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Élection et cérémonial et d’investiture des anciens monarques dans le Sénégal précolonial - Par Yoro Boly Dyao

De la nomination des rois dans les six pays (du Sénégal), et des différences nécessaires à y faire remarquer.


Rédigé par leral.net le Jeudi 9 Octobre 2014 à 19:11 | | 3 commentaire(s)|

Élection et cérémonial et d’investiture des anciens monarques dans le Sénégal précolonial - Par Yoro Boly Dyao
Dans le Ouâlo, le Cayor et le Djolof, les cérémonies qui accompagnaient l'élection des rois s'accomplissaient suivant des principes païens entremêlés de très faibles formalités émanant de l’Islam. L'influence islamique était beaucoup moins visible encore dans celles du Baol, du Sîne et du Sâloum, car les populations de ces pays sont, en grande majorité, Sérères. Les croyances du mahométisme, encore assez respectées dans les pays ouolofs, s'écroulent et fondent en complète dissolution dans ces trois pays contre les forces de l'idolâtrie dans les contrées peuplées de Sérères, de sorte que même les populations musulmanes voisines sont animées d'une foule d'idées idolâtres et en font fréquentes pratiques en leurs usages vulgaires et, cérémoniaux.

OUALO.
Les Brak étaient nommés à l'élection. L'assemblée des Dyambour électeurs se nommait Seb-ak-Baouar1, les captifs de la couronne avaient voix consultative. Les électeurs se groupaient autour de trois assemblées issus des trois premières familles mène nobles. Ces trois dignitaires portaient les titres de Dyogomây ,Màlo et Dyaoudine-i-Nàléou.

Le Dyogomây, président de l'assemblée Seb-ak-Baouar, était, pour ce motif, gouverneur du royaume pendant les interrègnes.

Le Màlo devait sa situation à l’antiquité de sa noblesse, car il était pris parmi les descendants des anciens rois Dyaôgo2 ' ; il devait être, par sa mère, de la famille mène Boul.

Le Dyaoudine-i-Nàléou, ainsi nommé parce qu'il commandait une province dont
Nàléou était le chef-lieu, était une sorte de chef militaire, ayant le pouvoir exécutif tant pendant la vie des Brak que pendant les interrègnes.

Dès la mort du Brak, le Dyaoudine-i-Nàléou se faisait remettre les tam-tams royaux; il en avait la garde pendant l'interrègne. Les musiciens du Brak conservaient leurs autres instruments, mais restaient auprès du Dyaoudine qui pouvait ainsi veiller à l'observation de la coutume qui interdisait de jouer d'aucun instrument, les violons exceptés, jusqu'à la nomination du nouveau Brak.

Depuis que les Braks avaient abandonné leur capitale de la rive droite, c'est à Ndyào que se réunissaient les dyambours électeurs, sous la présidence des trois Kangames que nous avons nommés.

La première conférence était secrète; il n'y prenait part que les principaux notables des principales familles fournissant des électeurs.

Une deuxième assemblée, également secrète, était ensuite tenue, à laquelle assistaient les mêmes notables augmentés de ceux des Dyinye-i-Mpetyo et des Dyinyelar-i-Mpetyo. Ces deux familles, et celles des trois Kangames présidents, formaient les cinq familles mène du second ordre de noblesse; le Bêtyo3, chef de la province de Mpétyo , sous la présidence duquel siégeaient les notables de ces deux familles, devaient appartenir à l'une d'elles.

Une troisième réunion décidait de la nomination du Brak. Outre les notables précédents, qui avaient voix délibérative, y prenaient part les captifs de la couronne, avec voix consultative, et les notables des deux Lof4, avec voix consultative également, mais d'un degré inférieur à celle des captifs.





A la fin de cette conférence décisive, le prince appelé à remplacer le feu roi, ordinairement un des deux Boumis (vice-rois), était désigné et confié au Dyaoudine, qui avait sous ses ordres tous les Kangame et leurs satellites pour maintenir militairement l'ordre pendant l'interrègne. On choisissait pour la nomination un jour de vendredi; l'imagination suffit pour se faire une idée des foules qu'attiraient ces occasions. »

La famille du candidat élu s'appliquait à attirer sur ce prince et son futur règne les « bonnes grâces » de leurs Ntambe, ou divinités familiales, par l'intermédiaire de leurs Yahouminebini, magiciens à la fois prêtres préposés au culte des Ntambe familiaux et augures prédisant l'avenir.

