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Égypte : les «Frères» veillent sur la fête de la révolution

Des dizaines de milliers d'Égyptiens se sont retrouvés mercredi place Tahrir, où la joie l'a emporté sur les frustations.


Rédigé par leral.net le Jeudi 26 Janvier 2012 à 11:46 | | 0 commentaire(s)|

Égypte : les «Frères» veillent sur la fête de la révolution
Comme au plus fort du soulèvement contre Hosni Moubarak, la place Tahrir s'est muée mercredi en une gigantesque scène vers laquelle ont afflué, dès le début de la matinée, plusieurs dizaines de milliers de personnes. Mais contrairement aux journées de février dernier, où les slogans rageurs des manifestants se répondaient d'un bout à l'autre de l'esplanade, ce premier anniversaire de la révolution a vite pris les allures d'une kermesse joyeuse et baroque.

Les Frères musulmans, en position de force depuis leur large victoire aux législatives, avaient appelé à «célébrer» la chute du raïs. Par leur nombre et leur organisation, ils ont singulièrement compliqué la tache des groupes contestataires qui, eux, menaçaient d'engager une «deuxième révolution» contre les militaires.

Dès mardi soir, les «Frères» avaient pris le contrôle de l'esplanade pour en sécuriser les entrées en l'absence des forces de l'ordre, priées par le Conseil supérieur des forces armées (CSFA) de se tenir à l'écart. En milieu de matinée, alors que les charrettes à bras chargées de patates douces ou de pop-corn occupaient divers points stratégiques, les premiers drapeaux verts se mettaient à flotter dans le ciel du Caire.
«Je suis venu fêter la victoire du peuple égyptien»

Les marchands de souvenirs circulaient dans la foule, vendant comme des petits pains leurs posters du président Gamal Abdel Nasser tandis qu'un cortège salafiste tournait autour de l'esplanade. Non loin, un enseignant de l'université al-Azhar se réjouissait de «cette belle journée».

«Je suis venu fêter la victoire du peuple égyptien qui, après avoir fait tomber le régime et conquis sa liberté, vient d'élire souverainement un nouveau Parlement», explique le cheikh Abdel Hamid Mouftah. Contre le sentiment dominant, ce professeur de droit islamique assure que «les conditions de vie des Égyptiens se sont déjà beaucoup améliorées» et balaie les exigences des révolutionnaires qui sont, dit-il, «ultraminoritaires».

Mohammed Abou Karim, membre de la confrérie fondée par Hassan el-Banna, complète: «On peut se réjouir de tout ce qui a été fait en un an. Bien sûr, la révolution doit continuer car elle n'a pas atteint tous ses buts. Mais ça n'a aucun sens d'appeler à un nouveau soulèvement alors que l'armée vient de transmettre ses pouvoirs législatifs au Parlement.»

13 heures. Sur la place, noire de monde, dont les voies d'accès sont maintenant complètement paralysées, les intervenants juchés sur des podiums se livrent une guerre des décibels. Un orateur du mouvement du 6-Avril, en pointe dans le soulèvement du 25 janvier 2011, invite la foule à «chasser le CSAF» et à «achever la révolution». À l'autre bout de l'esplanade, une voix rocailleuse hurle: «À bas, à bas Israël».

Non loin, une grande banderole rouge réclame la libération du chef spirituel des Gamaa al-Islamiya, Omar Abdel Rahman, qui purge une peine de prison à vie aux États-Unis où il a été jugé coupable de «conspiration séditieuse» après l'attentat contre le World Trade Center en 1993.
«Non» aux militaires

À mesure que la journée avance, la place Tahrir reprend des allures de forum politique à ciel ouvert où l'on débat, se dispute puis se réconcilie au gré des mouvements de foule. Bandeau noir autour de la tête, Imad Chaoui et Heea Maklou sont venus avec leur fils Oscar, 2 ans, pour dire «non» aux militaires qui tiennent le pouvoir. «Contrairement à ce que prétendent les Frères musulmans, il n'y a strictement rien à célébrer, assurent-ils. Nous sommes en deuil et la mort de nos martyrs n'a rien changé à la situation de l'Égypte. C'est pourquoi il est urgent que le CSAF cède la place.» Amal Khalil, mère au foyer, fulmine: «Le régime n'est pas tombé et le procès de Moubarak n'est rien d'autre qu'une mascarade. L'armée et les Frères se sont mis d'accord pour faire traîner les choses et pour partager le pouvoir sur notre dos.»

Sur le podium de la confrérie, on lit un message du grand cheikh d'al-Azhar, qui invite la foule «à ne pas tomber dans le piège de la division» et «à ne pas se laisser infiltrer par des gens qui veulent détruire l'Égypte». Implicitement, l'autorité religieuse invite ainsi les fidèles à se tenir à l'écart des groupes politiques qui prônent un nouveau soulèvement.

À écouter certains observateurs, les Frères musulmans craignent en effet qu'un regain de protestations ne complique la transition en cours. De leur côté, en cette fin d'après-midi, les responsables des mouvements révolutionnaires comptent leurs forces. À la tombée de la nuit, ils décideront d'appeler leurs militants à occuper la place Tahrir, jusqu'à une date indéterminée.
By Le Figaro








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