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Dix ans après, les 171 «oubliés» de Guantanamo

le 10 Janvier 2012 à 13:35 | Lu 709 fois

Barack Obama n'a pas tenu sa promesse de fermer la «prison pour terroristes» sur l'île de Cuba.


Dix ans après, les 171 «oubliés» de Guantanamo
Le 11 janvier 2002, les premiers «ennemis combattants» arrivaient dans la prison de Guantanamo, sur l'île de Cuba, en provenance d'Afghanistan. Dix ans après, 171 y sont toujours incarcérés, sur les 779 au total qui y ont séjourné. Et le centre de détention érigé dans la décennie écoulée, symbole des dérives juridiques - voire morales - de l'Amérique dans la lutte antiterroriste, ne semble pas près de fermer ses grilles.

Incapable de tenir la promesse faite à son arrivée à la Maison-Blanche de fermer Guantanamo en un an, Barack Obama vient de provoquer la consternation chez les militants des droits de l'homme. Après avoir tenté d'y mettre son veto, il a finalement promulgué le 31 décembre une nouvelle loi empêchant tout transfert de détenus de Guantanamo aux États-Unis (au moins pour l'année fiscale en cours), autorisant les détentions illimitées sans procès et imposant le recours aux tribunaux militaires pour la plupart des suspects de terrorisme. Le président a toutefois promis de ne pas suivre certaines provisions de cette loi, signée à contrecœur sous la pression du Congrès. «C'est choquant, estime Andrea Prasow, de Human Rights Watch (HRW). Les promesses sont une chose, mais maintenant la loi est signée. Les gouvernements répressifs s'en serviront comme exemple.»
Dans les limbes juridiques

En dix ans, les conditions de détention se sont améliorées. Mais Guantanamo est devenu un cauchemar légal. Sur 171 prisonniers, 89 sont considérés comme «libérables» après une nouvelle évaluation réalisée par l'Administration en janvier 2011. Ils ne sont pourtant pas libres, soit parce qu'aucun pays n'en veut, soit parce qu'ils risquent la torture dans leur pays d'origine, ou encore à cause de l'instabilité qui règne dans certaines régions du monde. C'est le cas du Yémen, incapable de mettre en place un système de réhabilitation pour ses 56 ressortissants - la majorité du groupe. Barack Obama ne veut pas courir le risque de les renvoyer dans un pays où al-Qaida étend son influence, d'autant qu'un quart des prisonniers libérés ont récidivé, selon le Pentagone.

Les autres viennent du Pakistan, d'Arabie saoudite, d'Afghanistan, de Syrie, de Chine et de Russie. Les talibans, qui disent vouloir négocier un processus de paix, ont réclamé la semaine dernière le retour de leurs prisonniers, une vingtaine en tout, dont cinq cadres de l'ancien régime afghan.

Quarante-six détenus sont dans des limbes juridiques. Aucun procès n'est prévu pour eux faute de preuves, mais les États-Unis refusent de les libérer, car trop dangereux. Ils pourront l'être quand les «hostilités» (la guerre contre le terrorisme) auront cessé. Autant dire dans très longtemps, peut-être jamais. Depuis 2011, deux prisonniers ont quitté l'enclave de Cuba… dans des cercueils. Le Congrès a bloqué le financement d'une prison de haute sécurité dans l'Illinois, prévue pour le rapatriement des pensionnaires de Guantanamo.
800.000 dollars par détenu

L'Administration Obama a identifié 36 détenus devant être jugés, mais là encore, leur cas donne lieu à controverse. Incapable d'imposer des procès dans des tribunaux américains, Barack Obama a rétabli les «commissions militaires» de l'ère Bush, après les avoir «améliorées». Le cerveau des attentats du 11 Septembre, Khaled Cheikh Mohammed, sera donc jugé à Guantanamo, peut-être en 2012, et non à New York comme prévu. Les prochains procès auront valeur de test. Seulement six détenus ont été jugés devant les commissions militaires en dix ans, contre 400 suspects de terrorisme devant les tribunaux fédéraux.

À 800.000 dollars, le coût annuel par détenu, Guantanamo est aussi la prison la plus chère de l'histoire des États-Unis. L'échec de sa fermeture est souvent imputé au Congrès, mais pour Andrea Prasow, Obama a «laissé passer les opportunités». Si un républicain est élu en novembre, la prison de Cuba a de beaux jours devant elle. Le favori des primaires, Mitt Romney, qui ne considère pas la simulation de noyade (waterboarding) comme de la torture, avait dit en 2007 vouloir «doubler» les capacités de détention.
By Le Figaro