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Dernière chance ? Par Dié Maty Fall

Première leçon du scrutin de dimanche dernier : les électeurs sénégalais se sont largement abstenus, exprimant certainement par cette posture hautement politique, leur ras-le-bol, leur défiance et leur déception face à un gouvernement sclérosé et à une majorité présidentielle enlisée. Très peu parmi les électeurs inscrits sont allés voter et ce n’est même pas l’effet de la Coupe du Monde.


Rédigé par leral.net le Dimanche 6 Juillet 2014 à 18:29 | | 3 commentaire(s)|

Dernière chance ? Par Dié Maty Fall
Plusieurs semaines en effet avant le scrutin, ma tante la baronne me faisait part de son peu d’intérêt pour ce scrutin et même de la possibilité qu’elle ne vote point, elle qui a pourtant porté sa pancarte à la Place Protêt, devenue Place de l’Indépendance, devant un de Gaulle médusé. Finalement, plus par devoir que par envie, elle y est quand même allée.

Les ressorts de ce vote-sanction par l’abstention reposent sur l’indifférence devant l’infantilisme et l’égocentrisme de la classe politique, qui peut accoucher de 250 partis n’existant que de nom et de 2700 listes fantaisistes, alors qu’elle n’est pas capable de s’entendre sur l’essentiel.

Sur la révolte aussi devant le surplace, le manque, l’insuffisance et la lenteur des ruptures ardemment voulues par les Sénégalais. Avec le départ du PDS, on pensait révolu le temps de l’arrogance et de l’incompétence, de la distanciation des gouvernants à l’égard des gouvernés. Que nenni ! Et pourtant les moyens de déplacement, de communication, de travail, de loisirs des gouvernants sont payés par l’effort national.

Et pourtant, ils roulent carrosse dans des bolides payés par l’argent du contribuable, cachés derrière des vitres teintées, ce qui est formellement interdit par la loi (qu’ont-ils donc à cacher ?), changent de numéro de téléphone dès qu’ils sont nommés, refusant de parler aux citoyens, de communiquer avec eux et de les informer, mettant entre eux et ceux qui les ont portés là où ils sont des armoires à glaces.

Est-ce que ces arrivistes et parvenus payés avec notre argent valaient la peine de perturber, qui sa grasse matinée du dimanche, qui ses activités du week-end, qui ses occupations dominicales, pour aller perpétuer ceux qui représentent une insulte quotidienne pour l’intelligence de leurs concitoyens ?

Sur la sanction négative de responsables choisis par le président de la République pour mener à bien les pouvoirs qu’il leur a délégués en vertu de la confiance que les Sénégalais lui ont manifestée en Mars 2012 et que, deux ans et demi plus tard, ils sont incapables de mettre en œuvre au service des populations, déclenchant leur colère, et qui ont décidé sans trêve que « Dek bi dafa Macky » ou que « Macky du dem », par leur faute.

Ces dirigeants à la tête de notre gouvernement, de notre administration, de nos ministères et partant de notre destin, ont déçu la confiance du Chef de l’Etat, et ce dernier a lui aussi déçu notre confiance en nommant des bras cassés (en français, cela signifie des incapables). En près de trois (3) ans, les Sénégalais n’ont rien vu venir de ce qu’ils souhaitaient ni ce sur quoi le président s’était engagé : pas de réforme, pas de rupture, pas d’action véritable, pas de progrès.

Au contraire, on est servi en surplace, en déjà-vu, en pédalage dans la choucroute, en luttes intestines féroces, en complots de palais. La responsabilité du président de la République est bien entendu engagée car c’est lui qui les a mis là où ils sont et qui, ne voyant rien venir, n’a pris aucune initiative pour mettre un terme à leur collaboration et les remplacer.

En revanche, c’est de la responsabilité de ces dirigeants de ne pas avoir respecté de leur mieux la feuille de route et les orientations, les objectifs de rupture, de progrès, d’éthique, d’intégrité à eux assignés. Qu’à cela ne tienne, ils pouvaient continuer de sévir tant que leur patron pouvait tolérer leurs manquements criards et leur incompétence flagrante. « Tous les mêmes » est le leitmotiv qui a répondu à cette indécision et qui a retenu les électeurs chez eux. C’est dire que les citoyens sont vraiment en avance sur leurs gouvernants et que ces derniers ne le savent toujours pas.

Au final, personne n’est content.

On a l’impression que le président de la République rame dans un sens et que ses ministres et directeurs rament dans le sens contraire. Alors que le Président Sall donne l’impression, une fois sur deux, d’aller dans le bons sens, les responsables et dirigeants de l’APR-Majorité présidentielle démentent tous les jours dans leurs actes, leurs propos et leur attitude la rupture prônée par Macky Sall et attendue par le peuple sénégalais.

