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De la rupture entre Salif Sadio et ses désormais ex-mentors casamançais, du blocus à la frontière avec la Gambie et de la bavure militaire à Oulampane

Si l’on regarde un objet quelconque avec des yeux qui louchent, notre entendement quant à sa connaissance s’en trouvera forcément affecté. Et si, a fortiori, l’on observe le processus de paix en cours en Casamance avec des « yeux asymétriques », qui voient donc, chacun, différemment, ledit processus de paix, on est assurément perdu.


Rédigé par leral.net le Vendredi 17 Janvier 2014 à 16:11 | | 1 commentaire(s)|

 De la rupture entre Salif Sadio et ses désormais ex-mentors casamançais, du blocus à la frontière avec la Gambie et de la bavure militaire à Oulampane
Sous ce rapport, et nous tournant vers les autorités, notamment en charge du « dossier casamançais », nous voudrions leur demander : Voyez-vous ce que le commun des mortels voit, tout naturellement, c’est-à-dire simplement, en Casamance ? Si oui, alors votre entendement ne peut que vous suggérer, au moins, en l’occurrence, ce qui suit :

1)- En effet, ainsi que nous l’affirmions depuis plusieurs mois déjà, les liens sont totalement rompus entre Salif Sadio, l’un des chefs de guerre du Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC), et ses désormais ex-mentors casamançais. Faut-il en rire ou, au contraire, en pleurer ? En tout cas, une chose est certaine : cela ne peut se consommer durablement sans conséquences heureuses ou fâcheuses, quand on sait de surcroît que l’Etat a, jusqu’à un passé récent, surinvesti sur ces derniers dans sa quête effrénée de la paix durable en Casamance. Aujourd’hui, tout le monde a donc intérêt à y veiller, de manière responsable. Car, ici, faut-il encore le rappeler, il ne suffit pas, pour parvenir à la paix durable en Casamance, de troquer banalement l’investissement (fût-il précieux !) sur un Salif Sadio contre celui (dût-il être tout aussi précieux !) sur un César Atoute Badiate, un Ibrahima Compasse Diatta ou quelque autre chef de guerre autoproclamé du MFDC.

2)- Le blocus en cours, opéré à la frontière avec la Gambie par des syndicats de transporteurs, et qui exacerbe d’autant les affres d’une Casamance quasi totalement isolée du reste du pays, renseigne, à qui l’ignorerait ou en douterait, que le Sénégal recouvrera fondamentalement sa souveraineté, si et seulement si, en vertu du sacro-saint principe de la continuité du territoire national, il se donne les moyens nécessaires qui permettent, de manière rigoureusement égale ou équitable, à toutes les populations du Sénégal, d’exercer simplement leur droit (i) de se mouvoir, c'est-à-dire d’aller et de venir ; (ii) de faire circuler leurs biens ; (iii) et ce, dans tous les cas de figure, sur toute l’étendue du territoire national, sans aucune espèce d’entrave d’aucune sorte.

Aussi, voudrions-nous vraiment, ou enfin, recouvrer totalement notre souveraineté nationale, pour devoir conséquemment l’exercer pleinement et continument sur toute l’étendue du territoire national, que nous nous hâterions d’emboîter le pas à nos valeureux acteurs du blocus, d’abord pour les féliciter et les remercier pour ce réveil salutaire, ensuite pour nous approprier leur combat, et enfin pour exiger, à cet effet – pour peu cependant que nous nous souciions et du sort des populations casamançaises et de l’avenir de la Casamance dans le Sénégal – la construction sans délai d’une autoroute ou, à défaut, d’une véritable route nationale à deux voies (séparées d’un terre-plein), reliant Dakar et Ziguinchor via Tambacounda. Ainsi, une telle autoroute ou route nationale à deux voies, du reste jumelée avec une ligne ferroviaire, se conjuguerait avec les voies aérienne et fluviomaritime déjà existantes et opérationnelles, pour un désenclavement externe optimal de la Casamance.