« Les Yahouminebini tenaient les princes parvenus à ces heureuses extrémités sujets, en des heures réglementées, à des bains d'eau mélangée de poudre de racines, d'écorces et de plantes séchées et pulvérisées, ou d'eau contenue dans un canari * et trempée de racines appelées khambe ; ils les surchargeaient de petits hâtons tenus à leur corps par des petits cordons et des ficelles nouées en plusieurs endroits, dans lesquels nœuds ils prétendaient loger les principes attractifs des drogues idolâtres de la bonne chance, dont ils sont soi-disant tous infusés, par des crachotements après récitation de phrases d'abracadabra ; ils leur faisaient pleuvoir des salives de ces crachotements sur la tête et, où ils conviennent, sur leurs autres membres.
Les marabouts attachés aux Tyédo qui les nommaient chefs des villages dont les commandements leur sont héréditaires par transmission paternelle, les baignaient de safara (lavure de paragraphes du Coran écrits sur des petites tablettes en bois], et les chargeaient de gris-gris des mêmes écritures sur papier ».

Antérieurement à l'évacuation, vers 1705, de Ndyourbel, vraie capitale du Ouàlo, aujourd'hui déserte, qui était située à quatre kilomètres environ au nord du fleuve, les électeurs se rassemblaient sur la rive droite.

Les Seb-ak-Baouar se réunissaient à Tounguène, ancienne résidence des Dyogomây, autrefois fondée par Ntanye Dyao Dyogomày, de la famille guényo des Dyâo, sous le règne du Brak Tyaka Mbaar. Après l'évacuation de la rive droite, les lieux de réunion furent changés, et ce n'est qu'à partir du baobab dit ndey-i-Brak (mère des Brak), que les cérémonies que nous allons décrire se retrouveront dans leur ancien cadre.

Depuis 1702, on partait donc de Ndiao et de Ndiangué, où avaient eu lieu les assemblées, et l'on se rendait, le jeudi soir, veille du jour de l'intronisation, à Ndyandye. Ce village, abandonné en 1782, avait servi de capitale à deux Brak Yérim Mbanyik Aram Boubakar et Ndyak Khouri Khouri Diop. Une case y était construite dans laquelle le nouvel élu passait la nuit avec sa Ndonde.

La Ndonde5 femme du nouveau Brak, ne passait avec lui que cette nuit, ceci en souvenir du mariage de Ndyadiane Ndyàye, premier empereur du Djoloff, avec Offo, la Peule.

Après cette nuit, le roi et la Ndonde ne se voyaient plus; celle-ci ne pouvait se remarier, ni contracter aucune sorte de relation conjugale, qu'au décès du roi qui subvenait durant ce temps à toutes les nécessités de son entretien, après lui avoir payé une coutume de sept têtes de pagnes.

« Malheur aux hommes et à celles de ces femmes auteurs de transgression de cette routine; les hommes étaient condamnés à la peine capitale et leurs familles réduites en captivité, s’ils étaient Badolo (roturiers libres); bien souvent ils étaient heureux d'obtenir la grâce (c'était ainsi appelé] de se racheter, les premiers la vie et les seconds la liberté. S'ils étaient des nobles, eux et elles étaient chassés des sociétés des gens respectables; expatriés pour toute leur vie, leur vue répandaient l'horreur sur toutes les figures.




Dans les temps modernes confinant la suzeraineté de la France au Sénégal, les familles avaient obtenu un adoucissement à cette coutume. Moyennant le consentement de deux ou trois Kangame présidents des électeurs, elles fournissaient comme Ndonde des fillettes de cinq à six ans qui, pertinemment, ne servaient que pour la forme, afin de les esquiver des décris et de la stérilité attendue dans la longue privation des relations conjugales. Cette précaution leur permettait presque toujours d'aboutir sans inconvénient à une fin définitive de la sévère séparation de corps.

Dans le Ouàlo, le Dyaoudine-i-Nàléou et le Mâlo avaient également, lors de leur nomination, droit à une Ndonde. Le privilège de les fournir revenait à deux familles nyolé ; mais ces Ndonde pouvaient se remarier si leurs maris d'un soir ne voulaient pas les prendre pour concubines, ce dont ils avaient le droit.

