût un simple avis consultatif et que le Chef de l’Etat ne voulût pas en être lié. Le précédent dangereux serait que, dans le futur, un autre eût le loisir de transformer ses désirs en loi quand bien même le désaveu de la plus haute juridiction. Ainsi, l’anarchie s’installerait depuis le plus haut niveau et les institutions tomberaient de charybde en scylla. Toutefois, si le respect de l’Etat de droit est un sacerdoce, l’observance de la parole d’honneur est tout autant sacrée. A plus forte raison, dans une société de tradition orale et où le respect de la parole donnée est un acte de noblesse et une vertu haut-placée dans la hiérarchie des valeurs de dignité et de vergogne. C’est pourquoi, les conséquences politiques consécutives au respect d’une exigence au détriment de l’autre sont les mêmes selon qu’on choisit entre la morale et le droit. Sous ce rapport de l’ambivalence, une autre chance se réserve au Président de la République à la fois garant de l’éthique et gardien de la loi fondamentale. Ces deux attributs demeurent intangibles dans le livre d’or de l’institution présidentielle. Subséquemment et étant donné que la démission n’est pas prohibée par la loi, le nom du Président Macky restera à jamais gravé dans le panthéon des icônes universelles si et seulement il accepte de renoncer en 2017 à deux années de son pouvoir.

Quant au référendum, dont dépend l’avenir de toute une nation, force est de reconnaître que le moment ne sied pas. L’empressement d’y aller sans concertations préalables avec les forces politiques de tout bord et les forces vives de la nation n’est pas pour apaiser la situation. A vrai dire, dans ce contexte d’ébullition sociale, la passion risque de l’emporter sur la raison. La philippique du non et l’apologie du oui s’affrontent pour des raisons crypto personnelles.

Pourtant, excepté le point qui dispose de l’obligation de savoir lire, parler et écrire le français, les quatorze autres prennent en charge l’intérêt de la nation et celui des citoyens. En revanche, constitutionnaliser la référence à l’étranger pour la Première Institution de la République me semble irresponsable. Car, cela frise la honte et le manque de conviction citoyenne. On devrait plutôt exiger d’elle qu’elle porte au moins une des langues nationales. C’est pourquoi, je lance un appel au Président de la République pour supprimer ce point inconséquent.

Cheikh Elhadji N’diaye,
Ancien Délégué Général de Waccoc Alternance













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