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[Décryptage Par Babacar Justin Ndiaye] Heurts fonciers dans la valée: Fanaye, mon amour et mon péché


Rédigé par leral.net le Samedi 12 Novembre 2011 à 08:34 | | 0 commentaire(s)|

[Décryptage  Par Babacar Justin Ndiaye] Heurts fonciers dans la valée: Fanaye, mon amour et mon péché
Située sur la terre ferme mais apprivoisée par la vallée, la double agglomération rurale de Fanaye (Fanaye Diéri-Fanaye Walo) est une localité nantie d’espaces immenses et humides. Donc bénie des dieux. N’empêche, le 26 octobre, l’enfer s’y est abattu. Et a dramatiquement catapulté ce gros village, au-devant de l’actualité.

Fanaye est logiquement l’amour des investisseurs ; mais elle est fâcheusement le péché des décideurs d’en haut (autorités gouvernementales) et ceux d’en bas : les élus locaux. D’où la furia, c’est-à-dire l’impétuosité croissante et armée qui a endeuillé la communauté rurale. Non sans émouvoir le pays tout entier.

Fanaye est, enfin, le parfait exemple du mauvais usage d’une avancée institutionnelle comme la décentralisation. Laquelle a paradoxalement réussi le tour de force de changer les ingrédients économiques (terre, eau et bétail) d’un paradis, en des calamités politiques (rivalité, corruption et carence) qui ont, aujourd’hui, plombé (dans le sang) le destin des populations.

Selon les chiffres bruts et les informations en vrac que véhiculent certaines sources, c’est un Père Noël capitaliste aux bras chargés d’euros – l’italien Tampieri financial group associé aux sénégalaises Senethanol et Senhuile – qui a jeté son dévolu sur 20 000 hectares et posé les jalons d’un mégaprojet agro-industriel dont l’une des nombreuses finalités, est de produire le biocarburant susceptible d’être pour le Sénégal, une énergie alternative dans un futur… immédiat.

Bravo pour la belle ambition ! Zéro pour la mise en œuvre ! Car, du louable est né le tragique, par la faute d’un Président de conseil rural (Pcr) au profil moral très décrié. Sans parler de ses capacités intellectuelles très en dessous de ce qu’exigent une bonne lecture et une intelligente interprétation du Code des collectivités locales.

Bref, le Président Karasse Kane, un quasi-analphabète doublé d’un homme d’affaires, n’est pas apte à un travail de Pcr. Lequel est appelé constamment à naviguer dans la forêt des articles du Code des collectivités et les labyrinthes de la Loi sur le domaine national. En outre l’inexpérience et l’arrogance politiques lui ont fermé les yeux sur l’obligation de communiquer ; autrement dit d’utiliser la meilleure recette pour refroidir les ardeurs des populations (ses électeurs) et pour doper et orienter leur clairvoyance en direction du projet. Sans pédagogie, point de bonheur compris et accepté par les hommes.

Ici apparaît le Talon d’Achille de la décentralisation que la politique politicienne n’a cessé de polluer et d’empoisonner. Phénomène déjà réel sous le régime socialiste mais alarmant depuis mars 2000. Avec le régime libéral, la soif de majorité politique (victoire électorale) est telle que l’Etat – censé être au-dessus des partis – reste peu regardant et peu vigilant. Conséquence : les trois ministères en première ligne dans cette affaire de Fanaye (Collectivités locales et Agriculture, plus l’immense et tentaculaire ministère de l’Intérieur) ont bougé après coup. Alors qu’ils sont outillés et compétents, chacun en ce qui le concerne, pour anticiper, freiner et / ou rectifier tout processus non orthodoxe au plan administratif, voire dangereux au plan sécuritaire.

Au demeurant, le coût n’est pas faible. Bien au contraire. Puisqu’un parallèle entre la gestion des évènements de Sangalkam et le traitement des violences de Fanaye, a révélé la ruine inexorable du prestige de l’Etat qui n’a cessé de danser le twist. A Sangalkam (fief de Idrissa Seck) la rudesse sans recul a été de mise ; à Fanaye (bastion libéral sous la coupe d’un transhumant du Ps) la mollesse a prévalu, avec le demi-tour de l’Etat obtenu par la famille omarienne. Moralité : on sacrifie allègrement un projet économique de taille (investissements lourds) et d’avenir (énergie de substitution) à Fanaye ; a contrario on confisque farouchement une base politique à Sangalkam, dans la perspective de 2012.

