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Début du procès de la tuerie de Port-Said

le 18 Avril 2012 à 11:26 | Lu 469 fois

Les suspects du pire drame du football égyptien sont, selon la défense, des lampistes.


Début du procès de la tuerie de Port-Said
Ville provinciale de 600 000 habitants, vivant au rythme des supertankers qui fendent majestueusement les eaux du canal de Suez, Port-Said affiche une sérénité immuable. Pourtant, là-bas, chacun porte en soi, comme une blessure ouverte, le souvenir du match de football qui, le 1er février dernier, a viré au mas­sacre. Personne n'a oublié l'horreur de cette nuit, quand, au coup de sifflet final, des centaines de supporteurs d'El-Masri, le club local, ont envahi le terrain, pourchassant les fans d'El-Ahly, la fameuse équipe du Caire. Mélange de mouvement de foule et d'une volonté d'en découdre, ce moment d'hystérie collec­tive a entraîné la mort de plus de 70 personnes, jeunes supporteurs d'El-Ahly pour la plupart.

Retransmise en direct à la télévision nationale, la première audience du procès s'est tenue hier à l'académie de police du Caire. Soixante-treize suspects ont comparu en vêtements de prisonnier, derrière les barreaux de la cage des accusés: 60 d'entre eux sont accusés d'homicide avec préméditation et de dégradation de biens publics. Parmi les 13 autres figurent des officiels, le responsable du club d'El-Masri, le manager du stade et les chefs de la police locale et du Canal de Suez. Ils sont jugés pour avoir manqué à leur responsabilité et n'avoir pas su protéger le public.

Dissimulé derrière les quelques 7 000 pages du dossier entassées sur son bureau, Safouat Abdel Hamid, président du syndicat des avocats de Port-Saïd, relit l'acte d'accusation du procureur. Avocat de la défense, il estime que le dossier est à charge contre les supporteurs d'El-Masry. «Il y a une différence entre mourir étranglé par quelqu'un et mourir par manque d'oxygène. Ce soir-là, il y a eu un mouvement de foule et la plupart des victimes sont mortes écrasées», souligne-t-il, se référant au rapport médico-légal. «Accuser l'ensemble des suspects de meurtre ne tient pas la route, l'accusation est trop générale et ne repose sur rien. Pour retrouver les suspects, la police a utilisé les vidéos du match, sur lesquelles apparaissaient des visages identifiables dans les gradins. Est-ce une preuve suffisante de leur implication dans ce drame?» À deux pas du bureau de l'avocat, assis sur des fauteuils défoncés, protégés du soleil sous une bâche plastique poussiéreuse, une dizaine de jeunes supporteurs de Port-Said entonnent leur chant comme un cri de guerre. Ces ultras occupent depuis une dizaine de jours l'entrée du tribunal de la ville portuaire. La casquette des Green Eagles vissée sur la tête, Islam dénonce l'arrestation arbitraire de cinq des siens, accusés d'avoir tué des supporteurs d'El-Ahly. «Mon ami Monti est parti à la mi-temps pour assister au mariage de sa sœur. On le voit sur les vidéos de la cérémonie, avec la date et l'heure. Malgré ces preuves, la police n'a rien voulu entendre et une semaine plus tard, ils l'ont arrêté!» Selon Safouat Abdel Hamid, ils sont des dizaines de suspects à être dans le même cas.

Pour l'avocat, comme pour la majorité des Égyptiens, les vrais respon­sables du drame de Port-Saïd sont les forces de sécurité. «Pourquoi n'y a-t-il pas eu de contrôle des tickets à l'entrée? Quand la foule a déferlé sur le terrain, les policiers étaient en grand nombre. Pourquoi n'ont-ils rien fait? Pourquoi a-t-on éteint la lumière dans le stade à ce moment?» s'interroge Sayed el-Sagee, un journaliste local, qui a assisté au match.

Cette négligence n'a pas manqué d'attirer les suspicions, d'autant que le contentieux entre les supporteurs d'El-Ahly et d'El-Masry est lourd. En 2011, avant une rencontre entre les deux équipes, les fans du club cairote ont saccagé la gare de Port-Saïd et ses environs. Après ces incidents, le match avait finalement eu lieu à huis clos, sans public.

La thèse d'une conspiration
Hossam, 19 ans, est membre des Green Eagles depuis trois ans. Le jeune homme a moins l'allure d'un hooligan que celle d'un dandy parisien. Il était dans les tribunes le 1er février et il a vu, ce soir-là, des cars remplis de personnes, qui n'étaient pas de Port-Saïd. Ce sont les mêmes qui, selon lui, ont attisé la haine pendant le match entre les supporteurs. Ce sont les mêmes enfin qui, alors que la foule envahissait le stade pour célébrer la victoire d'El-Masry, se sont rués, armes blanches à la main, sur les joueurs et les supporteurs d'El-Ahly. «C'est un complot du Conseil suprême des forces armées, au pouvoir depuis la chute de Moubarak. Ils voulaient détourner l'attention des gens. Jouer sur la peur, sur l'insécurité pour les dissuader de se battre pour la révolution», assure-t-il, catégorique. Cette hypothèse n'est pas écartée par Safouat Abdel Hamid: «En Égypte, derrière chaque incident, il y a “une mystérieuse troisième main” qui orchestre tout. Dans le cas de Port-Saïd, il faudra attendre des années avant de savoir ce qui s'est vraiment passé.» La prochaine audience du procès est reportée au 5 mai