La Ndonde royale était fournie par la famille mène Gakèr, qui faisait partie de l'assemblée électorale et jouissait de privilèges spéciaux.

La foule campait en plein air autour de la « case d'honneur », nègue-ou- téranga, qui abritait le nouveau Brak et sa Ndonde, et les jeunes nobles dansaient le hong toute la nuit.

« La danse hong, imitation de la position d'un guerrier intrépide pendant les coups de feu, est remplie d'expression ; elle s'exécute en tenant une lance dans chaque main et se livrant à des mouvements d'une élégance admirable. Celle utilisée par les proposés à la circoncision est bien moins belle.
Partout, la cérémonie se célébrait avec pompe épouvantable exaltée par une terrible consommation de liqueurs fortes, au bruit des tam-tams et des chants des griots. Les tam-tams royaux, qui avaient été dégradés, suivant l'usage, des peaux qui servaient au feu roi, étaient recouverts de nouvelles (peaux) destinées au nouveau dont le règne allait commencer dès le lendemain ».

Pendant les jours précédents, toutes les pirogues du royaume avaient été rassemblées à Ndyandye. Dès huit heures, le vendredi matin, commençait la traversée du fleuve, pour se rendre à l'emplacement de Ndyourbel, l'ancienne capitale des Brak. Une pirogue, que dirigeait personnellement le Montel, chef des pêcheurs, de famille Gantène, était réservée au passage du nouveau Brak, accompagné du Dyaoudine et d'un captif. Dans une autre pirogue prenaient place le Dyogomàye, puis le Màlo et le Mipp, son intendant ; d'autres passaient le reste des Kangame et des dignitaires ; la foule des spectateurs s'entassait dans les embarcations disponibles.

Dès son débarquement sur la rive droite, le prince payait au Montel une coutume d'un captif, ou sa valeur. Il se dirigeait ensuite vers le baobab dit « mère des Brak », dont il a déjà été parlé. Il en faisait trois fois le tour, monté sur le dos d'un homme de la même famille Gakèr qui avait fourni la Ndonde ; cet homme recevait une coutume de trois têtes de pagnes.

Ensuite, le doyen de la famille mène Moyo devait prendre et tenir un moment le poignet du prince. Ceci en souvenir de l'entretien de Moyo, souche de la famille, avec Aram Boubakar et ses enfants. Le prince payait un captif ou sa valeur.

Alors, on se dirigeait vers Ndyourbel où se trouvait la butte de terre destinée à servir de trône au nouveau Brak. Les Dyale (nom de ces tumuli) des Brak de chaque famille mène formaient des groupes séparés ; ils étaient élevés parles membres de la famille mène du prince élu. Le palanquin qui l'y conduisait était fourni et porté par les captifs de la couronne.







Cependant, avant d’y monter, le prince devait être plongé dans le marigot de Kham, où les habitants de Ndyourbel prenaient autrefois leur eau. Tous les Brak y ont passé, avant de se faire appeler de ce titre, depuis Ndyadyane Ndyàye, en souvenir du long séjour de ce premier roi du Ouâlo dans les eaux du Sénégal et du marigot de Ndyasséou (ou Ndyalakhar).

Une fois plongés, on ne les retirait du fond des ondes que quand ils levaient la main droite hors de l'eau, tenant un poisson vivant. Coutume en usage régulier en souvenir d'une ablette qui, s'étant élancée sur une des plaies lépreuses de la fille du Brak Lafna Youmeya -, un jour qu’elle se lavait au dit ruisseau, fut prise, par hasard, par elle, en s'en évitant la morsure, à l'aide de sa main droite.

Les descendants mène de la femme Penda Bépar, gantène de Mbagam, qui accompagnait la Brak à ce bain, étaient ceux à qui appartenait, par droits héréditaires le service des plongeons des Brak ; il leur en revenait un salaire coutumier de cinq paires de pagnes.

