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Dynastie Faye-Sall: Pourquoi devons-nous continuer d'en parler (Par Thierno Bocoum)


Rédigé par leral.net le Mercredi 6 Août 2014 à 19:33 | | 13 commentaire(s)|

Dynastie Faye-Sall: Pourquoi devons-nous continuer d'en parler (Par Thierno Bocoum)
L'argument du Président de la république, Monsieur Macky Sall, convoquant le suffrage du peuple pour éteindre le débat sur la dynastie Faye-Sall ne nous convainc pas. Si le suffrage du peuple était suffisant pour éteindre tout débat, nous n'aurions pas besoin, par exemple, d'instaurer la limitation du mandat présidentiel. Car il s'agit, dans ce cas, d'ignorer l'expression populaire et d'encadrer, dans le temps, l'exercice du pouvoir pour se prémunir d'une dérive oligarchique. Si on se réfère aux arguments de Monsieur Macky Sall ne devrions nous pas laisser le peuple réélire un Président de la république autant de fois qu'il le souhaite et considérer qu'à travers son choix, tout autre débat est éteint ? Cela aurait été une grosse erreur. L'expression populaire n'est pas le seul critère d'éligibilité. C'est pourquoi un principe comme la limitation des mandats est reconnue comme un dogme dans les grandes démocraties même si cela empêche au peuple souverain de s'exprimer sur la candidature d'un des leurs.

Au Sénégal les "assisards", de même que les "cnristes" ont introduit dans leurs propositions l'interdiction à un descendant de 1er degré du Président de la république d'avoir la possibilité de lui succéder. Une décision qui privera un membre proche de la famille de succéder au Président sans tenir compte du sort que lui aurait réservé le peuple s'il s'était présenté.

Toutes ces précautions s'expliquent par les avantages et facilités que confèrent les positions de pouvoir et dont l'utilisation à des fins personnelles ou familiales risque de créer des déséquilibres et de porter préjudice à la mission républicaine qui s'attache au poste de Président de la république.

Les membres de la famille Faye-Sall ont eu des moyens financiers, matériels et des avantages beaucoup plus conséquents que leurs concurrents dans les localités qu'ils convoitaient. Les nombreuses facilités et possibilités qui leurs ont été offertes ont fait qu'ils ont été nombreux à tenter le coup (cousin, oncle, beau frère, frère ...) et à profiter de la situation même s'ils n'ont pas tous réussi. Le fait, dans notre pays, que les membres de la famille du Président profitent de la position de pouvoir de leur parent pour convoiter des postes électifs et nominatifs est un précédent dangereux. Le dénoncer ce n'est pas "vociférer" comme le dit le Président de la république. C'est être à l'écoute de son peuple et veiller à la sauvegarde de ses intérêts.

Nous sommes en république et le mot « république » provient du latin res publica qui signifie au sens propre « chose publique ». La constitution sénégalaise en son article 1er al 6 est très claire sur le sens qu'il donne à la république: "Le principe de la République du Sénégal est : gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple"

Aucune approche familiale ne doit être tolérée de la part du Président car sa famille n'existe pas sous l'angle de la république. Elle doit se dissoudre dans le peuple et s'assujettir aux principes édictés par la constitution qui dit qu' "Il n'y a au Sénégal ni sujet, ni privilège de lieu de naissance, de personne ou de famille". (Art 7 al6). Toutefois cette famille ne doit être privé d'aucun droit. Son épanouissement et toute sa dignité doivent être sauvegardés dans le respect strict des principes de la république.

Mais le problème est encore beaucoup plus sérieux car il ne s'agit pas seulement de faire profiter les membres de sa famille d'une position de pouvoir mais il s'agit, plus grave encore, de permettre à des membres de cette famille d'avoir la prérogative de nommer à des postes. La déclaration renversante du ministre Bagnick Ndiaye inquiète au plus haut point. Quand un ministre déclare avoir été reconduit dans le gouvernement par l'épouse du Président, cela devient ahurissant dans une république.

L'implication de la famille dans les attributs réservés exclusivement au Président est une attaque contre notre république.

Voilà pourquoi nous en parlerons et nous continuerons d'en parler parce que nous défendrons la république encore et toujours.

Thierno Bocoum

Député à l'assemblée nationale

thbocoum@gmail.com






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