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Ebola, un virus anti-intégration

La comptabilité macabre des décès causés par le virus Ebola dans les trois pays touchés (Guinée, Libéria, Sierra Léone) en Afrique de l’ouest continue de manière inexorable. Plus de 4033 morts. Une grande peur comme celle qui s’était emparée de l’Europe au 14e siècle lors de l’épidémie de peste bubonique, balaie le monde.


Rédigé par leral.net le Mardi 14 Octobre 2014 à 08:02 | | 0 commentaire(s)|

Ebola, un virus anti-intégration
A la manière d’un propriétaire qui fermerait portes et fenêtres à l’approche d’une tempête menaçante, les pays commencent un à un à boucler leurs frontières ou à prendre des mesures strictes de contrôle à l’entrée de leur territoire à l’égard des ressortissants guinéens, libériens et sierra léonais. Cela est tellement vrai que le ministre sierra léonais des Finances a qualifié ces mesures d’embargo économique qui ne dit pas son nom.

En effet, la pire chose qu’on ferait, c’est d’isoler ces pays qui ont besoin d’aide pour sortir des griffes d’Ebola. Ici en Afrique de l’Ouest, le légitime réflexe de protection aidant, l’épidémie à virus Ebola a notablement diminué le volume des échanges commerciaux et les déplacements des personnes entre les trois pays susmentionnés et leurs voisins.

La peur d’une contamination et les conséquences multiples qui en découleraient sont plus fortes que l’idéal d’intégration africaine porté par la Cedeao. L’absence d’un traitement spécifique aggrave la situation et il sera très difficile aux pouvoirs politiques des pays de notre sous-région encore épargnés par l’épidémie de faire entendre raison à leurs peuples suite à une contamination liée à l’ouverture des frontières.

On peut avoir une lecture contraire en voyant des pays qui n’ont pris aucune mesure restrictive et pourtant toujours indemnes du moindre cas d’Ebola.

Toutefois, en cas de contamination, aucune circonstance atténuante ne sera accordée par les populations à leurs dirigeants. Au Sénégal, le seul cas importé de Guinée que l’on a enregistré (et soigné avec succès), la colère sourde et les idées extrémistes qui commençaient à se manifester, renseignent sur ce qui aurait pu se passer si une propagation à grande échelle s’en était suivie.

Et c’est le lieu de faire une fière chandelle à l’équipe médicale sénégalaise (et le ministère de la Santé) qui a soigné le jeune Guinéen tout en évitant toute contamination.

Ce qui, en soi, constitue une performance car même dans des pays développés comme les Etats-Unis ou l’Espagne, les malades d’Ebola qui y ont été traités ont passé le virus à des membres du personnel soignant.

Aujourd’hui, comme des tâches de lèpre sur une peau, l’épidémie gagne petit à petit le monde et est présent sur trois continents (Afrique, Europe, Amérique). Consciente de la menace mondiale que représente l’épidémie, la communauté internationale qui s’était timidement mobilisée pour venir en aide aux pays africains touchés, déploie maintenant des efforts grandissants sur le terrain pour contrer le fléau. La recherche médicale s’accélère et plusieurs candidats vaccins à travers le monde sont annoncés au cours de l’année prochaine.

Toutefois, ce qui est désolant, c’est que l’afro-pessimisme toujours latent en Occident s’en est mêlé en faisant les plus sombres prédictions sur l’Afrique. C’était comme si l’ensemble du continent était ravagé par l’épidémie à virus Ebola alors qu’elle ne touche que trois pays. Comme l’a dit Christine Lagarde, directrice générale du Fmi, « Ebola, ce n’est pas toute l’Afrique » et qu’il est inutile de terrifier toute la planète. En 2003, lors de l’épidémie de syndrome respiratoire aigu sévère (Sras) qui a frappé la Chine et quelques pays d’Asie, on n’a jamais entendu une stigmatisation générale de ce continent. Bien au contraire, le business a continué de plus belle.

Ebola, c’est vrai va entrainer une baisse de croissance dans les pays touchés (et même par ricochet dans d’autres), mais ne doit pas pousser toute une sous-région voire un continent à avoir le moral dans les chaussettes au point que le Maroc, pays organisateur en 2015, demande le report d’une compétition sportive aussi importante que la Can.

Le Soleil






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