Plus abonnés à la rubrique des faits divers bêtes et méchants, du tumulte et des cafouillages, et maintenant à la débâcle et la lourde défaite avec la claque du 29 Juin qu’à la rubrique Concours Général de la bonne gouvernance, de l’innovation et de la créativité. Et pourtant, ils sont jeunes et passent pour être brillants. Pfffffuuuuiiii !

Quant aux vieux pépères sur le retour, parlons-en. Le Sénégal a 54 ans, le Président Sall en a 53 et en 2011, il déclarait au magazine Jeune Afrique du 14 décembre 2011, qu’ « à son âge, Wade méritait de prendre sa retraite ».

En 2014, ne pense-t-il pas que le Sénégal mérite d’être gouverné par des femmes et des hommes intègres, compétents, sérieux et dans la force de l’âge, pour ne pas dire jeunes comme une grande partie de la population sénégalaise dont je rappelle que sur 13 millions d’habitants, 43,5% ont moins de 15 ans et que le taux de chômage des jeunes Sénégalais était de 12,2%.

Lors de la conférence internationale sur l’emploi des jeunes tenue à Dakar le 28 juin 2014 par le CRDI en partenariat avec le BAD et d’autres institutions sous la présidence de l’actuelle Premier ministre, Mme Aminata Touré Coulibaly faisait état de « 61% de jeunes Sénégalais au chômage, une jeunesse représentant 3 chômeurs sur 5 en moyenne, et une moyenne de 72 % de la population jeune vivant avec moins de 2 dollars par jour ». Un taux de chômage élevé et endémique, selon tous les spécialistes.

Pas besoin d’aller plus loin pour expliquer pourquoi les plus de 70 ans doivent céder la place à de plus jeunes citoyens qui n’ont pas eu la chance encore de travailler même lorsqu’ils sont diplômés, à cause du cumul des fonctions des retraités qui squattent les places et ne veulent pas les céder.

Cela dit, le président de la République a un nouveau souci avec le plébiscite du maire de Dakar qui correspond à son pire cauchemar. Le triomphe du maire socialiste qui a réussi à rassembler autour de lui au-delà du Parti Socialiste et de Benno Bok Yaakar, la majorité des Dakarois et de larges franges de la société civile, sonne comme un désaveu des tentatives d’intimidation faites publiquement à Khalifa Sall par l’appareil de l’APR (« si tu veux garder ta mairie, tu dois rejoindre l’APR »), et les incitations intra-muros faites par le président de la République himself.

Ni menaces, ni intimidation, ni mouvement de menton n’y firent rien et n’y purent rien, le verdict des urnes le confirme comme le futur adversaire de Macky Sall en 2017 ou 2019, c’est selon le respect ou pas de la volonté du candidat Sall de ramener le mandat présidentiel à 5 ans. Sous condition également que KAS se fasse connaître en dehors de Dakar et dans tout le pays, pas seulement Dakar et sa banlieue.

Et, dernière condition, que le Parti Socialiste parachève sa mue salvatrice en le choisissant et en l’investissant comme son candidat de la prochaine présidentielle, faisant ticket commun avec le SG du PS dont la maturité et l’expérience complèteront stratégiquement la jeunesse et la fougue de Khalifa.

Et pourquoi pas avec Malick Gackou aussi, qui ronge son frein à l’AFP, mais partage avec Khalifa Sall beaucoup de souvenirs dans le mouvement des jeunesses socialistes (ex-MJPS), l’apprentissage de la politique, la jeunesse, la popularité, et avec OTD l’apprentissage du bien et du beau ? Ce qui relève pour le moment de la cuisine interne du Parti Socialiste exclusivement.

Mais en attendant cette prochaine échéance, il importe de remettre le pays au travail et en marche avec des ministres, des directeurs, des maires travailleurs, humbles et discrets, compétents, au service de la Constitution, de la République et du citoyen sénégalais. Il importe surtout de remettre le citoyen au centre des décisions et des objectifs de gouvernement, car gouverner c’est prendre soin des citoyens et de leurs préoccupations.

Ce n’est pas faire de la politique politicienne du matin au soir et prendre les Sénégalais pour des demeurés qu’ils sont loin d’être. C’est rompre avec la routine et prendre des mesures hardies et s’y tenir. C’est aussi expliquer des mesures impopulaires, difficiles à comprendre et surtout restées inexpliquées comme la curieuse décision du gouvernement de gratifier les conjoint(e)s de chefs de mission diplomatique et de postes consulaires d’un émolument de cinq cent mille 500.000) francs CFA mensuels.

La même générosité aurait pu être utilisée par le gouvernement pour donner un foyer et une éducation aux enfants de la rue et au talibés qui demeurent exploités, exploitables et esclaves dans une société qui se veut civilisée et sociable, dans une République qui se dit égalitaire et démocratique, plutôt que d’engraisser des privilégiés.







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