Leral.net | S'informer en temps réel



Égypte : El Badarei cherche à mobiliser autour de son parti

le 24 Septembre 2012 à 12:34 | Lu 254 fois

Mohamed ElBaradei veut prendre la tête de ceux qui se sentent dépossédés de la révolution.


Égypte : El Badarei cherche à mobiliser autour de son parti
Elle se tient là, comme un pic, au milieu de l'avenue principale de Shobra, une main sur le cœur, l'autre pleine de tracts. «Tenez, voici le programme d'al-Dostour! Ne le jetez pas. C'est l'Égypte de demain!», lance Asia Ibrahim en pivotant sur ses talons. Du haut de ses 26 ans, cette jeune pasionaria en foulard et robe blanche brodés de fleurs vertes - les couleurs du nouveau parti de Mohamed ElBaradei, l'ex-chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et ancien opposant à Hosni Moubarak - électrise la nuit de ses yeux noisette.

Un mètre plus loin, il y a Mohammed, aux allures de gentil organisateur, et puis Ahmed l'avocat, et puis encore Bishoy, l'étudiant chrétien, maillons hétéroclites d'une chaîne humaine organisée mi-septembre en plein cœur de ce quartier mixte du Caire. «Ce qui nous réunit? L'envie de faire entendre une autre voix que celle des Frères musulmans», lance la jeune femme sur un ton déterminé. Comme ses compagnons, premiers locataires de la place Tahrir, l'épicentre des folles journées de révolte contre l'ex-raïs du Caire, elle ne reconnaît plus sa révolution. «Il y a un an et demi, on s'est battus pour notre liberté, pour notre dignité, pour la justice sociale. On a perdu des proches, des amis. Et puis aujourd'hui, un seul groupe est en train de monopoliser le pouvoir. C'est dangereux», dit-elle.

Œuvres sociales
Avec près de 70 % des sièges au Parlement, Frères musulmans et salafistes confondus, et un président de la République issu de la Confrérie - pour lequel de nombreux révolutionnaires avouent avoir voté par défaut face à Ahmed Chafiq, figure de l'ancien régime -, les islamistes sont les grands gagnants de la nouvelle Égypte. À leur avantage: une expérience de terrain, une assise populaire infaillible grâce à un vaste réseau d'aide sociale tissé dans l'ombre de l'ex-pouvoir égyptien, et d'importants moyens financiers.

Sur la soixantaine de partis qui ont vu le jour depuis la révolution du 25 janvier, libéraux et laïcs ont, eux, échoué à se rassembler autour d'un seul candidat. Après quelques mois de léthargie à digérer le choc des résultats, ils cherchent aujourd'hui à tirer les leçons de leurs erreurs. «Face à la machine parfaitement rodée des Frères musulmans, les nouvelles factions ont souffert d'un manque d'organisation, de financement, et ont surtout pâti de leurs divisions», relève l'écrivain et activiste Wael Nawara. Dans les rangs du tout nouveau parti al-Dostour, la mobilisation est aujourd'hui au rendez-vous. Chaînes humaines, conférences, campagnes de sensibilisation pour la future Constitution… Pas une semaine ne passe sans que ses membres fassent entendre leur voix. «Le temps de la contestation est révolu. Il nous faut désormais faire preuve de maturité politique, offrir des solutions concrètes à la population. Aujourd'hui, tout le monde partage la même priorité: l'amélioration du quotidien des Égyptiens», observe Ahmed Hawary, un des membres du parti d'ElBaradei.

À son actif, la réactivation du réseau des anciens comités populaires locaux, nés en plein chaos révolutionnaire, pour faire du «concret»: distribution de bonbonnes de gaz à bas prix, collecte d'ordures, projets de constructions de parcs. Fort de ses quelque 40 000 volontaires, des jeunes pour l'essentiel, al-Dostour n'hésite pas à empiéter sur les plates-bandes des Frères musulmans. «Pendant la grande prière de l'Aïd, célébrant la fin du ramadan, nos membres étaient dispatchés à la sortie des mosquées pour congratuler les fidèles», raconte Ahmed Hawary. Ces efforts vont de pair avec l'ébauche de plusieurs coalitions politiques, qui visent à contrer la marée islamique lors des prochaines élections législatives, une fois la future Constitution soumise au référendum populaire. Des concertations sont ainsi en cours entre l'ancien ministre des Affaires étrangères Amr Moussa, candidat malheureux à la présidentielle, et l'ex-dissident libéral Ayman Nour.

Un rapprochement est également à l'ordre du jour entre le Troisième Courant, qui rassemble une dizaine de partis civils, et le Courant populaire, fondé par le nassériste Hamdin Sabahi, arrivé troisième au premier tour de l'élection présidentielle. Selon Ahmed Hawary, Mohamed ElBaradei aurait, de son côté, rencontré à trois reprises Hamdin Sabahi. Mais pour lui, ces discussions relèvent «plus d'une coopération stratégique que d'une coalition». Une nuance qui montre la persistance des divergences entre ces différents groupes - un signe de faiblesse aux yeux des analystes. «Je doute que ces partis fassent une percée fulgurante. Leur détermination est louable. Mais il leur faudra encore du temps pour parvenir à s'organiser», observe le journaliste égyptien Abdel Azim Hamed.


Par Delphine Minoui