leral.net | S'informer en temps réel

Des Plans Sénégal Emergent locaux, pour une mise en œuvre efficace du PSE

Soucieux du devenir de mon pays, je me permets aujourd’hui de prendre ma plume pour donner une contribution citoyenne sur les nouvelles orientations stratégiques en cours au Sénégal.

Pour sortir des situations de crises souvent cycliques, les Etats ont toujours adopté des plans de développement qui visent à soustraire les populations des difficultés et améliorer leurs conditions d’existence.


Rédigé par leral.net le Mercredi 16 Juillet 2014 à 09:54 | | 0 commentaire(s)|

Des Plans Sénégal Emergent locaux, pour une  mise en œuvre efficace  du PSE
On se souvient du plan Marshall (1947 -1952) qui était une stratégie américaine pour aider à la reconstruction de l'Europe après la Seconde Guerre mondiale.

Les effets politiques de ce plan ont été aussi importants que les effets économiques.

Pour un bref rappel historique, la période 1948-1952 a été pour l'Europe, celle de la plus vive croissance économique de son histoire. La production industrielle progressa de 35 % et la production agricole surpassa ses niveaux d'avant-guerre.

Partout dans le monde, le passage d’une situation de crise à un état de développement souhaité passe nécessairement par une phase transitoire marquée par la mise en œuvre d’un plan de développement.

Pour notre Sénégal, la crise que nous subissons actuellement provient pour une grande part des contraintes structurelles qui se sont succédé depuis l’indépendance.

Durant les années 70, les contrecoups de la sècheresse ont engendrés la concentration des populations en milieu urbain avec comme corollaires les difficultés d’accès aux biens et services sociaux de base. En milieu rural, cela s’est traduit par un exode rural massif, une baisse de la productivité agricole et des obstacles liés à la commercialisation des cultures de rentes.

Pour redresser cette situation à partir des années 80, l’Etat du Sénégal a eu recours à un programme de réduction du déficit extérieur et l’augmentation de la part des investissements dans le produit intérieur. C’est l’époque du Plan d’ajustement structurel (PAS) et du Plan de redressement économique et financier (PREF) élaboré sous la tutelle du FMI .
Plus tard dans les années 2000, à l’instar des pays à faible revenu, le Sénégal a eu à établir des documents de stratégie pour la réduction de la pauvreté (DSRP ) suivant un processus participatif dans lequel s'impliquent à la fois les parties prenantes au niveau national et les partenaires extérieurs du développement, dont le FMI et la Banque mondiale.

Le DSRP décrit les politiques et les programmes macroéconomiques, structurels et sociaux qu'un pays doit mettre en œuvre pendant plusieurs années pour promouvoir la croissance et réduire la pauvreté ; il expose aussi les besoins de financement extérieur et les sources de financement connexes. Au Sénégal, nous avons connu le DSRP I en juin 2002 et le DSRP II en octobre 2006.

De même, pour accompagner la Loi n° 96-06 du 22 mars 1996 portant Code des Collectivités locales, l’Etat avait mis en place un Programme National de Développement Local (PNDL), cadre fédérateur de référence et d’harmonisation des interventions.
L’objectif du PNDL est la réduction de la pauvreté et la promotion du développement local, en cohérence avec les politiques nationales en particulier avec le DSRP.

Malgré toutes ces initiatives, aucun régime n’a encore réussi à nous défaire de cette situation de crise qui devient du reste endémique.

C’est dans ce contexte que l’Etat du Sénégal sous le magistère du Président Macky SALL a initié au premier trimestre de l’année 2014, une stratégie qui vise à porter notre pays vers l’émergence à l’horizon 2035.

Ainsi, dans sa conception, le Plan Sénégal émergent tente de répondre à trois questions essentielles pour le devenir de notre pays :
 Où sommes-nous actuellement?
 Où voulons-nous aller?
 comment devons nous faire pour y arriver ?

Un diagnostic de la situation économique et sociale du Sénégal a conduit à l’élaboration du PSE . C’est une vision stratégique qui définit une planification à court, moyen et long terme, dont le principal objet est la mise en œuvre d'un développement durable intégrant le progrès social, la préservation de l'environnement, l'efficacité économique et le développement culturel, dans un climat de paix, de sécurité et de stabilité.
A travers le Plan Sénégal Emergent (PSE), une vision stratégique nous projette dans un scénario qui dégage l’image globale de ce que souhaite devenir notre nation au terme d'un horizon de planification préalablement défini. Le PSE est un guide qui organise la gestion et la conduite du changement souhaité :
Un Sénégal émergent en 2035 avec une société solidaire et dans un Etat de droit (extrait du PSE).
Trois axes ont été dégagés pour matérialiser la vision d’un Sénégal émergent à l’horizon 2035 avec une société solidaire et dans un Etat de droit :
 Transformation structurelle de l’économie et croissance ;
 Capital humain, protection sociale et développement durable ;
 Gouvernance, institutions, paix et sécurité.
Toutefois, cette vision requiert, à l’échelle des terroirs, la mise en place de plan d’actions locales traduisant les orientations du PSE en actes concrets sur le terrain.
A la lumière des expériences passées, il est clair que l’implication des populations à la base est indispensable pour toute stratégie de développement à travers notamment une appropriation renforcée.
Par exemple, l’atteinte des objectifs associés à l’axe 2 « Capital humain, Protection sociale et Développement durable » du PSE nécessite l’adhésion et l’appropriation des populations bénéficiaires, gage de la pérennité des infrastructures et des services sociaux de bases.

