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De quoi les «Nonistes» ont-ils le nom ? Par Soro DIOP


Rédigé par leral.net le Vendredi 4 Mars 2016 à 22:53 | | 33 commentaire(s)|

Pour la santé de notre démocratie, on aurait bien voulu que le «Non» fût magique, mais là il est tragique. Il est tragique parce qu’il est désespéré. Il est désespéré parce qu’il ne donne aucune réponse fondamentale à quinze questions essentielles relatives au référendum, qui participent, quoiqu’on le dise ou qu’on le nie, à faire des avancées à notre démocratie et non à la figer dans le dogme de l’on ne sait quelle promesse électorale prétendant avoir valeur et suprématie sur la loi fondamentale.
Au lieu de cela, les «Nonistes» ne servent comme justification qu’un immobilisme en marche puisque le seul élément qui «vertèbre» leur position est géométriquement et obsessionnellement centré sur la problématique du respect par le Président Macky Sall de la durée de son mandat en cours, après que ce dernier a choisid’épouser l’avis ou la décision du Conseil constitutionnel. Ce seul aspect vaut pour les «Nonistes» une campagne référendaire de promotion des archaïsmes, de rester dans le formol du statu quo, au point de se retrouver, contre toute logique, à faire la promotion du septennat.Rien que ça pour prétendre hystériser les électeurs lors du référendum ?
Et puis de quoi le Non est-il le nom alors ? Que le quinquennat que l’on souhaite instaurer et désormais verrouillé pour la stabilité de notre constitution soit guillotiné, jeté aux orties et brûlé sur le bûcher d’une seule bataille politique conjoncturelle ? Que le présidentialisme outrancier, presque bonapartiste continue encore de régenter notre démocratie, au lieu qu’il soit amoindri, voire garrotté par le contrôle du législatif avec un surcroît de pouvoirs ?
Que les compétences du Conseil constitutionnel et sa composition actuelle, et qu’il affuble pourtant de tous les péchés d’Israël demeurent inflexibles ? Que l’environnement et les questions liées au foncier, devenus des enjeux de et dans notre monde, restent non protégés pour être soumis aux voracités et autres boulimies des puissants d’argent au détriment des populations ?
Que les gens de la diaspora devenue une puissante pourvoyeuse de notre économie soient éloignés de la gestion de leur pays ? Les «Nonistes» veulent-ils donc infliger ànos compatriotes vivant à l’Etranger une déchéance…civique dans leur pays d’origine ?
Que les candidatures indépendantes restent dans les goulots et les goulags des partis qui les portent, comme in vitro, pour pouvoir participer à des élections comme c’est le cas jusque-là ?
A toutes ces questions, aucune réponse des «Nonistes», sinon des sédatifs qui ensommeillent davantage le peuple, embrouillent les esprits dans des salmigondis aux relents de putschs annoncés.
On aurait pu même saisir le sens et la portée des arguments des «Nonistes», s’ils avaient, du moins pour ceux d’entre eux qui évoquent les conclusions de la CNRI, convoqué, ne serait-ce que le fait que le Président Macky Sall, n’a pris seulement qu’une partie du projet des Assises nationales». Autrement dit, qu’il a fait la politique d’un verre à demi-plein. Mais, quand ses propositions s’inscrivent quand même dans un progrès démocratique, pourquoi donc ne voterait-on par pour la moitié pleine plutôt que l’autre moitié vide ? Pourquoi ne pas préférer, en démocratie censée évolutive, le plein au vide ?

LA PENSEE MAGIQUE

Non, ce que les «marchands du Non» ont décidé de vendre, c’est un emballage d’amalgames par de subtiles approches comparatives entre la séquence du régime sous Wade et le pouvoir avec Macky Sall, et qui, pourtant, sont si éloignées en raison de différences de contextes et même de prétextes et de textes.
Par fanatisme partisan, les «Nonistes s’abîment à abuser l’opinion, pas pourtant naïve pour un non sans raison, en faisant le parallélisme entre le Président Wade soumis, à l’époque à l’épreuve, de la vérité et Macky Sall confronté, aujourd’hui, à la pratique de la sincérité.
A l’épreuve de la vérité, les tripatouillages envahissants de la constitution, la volonté de faire passer le quart bloquant, la tentative de faire cohabiter dans l’architecture gouvernementale un vice-président avec le président de la République, après le jeu de ping-pong entre septennat en quinquennat, le tout sur fond d’une rampante dévolution monarchique du pouvoir avaient fini nous installer dans un tourbillon de reniements. Avec comme paroxysme dévastateur, le fameux «WakhWakhet» de Me Wade, marbré dans les archives sonores.
On ne peut pas dire autant concernant le Président Macky Sall. La pratique de la sincérité, il l’a usée sur toutes les aspérités, jusqu’à celle infranchissable du Conseil constitutionnel qu’il serait bien mal placé d’enjamber en tant que délégataire par le peuple de la protection des institutions de la République. Jusque dans sa volonté à lui soumise aux cinq juges du Conseil constitutionnel pour que la réduction au quinquennat soit applicable à son mandat.
Ce que les «Nonistes» et les boycotteurs du Pds, qui les ont ralliés en adeptes du «Wakhwakhet», c’est le choix du Président Sall d’avoir choisi l’avis du Conseil constitutionnel. C’est aussi aujourd’hui le mal dans ce pays que cette sorte de dictature intellectuelle consistant vouloir imposer son unique choix aux autres. Contre ceux qui ont fait un choix autre, on brandit les crosses verbales, les affubles de tous les noms d’oiseaux. Il paraît que c’est ainsi que l’on se donne à soi-même, et à moindre frais, une vertu, que l’on se fait le parangon de l’honneur. C’est ça aussi la pensée magique : tenter de faire prévaloir la puissance de son idée sur une réalité crue, crevante et aveuglante.
Je viens de finir de me délecter du dernier livre de Christine Taubira, «Murmures à la jeunesse», où l’ex-Garde des Sceaux, ministre de la Justice française soutient que «la Constitution est la résidence» des symboles. «Elle permet de définir ce que fonde l’appartenance. Ce qui nous permet d’être nous. Ce qui fait de chacun une part de ce nous indivisible (…) Elle est conçue pour protéger les droits et les libertés des citoyens contre les possibles abus de pouvoir, que les tentations viennent des législateurs, du pouvoir exécutif ou même de l’autorité judiciaire». A méditer.








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