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« Depuis six ans, j'ai du travail tous les jours »

Rédigé par leral .net le 3 Décembre 2009 à 02:53 | Lu 830 fois

Une vingtaine de sans-papiers ont investi l'agence Manpower, rue d'Illiers, avant même d'être expulsés de celle de Synergie.
Africains sans-papiers, ils occupent depuis une semaine plusieurs agences d'intérim à Orléans et demandent leur régularisation. Arrivés en France depuis 5 à 15 ans, ils paient des impôts et travaillent.


Une vingtaine de sans-papiers ont investi l'agence Manpower, rue d'Illiers, avant même d'être expulsés de celle de Synergie.
Une vingtaine de sans-papiers ont investi l'agence Manpower, rue d'Illiers, avant même d'être expulsés de celle de Synergie.

Mauritanie, Mali, Sénégal, République démocratique du Congo, Guinée : des hommes exclusivement, jeunes pour la plupart, et arrivés en France depuis plus de cinq ans pour la totalité.

Certains affichent plus de 15 ans sur « le territoire ». Depuis une semaine, ces sans-papiers africains, installés à Orléans et Paris, occupent plusieurs agences d'intérim à Orléans pour obtenir leur régularisation. Ces mêmes agences qui les emploient quotidiennement dans le secteur du bâtiment et des travaux publics. L'une d'entre elles, Synergie, a entamé une action en justice en référé pour obtenir leur expulsion.

Couvertures sur le sol des salles de réunion occupées, système D pour les repas pris en commun, quêtes dans les rues d'Orléans, et soutien logistique appuyé de la CGT, ils se débrouillent pour assurer le quotidien.

« Onze associations sont de notre côté », se félicite Camroa, 23 ans, Sénégalais. Depuis des années, ces salariés sans papiers travaillent donc en France, et tous les jours pour beaucoup. « Depuis six ans, j'ai du travail tous les jours », confirme Mbay, 25 ans, qui reverse 800 euros par an aux impôts. Tous d'ailleurs s'acquittent de cette charge. « On travaille, on paie nos impôts, on n'a jamais rien volé, même pas un ticket de métro. Et pourtant on n'a aucun droit, pas même le chômage », constate Demba, Mauritanien de 48 ans qui a laissé au pays deux enfants et une femme.

« Ça nous fera un billet d'avion gratuit »

Évidemment, pour pouvoir se faire embaucher sans avoir de papiers, ils ont tous présenté, lors de leur inscription à ces agences d'intérim, la carte d'identité d'un « cousin », valide, elle. Autre stratégie : c'est le « cousin » qui va s'inscrire en personne, et c'est le résident sans papiers qui se retrouve le lendemain sur le chantier. Classique. Ni vu ni connu. Les fiches de salaire et les impôts sont bien sûr adressés à ce « double ». Les arrangements se font ensuite « en famille ». « Les agences ferment les yeux, ils s'en foutent », affirme Camroa.

Pas si sûr. Elles n'ont surtout pas les moyens de vérifier l'identité exacte de chaque salarié. « On risquerait trop (1.500 € d'amende et 5 ans de prison) à embaucher un sans-papiers. On mise, c'est vrai, sur la bonne foi des personnes qui viennent nous voir », explique ce responsable d'agence.

Pour ces sans-papiers salariés, qui seraient 5.800 en France et autour de 400 dans le Loiret, la vie ne ressemble pas à l'eldorado rêvé. Mais c'est toujours mieux qu'« au bled » où il « n'y a rien à faire ». Visas et billets d'avion ont eu raison des économies familiales. Le retour sur « investissement » se fait par des mandats envoyés dès que possible à la famille restée sur place.

Aujourd'hui, aucun ne s'imagine une seule minute devoir revivre dans son pays d'origine. « Pour faire quoi ? », interrogent-ils. La perspective d'une expulsion et d'un retour à la case départ ne les émeut pas plus que ça : « Ça nous fera un billet d'avion gratuit. On reviendra ensuite », assurent-ils. À l'unanimité.