« Le Sénégal n’appartient à personne, mais nous appartenons tous au Sénégal (extrait du PSE)»

Le PSE est l’affaire de tous les sénégalais et nous avons chacun une contribution à apporter pour garantir une mise en œuvre efficace du projet.

L’ampleur d’une telle mutation nous offre aujourd’hui, l’opportunité de conjuguer nos forces, d’innover, de changer, de mobiliser notre intelligence collective.
Cette obligation de changer, est pour nous la chance de penser et d’agir autrement au niveau de nos terroirs.

C’est pourquoi, dans la foulée du PLAN SENEGAL EMERGENT, nous venons proposer l’élaboration de Plans Sénégal Emergent à l’échelle locale ou Plan Sénégal Emergent local (PSEL )
Il s’agira d’un dispositif opérationnel d’actions fortes, élaboré dans l’échange et la concertation, dans la participation, l’inclusion et l’engagement de tous les acteurs au niveau de chaque collectivité locale.
L’idée est de promouvoir la contribution de chaque Sénégalais, de chaque collectivité locale pour l’atteinte des objectifs qui accompagnent les trois axes d’orientation du PSE.

Objectifs des PSEL

Bien que le code des collectivités locale prévoit tout un mécanisme pour impulser le développement à la base, force est de constater sur le terrain que depuis 1996, nos collectivités n’arrivent pas à utiliser les neufs compétences transférés pour améliorer les conditions de vie des populations.

Le PSEL doit donc être un outil qui permet de répondre de manière concrète aux enjeux de développement à l’échelle d’un territoire quelle que soit sa taille (Département, Commune).

La mise en œuvre des PSEL permettra d’ancrer nos collectivités locales dans une réelle démarche de développement et d’amélioration des conditions de vie des populations. Cela prendra en compte l’attractivité des territoires tant au niveau économique (promotion des produits locaux, ressources naturelles préservées…) qu’au niveau social (accès aux services sociaux de base) tout en rendant plus visible les actions du PSE dans sa dimension nationale.


Ainsi, les orientations des PSEL permettront d’aborder avec méthode, la gestion rationnelle des ressources disponibles pour l’atteinte des objectifs globaux du « PSE national ».

Au niveau de la gouvernance locale, les PSEL aideront les collectivités locales à mettre en œuvre et concrétiser les 09 compétences transférées en relation avec les nouvelles orientations de l’acte III de la décentralisation.


L’adoption de pratiques performantes et innovantes implique nécessairement une perception concrète et des compétences pour formaliser l’idéal à atteindre au sein de sa collectivité locale.

Toutefois, dans la pratique, nos communes ne disposent pas souvent de compétences nécessaires pouvant travailler en relation avec ces agences pour élaborer et exécuter des plans locaux de développement.

Comment s’y prendre

 Faire un diagnostic participatif sous la houlette des collectivités locales

Afin de mieux cerner les problématiques et les enjeux du territoire pour ensuite définir une stratégie adaptée, le PSEL s’appuie sur une démarche de concertation avec tous les acteurs de la collectivité et ses représentants : élus et personnels, habitants, associations, entreprises, structures déconcentrées de l'Etat. Il faudra s’assurer de la participation de l’ensemble des acteurs pour garantir une appropriation du projet à tous les niveaux.

Localement, un diagnostic concerté permettra de concevoir un projet stratégique qui prend en compte toutes les dimensions du développement et de l’amélioration des conditions de vie des populations. Le PSEL devra se traduire de manière opérationnelle par un plan d’actions qui s’inscrit dans une durée qui peut dépasser les mandats des élus locaux à l’image du PSE dont la durée de mise en œuvre dépasse le mandat du régime actuel et de la législature en cours. .


Avec la mise en œuvre des 09 compétences transférées, chaque collectivité locale aura la possibilité d’adopter de nouvelles pratiques plus performantes et innovantes.

La loi portant code général des collectivités locales encourage cette approche inclusive et participative en disposant en son article 7 qu’ « en vue de garantir une bonne participation des populations dans la gestion des affaires publiques, l’organe exécutif local peut instituer, au sein de la collectivité locale , un cadre de concertation sur :
- les plans et les projets de développement local;
- les conventions de coopération et les contrats plans.

Les dispositions du code général des Collectivités locales prévoient également la possibilité d’élaborer des documents de planification locaux articulés au schéma directeur du plan de développement national.

En vue d’accompagner les collectivités locales dans l’élaboration et la mise en œuvre de leurs PSEL, des agences de développement locales sont instituées conformément aux dispositions de l’article 39 du Code Général des Collectivités Locales.
Les départements d'une même région circonscription administrative constituent en commun, avec les communes, une Agence régionale de Développement (ÀRD).
Cette agence a pour mission d'apporter aux collectivités locales une assistance gratuite dans tous les domaines d'activités liés au développement.

