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De quelle rupture parlez-vous donc, Madame le Premier ministre ?

Les acteurs de la seconde alternance politique adorent à n’en pas douter les belles formules creuses pour montrer que nous vivons dans un autre monde à tout points de vue différent de celui que nous a légué l’ancien chef de l’Etat, Me Abdoulaye Wade.


Rédigé par leral.net le Dimanche 18 Mai 2014 à 18:04 | | 8 commentaire(s)|

De quelle rupture parlez-vous donc, Madame le Premier ministre ?
« La rupture » s’est invitée à l’occasion de l’ouverture de la Biennale, la première présidée par un Premier ministre depuis la création de cette manifestation. On se souvient que, lors de l’édition 2002, Me Wade, alors en voyage, avait retardé de quelques heures son ouverture pour la présider personnellement au Cices où il avait visité au pas de charge l’exposition internationale. Le président Macky Sall étant en voyage, l’honneur a été fait au Premier ministre de présider l’ouverture de l’édition 2014 de la Biennale.

Finalement, qui a–t-on vu samedi pour le vernissage de l’exposition internationale à la place du chef de l’Etat ?Le ministre de la Culture ! Macky Sall aurait-il du dédain pour les choses artistiques ? Cela dit, et comme d’habitude, le mot rupture s’est invité dans le discours du Premier ministre lors de la cérémonie d’ouverture du vendredi 09 mai au Grand théâtre.

« Aujourd’hui, nous entrons dans une nouvelle phase de la biennale. Une phase de rupture où l’universalité de l’art reprend droit de cité… ». L’on peut se demander sur quelle planète était Mme le Premier ministre lors des précédentes éditions de la Biennale.

En effet, si, dès le début, l’exposition internationale, après avoir été ouverte aux artistes du monde entier, a été, au fil des éditions,progressivement consacrée aux artistes du continent — ce que, d’ailleurs, certains artistes n’ont jamais manqué de dénoncer car soucieux d’éviter une ghettoïsation de l’art —, il faut cependant avoir le courage de reconnaître que cette Biennale n’a jamais été fermée aux artistes des autres aires culturelles du monde.

Elle s’est toujours exprimée à travers un langage universel notamment avec les « off » comme c’est le cas pour cette édition où des artistes venus de différents pays du monde exposent dans tous les coins de Dakar. Juste que, pour cette édition, l’exposition internationale qui n’accueillait que des artistes du continent est ouverte aux autres pays du monde. C’est donc un peu exagéré, pour cette seule ouverture, de parler de rupture.

On aurait dû comprendre si l’Etat avait mis des moyens conséquents en plus de la réalisation d’infrastructures culturelles pour accueillir cette Biennale qui a tourné le dos à certains sites rénovés à l’occasion du Festival mondial des arts nègres.

Ce que dénonçait d’ailleurs récemment dans nos colonnes l’artiste-plasticien Daouda Ndiaye par ailleurs professeur d’éducation artistique. Pour en revenir au discours du Premier ministre, Mme Aminata Touré donnait souvent l’impression de s’adresser beaucoup plus à nos artistes qu’aux hôtes d’une manifestation qui se veut universelle.

Il faut reconnaître en effet que, si des artistes locaux ne parviennent toujours pas à vivre de leur art ou s’il leur manque un statut, dans d’autres pays du continent, ils ont dépassé cette situation de précarité pour entrer dans l’ère de l’universalité.

Ce qui leur permet, bien sûr, de vivre dignement de leur métier sans rien attendre de leur Etat. La rupture consistera en cela et à rien d’autre. Malheureusement pour nos artistes, le chemin semble être loin pour cet Eden qu’on leur promet depuis des lustres et qu’ils ne verront sans doute jamais. Du moins pas de sitôt…

PAR ALASSANE SECK GUÈYE

LE TEMOIN






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