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Ecaillage sanguin à BBY


Rédigé par leral.net le Jeudi 28 Mai 2015 à 07:40 | | 3 commentaire(s)|

Ecaillage sanguin à BBY
D’après une légende qui nous vient de l’antiquité grecque, un cygne muet, sentant venir sa mort, chanta pour la première fois une mélodie de la manière la plus merveilleuse qui soit. Ainsi est née l’expression « chant du cygne ». Par extension, elle désigne la plus belle et dernière chose réalisée par quelqu’un avant de mourir. La parabole dépeint parfaitement la scène qui se joue en ce moment à Bennoo Bokk Yakaar (BBY). Les alliés de Macky Sall, jadis muets comme des carpes, commencent à retrouver l’usage de leur langue. Et ce n’est plus pour caresser celui qu’ils ont contribué à élire dans le sens du poil. Le consensus très mou qui a prévalu jusqu’ici au sein du conglomérat de leaders politiques qui pointent à BBY commence à révéler d’étonnantes craquelures. Paradoxalement, les polémiques les plus homériques sur la gouvernance actuelle, les critiques les acerbes et les feintes les plus spectaculaires proviennent, d’abord, du camp présidentiel. Un jour c’est un chevalier servant du PS qui clame le refus socialiste d’assumer le bilan du président Macky Sall, un autre jour c’est la LD qui écaille jusqu’au sang sa gestion, un autre encore c’est le PIT qui fait feu sur les remparts du pouvoir. Une situation qui fait dire à l’analyste politique Mame Less Camara que «La future opposition de Macky Sall est dans la coalition qui le soutient».
L’image est pourtant encore fraîche dans les têtes. Tous les candidats de l’opposition, excepté Idrissa Seck (il est cependant membre fondateur de BBY), annonçant fiévreusement la naissance d’une nouvelle coalition dénommée Bennoo Bokk Yakaar (BBY), surgeon politique né sur les flancs du monstre à deux têtes, Bennoo Siggil Senegaal (BBS). C’était entre les deux tours de la présidentielle de février-mars 2012 dans un hôtel de la place. Tous pour Macky Sall ! Le résultat qui sortira des urnes au soir du 25 mars est une parfaite addition des scores des leaders de BBY : 65%. Le nouveau président de la République clame alors sa volonté de gouverner avec ses alliés. Une intention traduite dans la composition du premier gouvernement dirigé par Abdoul Mbaye et dans l‘agencement de la future Assemblée nationale dirigée par Moustapha Niasse. Beaucoup d’eau a coulé sous les fondations de cette nouvelle majorité depuis.
Depuis, BBY a montré d’inquiétantes lézardes à maintes reprises, au point de faire dire à nombre d’observateurs que sa mort était programmée. Idrissa Seck, le maire de Thiès, a été le premier à donner des coups de corne dans les défenses apéristes pour en tester la consistance. Devant la méfiance suscitée par ses sorties médiatiques, il a fini par s’exclure de la coalition, perdant au passage ses lieutenants Oumar Guèye et Pape Diouf. Les autres alliés se sont montrés très peu diserts sur certaines questions nationales au point de pousser le président Macky Sall à appeler à « plus de solidarité » de leur part.

Car, c’est la solidarité qui manque le plus dans la majorité présidentielle. Les enfonces wadiennes de ces derniers mois ont fini de mettre en évidence une réalité pointée du doigt par certains caciques de l’Apr : quand il faut défendre le président Sall, les volontaires se recrutent très rarement du côté des alliés. Il y a eu, certes, un communiqué du Parti socialiste fustigeant les attaques de Wade, mais point trop n’en faut. De larges franges de BBY sont restées muettes comme des carpes, comme tétanisées par la hardiesse de ce maître de la rue qu’est le nouveau théoricien du « fippu ».

Aujourd’hui, alors que le président Macky Sall clame, partout, sa volonté de cheminer longtemps avec ses alliés de BBY, c’est à peine s’ils daignent répondre à ses égards. Ils ont la tête ailleurs, obnubilés par le respect de la parole présidentielle sur la question du mandat et préoccupés par la stratégie à dérouler pour convaincre les Sénégalais à leur faire confiance à la prochaine élection. Macky Sall et son parti doivent se débrouiller seuls dans la vulgarisation du Plan Sénégal Emergent (PSE) qui, pourtant, est la matrice de la politique économique du gouvernement.


Des voix se lèvent aujourd’hui dans le parti présidentiel, et pas des moindres, pour conjuguer cette coalition au passé et appeler à la constitution d’une nouvelle Alliance pour la majorité présidentielle (AMP). A l’APR, on ne voudrait pas nourrir des partis qui se dresseront demain en face de leur leader. C’est tout l’enjeu de BBY : une consanguinité d’intérêts qui se traduirait en 2017 par l’unique candidature du président Macky Sall. Moustapha Niasse, le secrétaire général de l’AFP y est favorable. Il reste à savoir si les autres partis membres de BBY, le Parti socialiste notamment, acceptera de reporter ses ambitions présidentielles à plus tard.

Par Sidy DIOP






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