Une fois sorti de l'eau, le prince payait aux familles mène du second ordre de noblesse une coutume de dix captifs, dite Dyeugue, à litre de location de la terre.
Deux captifs revenaient au Dyogomàye, deux au Màlo, deux au Dyaoudine, deux à chacune des doyennes des deux autres familles.
Aussitôt après, sur l'ordre du Mâlo, le Mipp remettait au prince un bouclier de bois léger, un arc, quelques javelots et quelques flèches, en souvenir de la vie primitive des ancêtres, ainsi qu'un épi de mil et des semences des diverses plantes cultivées dans le royaume. Les armes, dans la main droite du prince, symbolisaient le pouvoir royal, les semences, dans sa main gauche, étaient un présage de récoltes abondantes pendant son règne. Puis, montrant du doigt le palanquin, le Mipp s'adressait au prince : « La route conduisant au Dyale (tertre) t'est ouverte; monte sur ce transport qui, conformément à la coutume, t'amènera jusqu'à lui et y montera avec toi. Les Dyambour sont d'accord avec les grands seigneurs, leurs présidents, à sacrifier leurs vies pour en réaliser ton existence, si tu t'arrêtes aux limites fixées à tes prédécesseurs par la coutume. Assieds-loi sur ce lit, le bonheur des princes ; les captifs de tes grand-pères t'y amèneront (au tertre), et t'y planteront jusqu'à les oreilles (expression qui signifie : jusqu'à jamais) ».

Le prince se plaçait sur le palanquin face à l'est, la bouche pleine delà poudre magique préparée par les Yahouminebini, tout le corps, de la tête aux pieds, enduit de celte poudre, surchargé de gris-gris, et les captifs delà couronne, qui le portaient, se dirigeaient vers la bulle qui s'élevait à peu de distance. Mais avant d'y arriver, il devait être arrêté trois fois.

A peine avait-il fait une trentaine de pas que la route lui était barrée par le doyen de la famille guényo du Dyaoudine-Seb, qui recevait une coutume de deux têtes de pagnes.

Trente pas plus loin, c'était la famille mène Dyar, une des plus influentes dans l'assemblée des électeurs, qui l'arrêtait; elle recevait sept têtes de pagnes.

Un peu plus loin, enfin, la famille mène Byeurdyeur, de même importance que la précédente, interceptait sa marche; il lui payait sept têtes de pagnes.

Le palanquin arrivait enfin au pied de la butte. Là se trouvaient les trois dignitaires présidents des électeurs; ils faisaient déposer à terre le palanquin, puis ils faisaient payer au prince des indemnités pour toutes les violences commises par le précédent Brak ou ses agents, et dont satisfaction n'avait pu être obtenue de son vivant. Et ceci était de toute équité, car tout ce qu'un Brak avait acquis pendant son règne faisait, dans son héritage, une part spéciale, qui revenait à son successeur. Ces indemnités étaient remises à ceux qui avaient été lésés.



Ces paiements effectués, le prince était placé sur le trône, au sommet de la butte. Aussitôt, le Dyaoudine ordonnait au Fara-Dyoundyoung de découvrir les trois tam-tams enveloppés de pagnes blancs, qui étaient restés muets pendant l'interrègne, et de frapper le dane-dyèl, c'est-à-dire les sept coups exigés par l'usage. C'était le signal que le nouveau Brak était définitivement investi.

Alors toute la foule exécutait le salut6 au Brak. Le salut au Brak comportait un cérémonial particulier. Les hommes devaient se découvrir la tête, se prosterner, le ventre sur les cuisses, remplir leurs deux mains de terre et y poser le front par trois fois en prononçant la formule de salut : Tess- Ndyaye Les femmes prononçaient la même formule en s'accroupissant

Puis le Mipp, parlant au nom des électeurs, disait au Brak-: « La prédilection que t'accordent aujourd'hui tous les dyambour parmi tous tes égaux t'érige au-dessus de nous, d'eux et, à plus forte raison, des badolo ; ta position actuelle en est un témoignage qui te le prouve. Si tu ne dévies pas du chemin normal envers tes sujets, tu nous donneras toute ta vie; si tu agis en contre-sens, tu t'attireras le désaccord avec tes électeurs et, nécessairement, la haine de ton peuple ».

S'ensuivait une belle réponse du nouveau roi et des principaux membres de ses deux familles (mène et guényo) et leurs formidables remerciements réitérés.

