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Député du peuple !


Rédigé par leral.net le Mercredi 20 Juin 2012 à 18:11 | | 0 commentaire(s)|

Député du peuple !
Après l’euphorie de la présidentielle, les Sénégalais sont invités présentement à élire une nouvelle représentation parlementaire ; pour l’hétéroclite coalition au pouvoir, il s’agit, comme véritable enjeu, de s’assurer d’une majorité confortable pour pouvoir gouverner… confortablement. Mais pour l’écrasante majorité des Sénégalais ces joutes électorales n’emballent pas du tout et ces 24 listes en lice n’y feront rien quelle que soit par ailleurs la débauche d’énergie pour appâter leurs concitoyens! Avec autant de candidats (et autant de pagaille ennuyeuse dans les bureaux de vote), c’est le budget de l’Etat qui va en pâtir. En plus, qui élire et à quelle fin ? Député, mais de quel peuple ?
Quand vous interrogez le Sénégalais lambda sur l’identité des députés de sa collectivité locale, vous pourrez mesurer aisément le fossé séparant cet élu et le peuple qu’il est censé représenter à l’Assemblée nationale ; c’est souvent à travers le petit écran qu’il découvre furtivement certains visages qui auraient dû lui être plus familiers. A quoi sert un député ? Peut-on sentir sa présence ou son impact réel dans la vie des populations ? Les Sénégalais iront-ils voter le 01 juillet 2012 ?
La place du législatif dans le dispositif institutionnel et démocratique d’un pays n’est plus à démontrer pour les esprits avertis un tant soit peu de la chose politique ; par contre la place du député dans le quotidien des Sénégalais reste problématique. En principe, il est le porte-parole, l’interface entre le Pouvoir central et la masse populaire et laborieuse ; c’est quelqu’un qui est censé être à l’avant-garde des batailles engagées et par conséquent très proche des aspirations du peuple. Il a donc un rôle local et dans sa circonscription il est en contact permanent avec les réalités et les préoccupations du terrain dont il se fera l’écho devant la représentation nationale.
Mais le constat est amer : il est inaccessible notre député ! Il vit en général loin du terroir qui l’a investi, ou alors il vit reclus dans son « château » flambant neuf, loin des regards indiscrets, insensible aux plaintes innombrables des gorgorlous. Si certains d’entre eux sont à l’écoute attentive des populations, beaucoup d’autres par contre brillent par leur absence et optent pour la parade éhontée lors des grandes cérémonies. Pour beaucoup de Sénégalais, le député bénéficie de trop de privilèges au regard du « volume « de travail qu’il abat (une ou deux sessions par an ?) ; cela est d’autant plus révoltant, dans un pays pauvre très endetté, que certains citoyens en sont arrivés à proposer des indemnités de session à la place de tous ces avantages (salaires exorbitants, vice président et président de commission à rang de ministres, voiture, dotation de carburant et autres dessous de table…). Toutes ces faveurs et pour quel effet bénéfique pour le peuple ? Ou pour le pays, car on en a vu de ces lois scélérates, de ces lois assassines, liberticides et iniques ! Député du peuple, quel ridicule pléonasme ! L’on se souvient de ce député qui se plaignait de la rareté du « thiof » dans son plat de riz alors que l’écrasante majorité des Sénégalais peinait à trouver du « yaboye » !
Depuis quelques jours, l’on clame partout qu’il nous faut une assemblée de rupture, qu’il nous faut désormais des députés d’un autre type qui ne soient pas à la solde de l’exécutif ! Qu’est-ce à dire au fond ? Si, par exemple, Benno bokk yaakaar gagnait haut la main cette compétition, peut-on réellement s’attendre à autre chose du député de la majorité parlementaire sinon que de cautionner tous les actes que l’exécutif posera ? Donner au Président les moyens de sa politique entraîne indubitablement à lui laisser le champ libre pour réaliser ses nombreuses promesses de campagne ; la composition actuelle de l’exécutif étant à l’image du législatif (en supposant la victoire de BBY), on ne pourra demander à ceux qui sont sur le perchoir de scier la branche sur la quelle ils sont confortablement assis. Ainsi les tares dénoncées de la législature écoulée risquent-elles de refaire surface au détriment de la consolidation de l’équilibre des pouvoirs. Pour la vitalité de la démocratie, serait-il envisageable que la majorité parlementaire soit constituée de coalitions opposées au pouvoir ? Elles mettraient volontiers les bâtons dans les roues trop libres du pouvoir.
Pourrait-on alors espérer l’instauration d’une assemblée plurielle, véritable contre pouvoir, capable de contrôler de façon efficiente l’action du gouvernement ? Au regard des listes en compétition, il ya lieu d’en douter : l’émiettement des candidatures favorise quelque trois grands pôles et la pluralité tant souhaitée ne se réalisera certainement pas. D’illustres inconnus vont amuser la galerie, vont user leurs sandales à sillonner le pays à la quête d’une représentativité illusoire ; alea jacta est pour bon nombre de prétendants, plus de 7000 candidats pour 150 sièges seulement !
Et la parité dans tout ça ? Il faut souhaiter que la féminisation de cette institution imprime une dimension plus humaine, plus sensible, plus passionnée au regard des multiples urgences du peuple. Le panier de la ménagère, la demande sociale en général, la précarité de la vie en banlieue et en campagne, les problèmes d’éducation, la gent féminine vit tout cela intensément. L’on peut craindre pareillement une assemblée nationale folklorisée où l’on fait plus attention aux caméras de télévision qu’à se pencher sérieusement sur les problèmes réels du pays ; un ami prédit déjà des « xawaré » télévisés à l’assemblée où hommes et femmes rivalisent de sape parfumée, de « sagnsé » ! Que l’histoire lui donne tort mais en attendant, le Sénégalais ira-t-il voter le 01 juillet ?
Ce n’est pas jeter le discrédit que de réaffirmer que ces élections n’enchantent guère à l’image de la présidentielle ou des locales ; bien souvent, au niveau départemental par exemple, l’électeur ne se retrouve pas dans le choix du candidat »imposé », il ne retrouve aucun des siens non plus, il ne le connaît pas et ne voit pas souvent l’intérêt à se mobiliser pour une liste anonyme. Avec cet hivernage qui s’installe, il ya fort à parier qu’il préférera aller au champ ou se terrer chez lui que d’aller faire la queue devant un bureau de vote. En outre, l’on fait semblant d’ignorer le malaise de l’électeur devant autant de bulletins de vote : 24 listes étalées sur table, véritable casse-tête pour tout électeur et encore plus pour la masse analphabète ! Faudra-t-il aider, donner un coup de pouce au votant pour qu’il trouve la liste de son choix ? A ce niveau, une tête de liste peu connue des concitoyens court inexorablement vers sa défaite ou son humiliation ; de même ces visages peu familiers sur les murs de nos villes, dans les places publiques de nos villages, ces petites caravanes à peine audibles…
En attendant de voir comment cette « chambre d’enregistrement « va se muer en un véritable levier de développement, il reste à souhaiter que le Yoonu Yokute prôné par l’actuel hôte du palais croise celui de cette institution parlementaire à qui l’on demande de retrouver sa vocation première et son lustre d’antan : servir et non se servir du peuple !




Albert FAYE Inspection d’Académie de Thiès
Alfa592000@yahoo.fr







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