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Ebola: la Banque mondiale craint un désastre économique en Afrique

le 10 Octobre 2014 à 08:53 | Lu 166 fois

La Banque mondiale tire la sonnette d'alarme. Si la progression du virus Ebola n'est pas contenue d'ici la fin de l'année, la tragédie humaine se doublera d'un désastre économique pour toute l'Afrique de l'Ouest.


Ebola: la Banque mondiale craint un désastre économique en Afrique

Le coût potentiel pourrait culminer à 33 milliards de dollars pour 2014 et 2015 pour les 15 pays d'Afrique de l'Ouest, cela représente deux fois et demie les PIB additionnés de la Sierra Leone, du Liberia et de la Guinée, les trois pays où le virus fait actuellement des ravages. Ce chiffre c'est la fourchette haute du scénario envisagé par la Banque mondiale. La fourchette basse prévoit au contraire un manque à gagner limité à quelques milliards de dollars.

En présentant ces deux hypothèses extrêmes, Jim Kim, le président de la Banque mondiale cherche à créer un électrochoc dans la communauté internationale, dans l'espoir de voir les ministres des Finances réunis en fin de semaine à Washington pour les assemblées générales du FMI et de la Banque mondiale lui signer rapidement des chèques, si possible à 7 ou 8 chiffres. Les Nations unies estimaient il y a un mois qu'un milliard de dollars suffirait à combattre le virus, mais pour le moment l'engagement total des États se limite à quelques dizaines de millions de dollars.

Quels sont les conséquences économiques les plus à craindre pour l'Afrique de l'Ouest ?

Le pire c'est l'arrêt total de l'activité, faute de main d'oeuvre. À cause d’éventuelles mises en quarantaine ou parce que les employés préfèrent rester chez eux par prudence. On en est encore très loin, mais il y a déjà des cas isolés sur des sites miniers. Arcelor Mittal qui produit du fer au Liberia a suspendu un projet d'expansion cet été parce que les entreprises partenaires ont retiré leur personnel. Pour le moment l'impact sur le secteur minier, qui pèse lourd en Afrique de l'Ouest, est surtout psychologique. Dans un contexte de cours déjà déprimé, le risque Ebola a accentué le repli des sociétés en difficulté. Hier, à Londres, le titre de la London Mining, essentiellement présente en Sierra Leone, s'est littéralement effondré.

Le commerce et le tourisme, deux activités où les échanges, les transports aériens, maritimes, routiers jouent un rôle pivot sont les autres perdants potentiels d'une propagation du virus. Là encore la peur est déjà palpable à la bourse. Sur les places européennes, les compagnies aériennes ont reculé, mais aussi le groupe Bolloré qui gère deux ports en Afrique de l'Ouest. Ces bourrasques boursières sont des alertes, mais pas encore des symptômes d'un ralentissement réel de l'activité. D'ailleurs si la Banque mondiale est alarmiste, le FMI en revanche est beaucoup plus mesuré. Ses experts continuent à penser que la Sierra Leone fera bien partie cette année comme en 2015 des dix pays où la croissance est la plus forte.

Certaines ONG comme Oxfam reprochent à la Banque mondiale d'avoir trop longtemps négligé le développement de la santé

En Sierra Leone, en Guinée et au Liberia, ce sont plutôt les investissements dans l'énergie que la Banque mondiale a soutenus. Jim Kim, le président de la Banque mondiale a reconnu cet échec et la nécessité de construire de véritables services publics de santé. C'est le premier échelon indispensable pour éviter la pandémie. C'est vrai que les pays où les systèmes de santé sont plus avancés, comme le Sénégal et le Nigeria, ont été capables d'endiguer le virus. Sans États forts, munis des infrastructures sanitaires adéquates, la globalisation de l'économie revient en boomerang à tous ceux qui cherchent à en récolter les fruits.