Le primat de la politique a visiblement parasité, déréglé et finalement tout cannibalisé, à l’échelle du pays. Les délégations spéciales en rafales et les découpages administratifs à la pelle, ont manifestement obéi à la nette volonté de récupérer astucieusement ce qui a été électoralement perdu, lors des locales de 2009. D’où cette gouvernance fiévreuse qui vendange le riche héritage de l’administration sénégalaise. Et, bien sûr, déstabilise plus qu’elle ne décentralise, dépèce plus qu’elle ne découpe et morcelle plus qu’elle n’aménage le territoire.

Le Président Wade est à l’origine de ce méli-mélo administratif et foncier. Virtuose de la politique, Abdoulaye Wade – l’ « opposant au pouvoir » – n’est pas un orfèvre de l’Etat. Les surgissements en cascade des régions de Kaffrine, de Kédougou et de Sédhiou sont trop rapprochés et improvisés, pour être les fruits d’un plan directeur de l’aménagement du territoire. L’érection de Kaffrine, par exemple, est la satisfaction d’une doléance présentée de façon quasi-insurrectionnelle : marche populaire et grève de la faim. Un précédent dangereux pour la santé des institutions de la république.

De telles critiques ne riment nullement avec l’apologie du jacobinisme d’Etat dont le chant du cygne a été entamé au Sénégal, dès 1972, par une décentralisation méthodique. Peut-être, même avant, puisque les convictions socialistes de Mamadou Dia (socialisme autogestionnaire) renfermaient les germes d’une décentralisation très poussée. Le Président Dia n’a-t-il pas été l’initiateur de l’Animation rurale et le créateur des Centres d’Expansion Rurale Polyvalents, abrégés en CER, disséminés sur l’ensemble du pays profond ?

Napoléon, lui-même, père du Code civil et de la Préfectorale (ancêtre du commandement territorial) formula l’avis que voici : « On peut gouverner de loin, mais on ne peut administrer que de très près ». Vivement donc que la décentralisation – avec son lot de découpages et de redécoupages bien fignolés – prévale et prospère. A condition que les restructurations constituent une valeur ajoutée pour les pouvoirs déconcentrés. Qui, à leur tour, impactent socialement sur la vie locale.

Ce qui est loin d’être le cas à Fanaye où l’Etat a baissé pavillon. Et à Sangalkam où l’adversité politique follement exacerbée (endiguement de l’influence de Idrissa Seck) a trop inspiré les décisions. L’une de ces dernières, étant la nomination d’un sociologue dépourvu de culture administrative, à la tête de la Délégation spéciale. Le discours d’Ali Khoudia, en pleine et sanglante tourmente, retentit encore dans les oreilles des populations : « Je suis là, et je resterai contre vents et marées ».

Comment peut-on administrer dans l’affrontement et la fureur ? Ali Khoudia et son ministre de tutelle Alioune Sow (jadis ardent et loquace sur Sangalkam et aujourd’hui tiède et laconique sur Fanaye) n’ont pas lu le Maréchal Lyautey. Lequel a appris de son épopée marocaine que : « Administrer, c’est séduire ». Et non heurter.

Et pourtant, il existe un vivier d’administrateurs chevronnés (le gouverneur Thierno Birahim Ndao est un monument qui a formé des monuments) dans lequel le gouvernement peut puiser des Présidents de Délégations spéciales capables de maîtriser les textes, à la lettre et dans l’esprit. Et de maintenir l’ordre avec un doigté qui exclut le carnage en démocratie.

Mais un régime avide de victoires électorales – y compris aux forceps – et friand d’agapes foncières peut-il durablement s’accommoder d’administrateurs d’élite très à cheval sur l’orthodoxie ? Ultime rappel en direction des Pouvoirs publics : le foncier et la malgouvernance ne sont pas étrangers l’apparition de la rébellion en Casamance.






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