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Détournement à l’Aser: Modibo Diop a restitué 165 millions de francs

Si jamais la Cour d’appel de Dakar suit le réquisitoire du parquet général, l’ex-directeur de l’Agence pour l’électrification rurale (ASER), Modibo Diop et quatre coprévenus recouvriront la liberté mercredi prochain. D’autant que l’ex-DG, condamné en première instance pour détournement de deniers publics, a “acheté” sa liberté à hauteur de 165 millions.


Rédigé par leral.net le Jeudi 5 Juin 2014 à 15:00 | | 4 commentaire(s)|

Détournement à l’Aser: Modibo Diop a restitué 165 millions de francs
En prison depuis décembre 2010, l’ex-directeur général de l’Agence pour l’électrification rurale (ASER), Modibo Diop, a de fortes chances de recouvrer la liberté, mercredi prochain, jour du délibéré de son procès en appel. Cet espoir se fonde sur le réquisitoire du substitut général Ibrahima Bakhoum qui a requis trois ans ferme et une amende ferme de 5 millions contre l'ex Dg et ses co-prévenus. Le magistrat a demandé à ses collègues du siège de lui accorder des circonstances atténuantes, parce qu'il a tout simplement restitué la somme de 165 millions de francs sur les 477 534 601 F CFA détournés. Le parquet général s’est fondé sur les dispositions de l’article 155 du Code pénal qui prévoient les circonstances atténuantes, lorsque la personne poursuivie pour détournement verse, avant jugement, le 1/3 du montant détourné.

Me Sow dénonce un “deal”

Toujours est-il que Me Demba Ciré Bathily a vite fait de préciser qu’il ne s’agit point “d’une reconnaissance de culpabilité” de la part de son client. Quoi qu’il en soit, les conseils de l’État et de l’ASER n'ont pas apprécié cette tournure de la procédure. “Je ne suis pas contre le fait que Modibo Diop soit libéré, car j’ai mal par rapport à l’argent et non à la liberté”, a soutenu Me Samba Bitèye, avant même que le parquet général n’annonce la couleur.

Cependant, son confrère Me Moussa Félix Sow n’a pas fait dans la dentelle, en déplorant ce qui constitue à ses yeux “un arrangement”. “L’on a écarté le faux dans le premier jugement, cela relève d’une tentative d’arrangement”, a accusé l’ancien bâtonnier, tout en laissant entendre que la justice n’est pas un jouet. “Si on décide de poursuivre quelqu’un, qu’on le poursuive, mais les arrangements, les compromissions, personne ne doit les accepter”, a enragé Me Sow. Et de poursuivre : “il faut que tout le monde fasse son travail. Chaque jour, l’on voit des voleurs de poule placés sous mandat de dépôt”. Pour lui, “disculper Modibo revient à attenter à l’État de droit”.

Au-delà des suspicions exprimées, les conseils de l’État et de l’ASER n’ont pas hésité à demander une infirmation du montant des intérêts civils fixés en première instance à 600 millions de francs CFA. Pour Me Bassirou Ngom, les 462 millions représentant les montants des chèques retirés par les prévenus ne sont que “l’entrée du détournement”. “Le plat de résistance est constitué de 5,5 milliards”, a-t-il raillé. C’est pourquoi Me Sow a réclamé des dommages et intérêts de 10 milliards de francs CFA. En plus de la hausse du montant du préjudice, Me Aly Fall a demandé que les prévenus soient également condamnés pour association de malfaiteurs. “C’était une véritable entreprise de prédation”, a renchéri Me Sow.

A l’image de leurs clients, les avocats de la défense se sont renvoyé la balle. “On cherche à se décharger sur Pape Diallo, mais l’ASER est bien structurée”, a répliqué Me Boubacar Dramé qui considère aussi que le coursier Abdoulaye Diop est un cheveu dans la soupe. La preuve, a argué Me Macodou Ndour, “c’est un pauvre homme qui n’a rien”. Me Amadou Aly Kane a parlé “d’erreur judiciaire”, en soutenant que Pape Diallo, directeur du financement de l’électrification rurale, n’était ni ordonnateur des dépenses, ni comptable public.

“Le premier jugement relève d’une ignorance des règles de comptabilité”, a déploré Me Kane. Aux yeux de Me Bathily, M. Diallo est le seul responsable du détournement. “Comment se fait-il que tous les complices travaillent avec lui ?” s’est-il interrogé. Et de plaider la relaxe de Modibo Diop qui, de l'avis de Me Serigne Diongue, “a commis une faute de gestion”. Mais qu'il n’avait pas l’intention de commettre un détournement en signant les chèques, selon Me Maïmouna Dièye. Me Bathily a demandé que l’État soit débouté.

Modibo Diop est accusé d’avoir, avec ses complices, détourné une bonne partie du financement destiné au projet d'électrification rurale, cofinancé par l’État du Sénégal et la Banque mondiale à hauteur de 1,300 milliard. Selon l’accusation, le détournement s’est opéré, à travers la signature d’une soixantaine de chèques, variant entre 5 millions et 39 millions, soit la somme de 477 534 601 F CFA. Les chèques étaient retirés par ses coprévenus, le coursier Fara Diallo Thioune, l'agent administratif Mahanta Thiam et Abdoulaye Diop, planton à l’Institut supérieur de finance (ISF). Structure qui appartient à son directeur financier, Pape Diallo, par ailleurs cosignataire des chèques. Ils avaient été tous condamnés en première instance à cinq ans d’emprisonnement ferme.

Le nouveau Dg enfonce Modibo

Après l’expert Abdoulaye Dramé, hier la Cour d’appel de Dakar a entendu, à titre de renseignement, l’ex-DG de l’ASER, Abdoulaye Niang. Sans surprise, le successeur de Modibo Diop a enfoncé son prédécesseur. Dans son témoignage, il a affirmé qu’à son retour à la tête de l’ASER, tout le budget avait déjà été épuisé. Contredisant les chiffres avancés par l’expert, il a expliqué qu’entre 2007-2009, Modibo a eu à détourner 5,5 milliards. Avec des détails, il a soutenu qu’en 2007, il y a eu une évasion de plus d’1 milliard de francs CFA. Et un peu plus de 4 milliards entre 2008-2009. D’après lui, l’ASER était même obligée de fonctionner avec un découvert. Ses allégations n’ont pas convaincu le parquet général. Encore moins la défense qui pense que M. Niang n’est pas symbole de bonne gestion, vu qu’il a été limogé de l’ASER, à deux reprises.

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