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El-Shater : «C'est la stabilité de l'Égypte qui est en jeu»

le 21 Juin 2012 à 12:25 | Lu 474 fois

Khairat el-Shater, l'ancien numéro deux des Frères musulmans, s'exprime sur la situation en Égypte.


El-Shater : «C'est la stabilité de l'Égypte qui est en jeu»
ANCIEN numéro deux des Frères musulmans, Khairat el-Shater fut emprisonné quatre fois par le régime Moubarak avant d'être libéré en mars 2011. Il est considéré comme l'éminence grise de la confrérie.

LE FIGARO. - Dans quel état d'esprit attendez-vous le résultat officiel de l'élection présidentielle?

Khairat El-SHATER. -La situation actuelle est à la fois complexe et confuse. Le premier objectif de la révolution était de permettre la construction d'un nouveau système politique basé sur le transfert pacifique des pouvoirs à des représentants démocratiquement élus, en toute transparence et dans le respect des normes ­internationales. Selon la feuille de route établie par le Conseil suprême des forces armées (CSFA), cela devait intervenir avant la fin juin. Or nous venons d'assister à la dissolution de l'Assemblée du peuple sans aucune base légale, ainsi qu'à la publication d'une déclaration constitutionnelle qui n'est pas davantage fondée juridiquement. La souveraineté populaire vient donc de connaître un revers majeur.

La victoire de Mohammed Morsi, candidat des Frères musulmans, vous semble-t-elle acquise?

À la lumière des résultats transmis par nos représentants dans les bureaux de vote, ainsi que par les magistrats chargés de contrôler l'élection, notre candidat compte 1 million de voix d'avance. Mais nous avons observé mardi le lancement d'une vaste campagne de rumeurs et de fausses nouvelles qui visent à instiller le doute au peuple. Je n'exclus pas que cela prépare la voie à un trucage des résultats au profit d'Ahmed Chafiq. Les rumeurs lancées au sujet de la santé de Hosni Moubarak participent vraisemblablement de cette démarche. Dans ces conditions, personne ne peut prédire ce que la commission électorale va annoncer.

Que ferez-vous si elle n'annonce pas la victoire de votre candidat?

C'est pour mettre en garde contre toute velléité de truquer les résultats, ainsi que pour contester la dissolution de l'Assemblée et la déclaration constitutionnelle, que les Égyptiens sont descendus dans la rue mardi soir. La situation est très tendue et elle le demeurera tant que le CSFA ne sera pas revenu sur ces deux décisions. Il faut absolument que le futur président dispose de réels pouvoirs. C'est la stabilité du pays qui est en jeu.

Jugez-vous, comme certains membres de la confrérie, que l'armée s'est rendue coupable d'un coup d'État?

C'est en tout cas une situation très dangereuse, qui présente sans doute les caractéristiques d'un coup d'État. Pour autant, je n'aime pas utiliser ce genre de termes, qui sont de nature à créer un environnement conflictuel. Nous préférons poursuivre le dialogue et refusons d'engager l'Égypte sur la voie de la violence ou du conflit armé, comme cela a été fait au Yémen, en Libye ou en Syrie. En revanche, nous comptons bien utiliser tous les outils à notre disposition, en particulier la pression populaire pacifique, ainsi que les recours judiciaires. Nous comptons aussi sur les soutiens internationaux.

Cela suffira-t-il à infléchir la détermination du CSFA?

Dans le cas contraire, l'Égypte risque d'être plongée dans un état de confusion qui pourrait s'accompagner d'émeutes de la faim. La situation économique n'a cessé de se dégrader au cours des derniers mois, 40 % de la population vivent sous le seuil de pauvreté et le pays compte 12 millions de chômeurs. Une telle révolte populaire ne sera contrôlable ni par l'armée, ni par quelque force politique que ce soit. Elle risquerait d'entraîner une vague d'instabilité dans tout le Moyen-Orient.

Redoutez-vous une nouvelle vague de répression?

Je comprends très bien que la construction d'un système démocratique moderne prend du temps et peut rencontrer des obstacles. Les gens qui sont aujourd'hui à la tête de l'État sont rompus aux méthodes de gouvernement que Moubarak a utilisées pendant trente ans. J'ai moi-même passé douze années en prison sous l'ancien régime. Nous sommes donc préparés à toutes les possibilités. Mais cette perspective ne nous fait pas peur et ne nous détournera pas de nos efforts paci­fiques pour construire un système démocratique moderne, quel que soit le prix à payer.