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Du financement, en veux-tu en voilà…par Madiambal Diagne

Le gouvernement vient de boucler la série de Conseils des ministres décentralisés, par celui de la Région de Dakar. A cette occasion, le président de la République a fait une annonce qui a pu surprendre certains observateurs, celui d’un programme d’investissements de 1 800 milliards alors que, la veille, le gouvernement avait annoncé une enveloppe de 823 milliards pour Dakar et sa banlieue. L’écart semble énorme mais l’explication reste simple. Le gouvernement, à l’issue d’un Conseil interministériel tenu mardi dernier, avait cumulé les montants des investissements prévus pour les départements de Pikine, Rufisque et Guédiawaye, pour arriver à l’annonce de 823 milliards. Or, il restait des projets qui ne pourraient être logés dans un département spécifique car étant prévus pour être exécutés sur tout le territoire de la région de Dakar. Parmi ces projets, on peut noter le Train électrique régional (Ter) par exemple, pour un montant de 417 milliards de francs. En outre, le nouveau projet de réalisation du Stade Assane Diouf ou certains autres projets à Diamniado, comme la Cité ministérielle, ont été intégrés dans l’enveloppe globale annoncée par le Président Sall.


Rédigé par leral.net le Lundi 25 Juillet 2016 à 14:00 | | 11 commentaire(s)|

Du financement, en veux-tu en voilà…par Madiambal Diagne
Au demeurant, les financements annoncés dans l’ensemble des régions se chiffrent à quelque 4 000 milliards de francs Cfa. Le montant semble effrayer certains acteurs politiques et des observateurs. Pourtant, cela ne devrait pas, car le gouvernement n’a pas tort de clamer urbi et orbi que les financements pour la quasi-totalité des projets annoncés sont disponibles. Il ne resterait qu’à rechercher quelques financements additionnels, dont un gap de financements de 126 milliards sur l’enveloppe globale prévue pour la région de Dakar. En effet, le quiproquo ou l’incompréhension résulte d’un déficit de communication de la part du gouvernement. La quasi-totalité des projets déclinés dans les différentes régions sont ceux prévus dans le Programme triennal d’investissements publics (Ptip) pour la période 2016-2018, adopté par l’Assemblée nationale. En quelque sorte, les annonces faites au cours des Conseils des ministres décentralisés procèdent d’une déclinaison, à l’échelle de chaque région, des projets et programmes prévus dans le Ptip. La méthodologie est assez simple et coupe l’herbe sous le pied des détracteurs. D’aucuns ont pu s’émouvoir de l’importance des financements annoncés et ont pu se demander comment le gouvernement allait mobiliser de telles ressources après que le Programme Sénégal émergent (Pse) avait déjà bénéficié du soutien des partenaires au développement. Il est donc clair qu’il n’y aura pas besoin d’un endettement supplémentaire à grande échelle qui pourrait remettre en cause les ratios d’endettement du Sénégal qui restent encore à un niveau prudentiel de 57% du Pib. D’ailleurs sur cette question d’endettement, le Sénégal peut encore se réjouir d’avoir les ratios les plus faibles comparés à ceux de nombreux autres pays notamment d’Afrique sub-saharienne. Mieux, le Sénégal reste le seul pays africain à avoir vu ses plafonds d’endettements levés. Il y a bien de quoi s’en réjouir pour les autorités sénégalaises, mais le Président Macky Sall avait averti lors d’une rencontre avec le patronat français le 2 juin dernier à Paris, que «cela ne doit pas pousser à faire n’importe quoi et qu’il veillera personnellement à la maitrise des niveaux d’endettement».
Il convient donc que le gouvernement explicite davantage sa communication sur ces aspects de sa politique économique pour éviter certaines confusions jusqu’au sein même du gouvernement. Sans doute qu’un format du genre un Conseil présidentiel sur les investissements pourrait permettre de montrer les articulations entre le Ptip, le Pse et les annonces faites dans les différentes régions, pour révéler leur cohérence et notamment la pertinence des investissements en matière d’infrastructures. Elles étaient nombreuses, aux balbutiements du Pse, les personnes qui criaient à «l’hérésie» et au «bluff» ou à la démagogie ou même qui prédisaient le fiasco, du fait que les bailleurs de fonds n’allaient pas suivre l’initiative du régime du Président Macky Sall. D’ailleurs, il avait fallu au chef de l’Etat d’user de toute son autorité pour faire accepter le Pse au sein de son gouvernement même. Mais on a pu constater l’enthousiasme des partenaires du Sénégal pour le Pse et les engagements de financements ont dépassé toutes les attentes. Le gouvernement du Sénégal n’a pas encore éprouvé toutes ses capacités de financement. Certains projets symboliques ou ayant une haute portée nationale pourraient être financés par le biais d’une mobilisation de ressources nationales, à l’instar du mode de financement du Barrage de la renaissance en Ethiopie. Ce projet a nécessité un investissement total de 3,8 milliards d’euros pour réaliser le plus grand barrage hydro-électrique d’Afrique, avec une production de plus de 6 000 Mégawatts. Devant le refus des bailleurs de fonds de participer au projet, du fait que l’Ethiopie n’aurait pas suffisamment pris en compte certains facteurs environnementaux, le gouvernement éthiopien a entrepris de financer seul le projet. Des contributions spéciales ont été demandées aux fonctionnaires, et à tous les Ethiopiens à cette fin. Le gouvernement a ainsi émis des bons pour le financement du projet. Un tel exemple pourrait inspirer le financement d’une autoroute pour relier Dakar à Ziguinchor en contournant la Gambie, ou l’autoroute Ila Touba. Ce serait une fierté et un geste patriotique pour chaque citoyen de contribuer directement à une action de construction nationale. Le Kenya a financé la création de son Fonds national d’assurance-maladie par le biais d’une collecte nationale de fonds.
Encore une fois, au chapitre de la gouvernance économique, le Président Sall peut avoir de réels motifs de satisfaction pour voir son pays bien coté par les grandes agences internationales de notation, mais aussi cité en exemple tour à tour par l’Ocde, par la Cnuced et par les institutions de Bretton Woods. Il n’en demeure pas moins que le Sénégal reste sous un gros risque. Ce risque est lié aux conditions d’exécution des projets qui ont bénéficié du soutien de la Communauté internationale. Cet écueil tiendrait à la politique de transparence dans l’exécution des projets. Aucun dérapage, aucune malversation ne devrait être toléré. Il convient donc de faire montre d’une grande vigilance pour éviter de saper le capital confiance dont jouit le Sénégal. La Côte d’Ivoire de Alassane Dramane Ouattara a certes réussi à mobiliser des ressources extérieures exceptionnelles pour financer sa reconstruction et son développement, mais ce pays commence à être rattrapé par les travers de la corruption.

Le Quotidien






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