Bien évidemment, la construction d’un pont sur le Soungrougrou au niveau de Marsassoum, la construction d’un second pont sur le fleuve Casamance (au niveau de Sandiniery, par exemple), pour mettre le Balantacounda à portée de Sédhiou, ainsi que le dragage des voies secondaires de navigation que sont le Kamobeul, le marigot de Diouloulou, le marigot de Baïla, le marigot de Tobor et le Soungrougrou, sans oublier la création, le bitumage ou le maintien en état permanent de fonctionnalité optimale des axes routiers en Casamance, tout cela bien évidemment, achèverait le processus de désenclavement interne de la Casamance. Et c’est possible. Mieux, ça n’est qu’une question de volonté politique.

Alors, et seulement alors, nous tâcherions de nous souvenir qu’il est aussi possible de rallier Ziguinchor, en partance de Dakar, en passant par le territoire gambien. En d’autres termes, toute voie trans-gambienne apparaîtrait, dorénavant, comme une « voie de luxe » ou une « voie d’exception ».

Pour être plus précis, dès lors que les voies de contournement de la Gambie correspondraient aux attentes des usagers de tous bords, l’Etat du Sénégal ne saurait être comptable, pas même tenu pour simplement moralement responsable, d’éventuelles tracasseries de ses ressortissants telles que nous en enregistrons quotidiennement de nos jours au bac de Farafeni (en Gambie). Il n’empêche que cela reste son devoir (qui n’appelle pas pour autant une obligation de résultat) que de négocier la construction d’un ou de plusieurs ponts enjambant le fleuve Gambie.

Il faut donc que les autorités rompent définitivement avec cette habitude, qui frise la lâcheté, consistant à se réfugier systématiquement derrière le petit « doigt gambien », chaque fois que les populations, notamment casamançaises, crient leur ras-le-bol face aux problèmes liés à la traversée de la Gambie souveraine. Elle, au moins, affirme et exerce sa souveraineté, partout sur le territoire gambien, y compris surtout et sans complexe dans la gestion calamiteuse du bac de Farafeni, source des pires tracasseries pour les usagers de la trans-gambienne. A notre tour, donc, et sans frilosité aucune, d’affirmer et d’exercer notre souveraineté nationale, partout sur le territoire sénégalais, c'est-à-dire sans aucune exclusive. Encore faut-il, pour ce faire, que la Casamance ne soit plus aussi lointaine dans le cœur, l’esprit et la raison de nos gouvernants qu’elle ne l’est géographiquement par rapport au reste du pays.

3)- La bavure militaire, survenue le 16 janvier 2014 à Oulampane (dans le département de Bignona, en Casamance), où notamment deux élèves en grève ont été fauchés par des balles de soldats de l’armée nationale, n’est pas tant un problème que la décision (militaire ou politique) qui en est le sous-bassement. Car, un soldat en faction ou en opération militaire est nécessairement détenteur d’arme(s) et de balles réelles et autres minutions. Mieux, ce qu’un soldat sait faire le mieux, c’est naturellement la guerre. En fait, plus il sait faire la guerre, moins il est disposé à jouer les policiers. Et Dieu sait que les militaires présents en Casamance sont on ne peut mieux préparés pour faire la guerre. Le MFDC l’expérimente à ses dépends depuis décembre 1982. Alors, quelle idée a-t-elle pu germer dans la tête de celui ou de ceux qui ont pris la lourde responsabilité d’opposer, à des élèves en grève, des militaires armés ? Aurait-on oublié que c’est un acte aussi irresponsable que celui-là qui, jadis, avait envoyé dans le maquis casamançais les plus braves d’entre les Casamançais ? Hélas ! nombre d’entre eux y sont encore à ce jour, à la faveur d’un « conflit casamançais » tri-décennal.

Et puis, pourquoi cette propension à user, en Casamance, presque systématiquement, de l’expertise de l’armée, en lieu et place de celle de la police et de la gendarmerie, pour la gestion de problèmes ou de situations qui, dans l’absolu, entrent dans la sphère de compétences de ces dernières ? Pourquoi ?...

Certes, les autorités militaires compétentes se sont spontanément désolées de cette bavure. Ce qu’il convient de traduire, ici, comme une demande de pardon de leur part à l’intention des victimes de la bavure, de leurs familles respectives et de la Nation toute entière. C’est tout à leur honneur, et il faut le saluer, même si nous devons rester attachés à l’exigence de situer, en l’occurrence, les véritables responsabilités.

Jean-Marie François BIAGUI
Président du Mouvement pour le Fédéralisme
et la Démocratie Constitutionnels (MFDC-fédéraliste)






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