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Égypte: Morsi, de la charia au pragmatisme politique

le 25 Juin 2012 à 08:55 | Lu 676 fois

PORTRAIT- Le représentant des Frères musulmans a été déclaré, dimanche, vainqueur du scrutin présidentiel.


Égypte: Morsi, de la charia au pragmatisme politique
Son entrée en campagne fut désastreuse. Désigné candidat après la disqualification par la Commission électorale de Khairat el-Shater, numéro deux des Frères musulmans, Mohammed Morsi était affublé d'un sobriquet: «la Roue de secours», qui lui a longtemps collé à la peau. On le disait sans charisme. C'était sans compter la puissante machine à gagner les élections de la confrérie. Malgré la baisse de popularité des Frères et la pression des militaires, Mohammed Morsi peut s'enorgueillir d'être le premier président élu de l'histoire de l'Égypte, après un scrutin sans fraudes majeures.

Candidat naturel des Frères
Né en 1951 dans le gouvernorat de Charqiya dans le delta du Nil, Mohammed Morsi est issu d'une modeste famille de paysans. Ingénieur de formation, il rejoint officiellement la confrérie en 1979. Sous l'étiquette «indépendant», comme tous les Frères musulmans, interdits de politique à l'époque, il est élu député à la Chambre basse du Parlement en 2000.

Membre du bureau de la Guidance, pouvoir exécutif des Frères, et à la tête du comité politique, Mohammed Morsi travaille dès 2007 à la création d'un parti, en préparation d'une hypothétique ouverture du régime. Proche de Khairat el-Shater, présenté comme l'éminence grise de la confrérie, il défend des idées très conservatrices, qui font bondir les plus jeunes membres. «Il était interdit aux coptes et aux femmes de briguer la présidence de l'Égypte. Morsi proposait également la mise en place d'un conseil de religieux, chargés d'examiner la conformité des lois à la charia», se souvient Abdelrahmane Ayyash, ancien Frère qui a pris ses distances avec la confrérie.

Après la révolution, les Frères musulmans sont autorisés, après 80 ans de clandestinité, à faire de la politique. Mohammed Morsi se voit confier les clés du parti Liberté et Justice, fondé en avril 2011. Il est celui qui dialogue avec les autres formations politiques en vue d'alliances pour les législatives à venir. Cette position hégémonique lui vaut d'être moqué par les jeunes de la confrérie, qui le comparent alors à un entraîneur de football et les autres membres de la Guidance à son équipe.

Cependant, le pari est réussi. Les Frères musulmans remportent près de la moitié des sièges du Parlement et s'imposent comme la première force politique du pays. Un bras de fer entamé avec l'armée pour le partage du pouvoir les incite à se lancer dans la course à la présidentielle. Ils envoient d'abord Khairat el-Shater, écarté en raison de son passé de prisonnier politique. Mohammed Morsi s'impose alors comme le candidat naturel de la confrérie. «Il a une expérience politique et il n'est pas moins connu que Khairat el-Shater», précise Mourad Mohammed Ali, porte-parole du candidat durant la campagne. Le journal du parti Liberté et Justice est allé jusqu'à comparer le couple Morsi-el-Shater à François Hollande et Dominique Strauss-Kahn, insistant sur le fait que les candidats de substitution pouvaient remporter la bataille électorale.

Un homme de consensus
Au sein de la confrérie, on présente Mohammed Morsi comme un homme de dialogue. «Il est souple, cherche à trouver le consensus», affirme Khaled Hamza, rédacteur en chef du site Internet des Frères, Ikhwanweb. Le porte-parole Mourad Mohammed Ali souligne son ouverture d'esprit mêlée «à un fort pouvoir de décision». Mohammed Morsi s'est lui-même proclamé «président de tous les Égyptiens», dès l'annonce des premiers résultats par les Frères à l'issue du premier tour. Pourtant, avant le premier tour, concurrencé à sa gauche par l'islamiste modéré Aboul Fotouh, l'homme a fait campagne sur les valeurs d'un islam politique dur, promettant l'application de la loi islamique et pourfendant systématiquement Israël.

Le discours a été édulcoré lors de l'entre-deux-tours pour recueillir les voix des libéraux révolutionnaires, des islamistes modérés et rassurer les puissances occidentales. Dans une tribune publiée par le Guardian juste avant le second tour, Mohammed Morsi rappelle son attachement aux valeurs démocratiques, promet la présence d'une femme au sein du gouvernement, «une première historique en Égypte», et réaffirme son engagement par rapport aux accords de Camp David. «Quand je le vois dire cela à la télévision, je sais qu'il n'y croit pas», raconte un jeune Frère musulman, proche de Morsi. Adepte du double langage, Morsi brouille les pistes. Quoi qu'il en soit, sa marge de manœuvre sera réduite après les amendements constitutionnels annoncés par l'armée la semaine dernière.


Par Marion Guénard


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