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Égypte : Morsi brave l'armée et rétablit le Parlement

le 10 Juillet 2012 à 13:14 | Lu 610 fois

Le président islamiste a annulé dimanche la dissolution de l'Assemblée prenant à revers la justice et les militaires


Égypte : Morsi brave l'armée et rétablit le Parlement
À couteaux tirés depuis la chute d'Hosni Moubarak, en février 2011, l'armée et les islamistes parviendront-ils jamais à apurer leurs contentieux? Le 15 juin, la Haute Cour constitutionnelle égyptienne avait déclaré un tiers des sièges de l'Assemblée du peuple invalide, bloquant du même coup son fonctionnement, faute de quorum (360 des 498 sièges). Techniquement, il s'agissait d'une inconstitutionnalité, et non d'une dissolution.

C'est sur cette nuance juridique subtile que s'est appuyé le nouveau chef de l'État, Mohammed Morsi, pour prononcer le rétablissement du Parlement. Les experts, eux, sont très divisés sur la question: certains considèrent que le Parlement, n'ayant pu siéger, a été dissous de fait ; d'autres estiment que la posture du président ne vise pas tant la Haute Cour que le Conseil suprême des forces armées (CSFA), à l'origine du coup de force contre l'Assemblée.

Parallèlement, Saad al-Katatni, président de ladite Assemblée, a convoqué une session mardi. Et son recours est toujours examiné par la Haute Cour administrative, appelée à se prononcer sur la légalité, ou non, de l'invalidation d'un tiers des sièges. «Le jugement devait être rendu ces jours-ci», déclare Rawi Camel-Toueg, membre du parti des Égyptiens libres, dans l'ex-Assemblée. «Ce que nous reprochons à Morsi, c'est de ne pas avoir attendu ce jugement avant de prendre la décision de réhabiliter le Parlement», précise ce libéral.

«Légitimité révolutionnaire»
À ses yeux, cela ne peut qu'ajouter à confusion qui entoure le système judiciaire. À l'instar du parti des Égyptiens libres, d'autres formations comme le Wafd, qui représentait 9 % des sièges à l'Assemblée, ont décidé de boycotter les prochaines sessions du Parlement. «Mohammed Morsi fait fi des lois et de la justice du pays, alors même qu'il a prêté serment devant elle», déplore Naguib Abadir, un autre libéral, avant d'ajouter, amer: «S'il n'y a pas de référence à la loi, c'est la loi de la jungle qui prévaut, pour ne pas parler de fascisme religieux.»

Sur la place Tahrir, révolutionnaires et islamistes se sont rassemblés dès l'annonce faite par Mohammed Morsi. Ses partisans se sont dits «satisfaits du rétablissement d'une institution qui a été élue démocratiquement par presque 20 millions de citoyens». Une décision saluée avec d'autant plus de ferveur que les manifestants l'appelaient de leurs vœux depuis plusieurs semaines. Pour le politologue Tawfic Aclimandos, c'est justement «la légitimité de la place Tahrir, cette légitimité révolutionnaire, qui pose problème». «Où la légitimité révolutionnaire s'arrête-t-elle et où commence la légitimité constitutionnelle?», s'interroge-t-il. «À partir du moment où le nouveau président a prêté serment, il doit respecter la justice du pays et ne pas prendre des décisions arbitraires, même si elles sont dictées par des demandes légitimes.»

En court-circuitant la justice, Mohammed Morsi a provoqué l'ire des juges et des magistrats, qui ont appelé lundi à la grève générale alors que la Haute Cour constitutionnelle rejetait sa décision de rétablir le Parlement. Réuni en urgence dimanche, le CFSA a quant à lui réclamé le respect de «la loi et de la Constitution ».

L'annonce du décret du président égyptien a coïncidé, à quelques heures près, avec la venue du sous-secrétaire d'État américain dans le pays. William Burns devait «transmettre un message» de Barack Obama au nouveau président islamiste. Beaucoup y ont vu, sinon une manipulation, du moins une volonté américaine de soutenir les Frères musulmans aux dépens de l'autorité militaire. Lundi, les États-Unis ont appelé les dirigeants égyptiens au «respect des principes démocratiques».

Par Fatiha Temmouri