De même l’agence de développement municipal à travers les contrats ville constitue un outil qui aide à la planification du développement à l’échelle des communes ou des départements.


 Assurer la transversalité des actions de développement

Au niveau local, le PSE comme les PSEL ne doivent pas être des documents redondant à la suite des DSRP ou des autres documents stratégiques. Cette démarche doit s’appuyer au contraire sur les politiques existantes (DSRP I et DSRP II, PNDL) et travailler de façon transversale, en recherchant les synergies possibles autour de la thématique du développement local comme l’atteinte des OMD et la poursuite des politiques et programmes en cours .

Il s’agira aussi d’utiliser cette opportunité pour faire un Link intelligent entre les PSEL, les agences régionales de développement et l’agence de développement municipal (ADM) à travers l’expérience acquise avec les contrats ville.
Un champ bien définit et une feuille de route adaptée aux compétences spécifiques de chaque organe devront être élaborés afin d’assurer une meilleure prise en charge du développement dans les collectivités locales

 Rendre le PSE opérationnel au niveau local

Pour que le PSEL soit opérationnel à chaque niveau hiérarchique des collectivités locales, un accompagnement méthodologique est nécessaire.
Actuellement, nos collectivités locales ne disposent pas pour la majorité de compétences et ressources financières pouvant prendre en charge la définition et la formalisation d’un PSEL.

Un soutien technique, méthodologique et financier dans le montage d’opérations définies localement doit être fourni par l’Unité de coordination de la mise en œuvre et du suivi-évaluation en relation avec les ARD, l’ADM et les services déconcentrés de l’Etat.

La validation des budgets de fonctionnement des collectivités locales devrait être assujettie à la mise en place de cet outil de développement au niveau local qui est le PSEL.

Pour accompagner la dynamique du PSE, il sera important de mettre en place des mesures contraignantes ou des instruments juridiques et institutionnels visant à contraindre les communes à élaborer des PSEL susceptibles de porter durablement le développement économique et social des communes.
Dans le souci de stimuler l’adhésion et l’appropriation des collectivités, des récompenses pourront être octroyées à celles qui se seront plus distinguées dans l’atteinte des objectifs globaux du PSE.

 Garantir le respecter les lois et règlements en vigueur à la base

Au Sénégal, plusieurs textes et lois ont été votés pour encadrer et structurer les diverses activités de la vie quotidienne. Ainsi, à l’échelle locale, le PSEL servira de relais à l’Etat pour s’assurer et garantir à la base le respect des différentes réglementations en vigueur, gage de la durabilité de nos institutions :
- Mise en place et respect d’un plan d’urbanisme à l’échelle locale pour garantir un habitat sécurisé et durable ;
- Mise en place d’une politique environnementale qui répond aux exigences de notre code de l’environnement ;
- Veiller à la base au respect et à la mise en œuvre des exigences des normes d’hygiène, du code d’assainissement, du code de la construction, du code de l’eau, du code forestier etc.

Promouvoir des objectifs mesurables localement

Dans un souci d’efficacité, chaque collectivité locale doit définir dans son PSEL des objectifs concrets et adaptés à l’échelle de son territoire. Ces objectifs doivent être en cohérence avec les leviers d’action liés à ses compétences et avec son contexte géographique, social, économique…

Le suivi de l’impact global du PSEL se fera par l’évaluation périodique des informations et des indicateurs de performance associés aux objectifs fixés.

Pour ce faire, les actions à l’échelle locale devront s’appuyer sur des systèmes structurés d’indicateurs répertoriés dans les objectifs qui accompagnent les trois axes d’orientations en plus des OMD et autres programmes en cours.

En relation avec les organismes de l’Etat ou d’autres dispositifs indépendants, l’unité de coordination de la mise en œuvre et du suivi-évaluation du PSE, pourra mesurer à temps planifié les progrès accomplis et s’assurer de la mise en œuvre des stratégies nationales et formuler des recommandations visant l’amélioration continue.

En définitive, un Sénégal émergent en 2035 avec une société solidaire et dans un Etat de droit, se fera sous l’adhésion et l’implication de nos collectivités locales, ou ne sera pas.

Cela équivaut à dire que le PSE devra subsister au-delà des alternances, des régimes et des conseils municipaux que le jeu démocratique nous imposera à vivre d’ici 2035.
Ainsi, un pacte de respect du PSE est indispensable quelques soient les régimes et les élus locaux qui hériterons des destinées du pays.

Naturellement l’engagement et l’exemplarité à tous les niveaux de l’appareil d’Etat et des services déconcentrés constituent le socle d’une mise en œuvre pérenne du PSE.

De l’émergence de nos collectivités locales jaillira un Sénégal Emergent à l’horizon 2035
image001
El Hadji Ndiogou DIOP
Géographe, Master en Environnement (option qualité, sécurité & Environnement)
Expert Qualité à La Senelec
Email : ndiogou.diop@senelec.sn
Tel : 77 819 54 21






Hebergeur d'image