Le nouveau Brak procédait alors à la nomination de trois Kangames qui devaient être des homonymes du Prophète Mouhamed; cependant la coutume tolérait que seule la première syllabe de leur nom fût celle du nom du Prophète.
Aussitôt après, les captifs de la couronne descendaient le Brak de son trône, et le Dyaoudine, qui les avait sous son commandement, lui disait :

« Nous nous soumettons à ton autorité royale avec cette garde de tous tes prédécesseurs, qui te seront fidèles, comme à tes grand-pères. »

Aux captifs de la couronne, il disait :

« Tenez bien votre roi ; servez-le bien et connaissez-nous, lui et vous »,

Les captifs plaçaient alors le Brak sur son cheval, et il allait passer le fleuve à hauteur de Ndyandye pour revenir à Ndyao ou à Ndyangué, précédé des dyoung-dyoung battant le mbangoudyé

Le nouveau brak se reposait quelques jours à Ndyangué ou à Khouma, chez un des notables du village. Avant la dispersion de la foule réunie pour les fêtes, il était procédé à la nomination d'une Linguère7. La nomination de la Awo8 n'était pas d'obligation immédiate, elle pouvait être ajournée jusqu'à ce que la stabilité du nouveau règne fut établie.

Les affaires non encore réglées du règne précédent recevaient une solution : il ne restait plus ensuite au Brak qu'à s'installer dans sa capitale, à Khouma ou à Nder.















Cayor

Dans le Cayor, l'assemblée des électeurs, sous le nom de Oua-Réou (ceux du pays), se réunissait à Dyamatil, sous la présidence honoraire du Lamane Dyamatil effective de la famille mène Khagane. Cette famille fournissait les Dyaoudine-Mboul-i-dyambour, chefs qui ont les mêmes fonctions et les mêmes prérogatives que les Dyaoudine-i-Nâléou du Ouâlo. De même le Lamane Dyamatil et le Tyalaou Dyambanyane correspondaient au Dyogomây et au Mâlo du Ouâlo, mais sans pouvoir prétendre à la même noblesse d'origine.

La famille Khagane9 était du second ordre de noblesse ; le troisième ordre se composait des deux familles mène Guet et Dyougtoune. « Les très vastes possessions des domaines territoriaux dont jouissaient ces deux familles, les uns dans des conditions féodales, et les autres matrimoniales », rendaient leurs chefs très semblables « en ces droits, avec les anciens barons de la féodalité européenne ».

Les cérémonies d'intronisation du Damel se faisaient à Mboul, capitale du Cayor. Le bain du Damel avait lieu à Gadde-Nyandoul; les gens du Cayor lui donnaient le nom de Khoulikouli « nom expressif à l'imitation des bruits de forte onde .

Les habitants de Gadde-Nyandoul sont d'origine maure. Les Maures des différentes tribus de la rive droite ont, en effet, formé dans le Cayor de nombreux villages qui, disséminés parmi ceux des Ouolofs, dépendaient, comme ceux-ci des Damel . Cependant les Maures de ces villages élisaient des chefs de leur race qui commandaient avec le titre de serigne (marabout). Le chef de Gadde-Nyandoul; était le seul à porter le titre de Bour-Gadde (Gadde signifie en ouolof campement maure) parce que ce village avait été le premier fondé par les Maures au Cayor, sous le règne du Damel-Tênye Amari-Ngoné-Sobel (xve siècle). Ce fut le fondateur de Gad-El qui institua la coutume du bain de Khoulikhouli, auquel les gens du Cayor attachent une importance particulière. La tradition attribue l'adoption de cette coutume aux heureux résultats du bain pris par Amari-Ngoné-Sobel. Les gens les plus qualifiés sont en effet unanimes à affirmer que ce fut immédiatement après ce bain que l'on apprit à Amari-Ngoné-Sobel l'invasion du Cayor par Mbanye-Ndanti, successeur de Léléfoul-i Fak, et, qu'après de rapides préparatifs, il attaqua l'armée du Dyoloff à Ouarak, la détruisit et tua le Bour-Ba.
Les Damel-Tènye payaient, à l'occasion du bain, une coutume d'un captif et de vingt têtes de pagnes aux descendants de ceux à qui Amari-Ngoné-Sobel avait fait le même cadeau.

Les gens du Cayor prétendent que les Serinye-Gadde puisaient l’eau nécessaire au bain du Daniel avec un récipient en paille tressée à mailles larges et qui cependant, ne laissait pas échapper une goutte d'eau.

L'eau du bain de Khoulikhouli devait provenir uniquement du Gadde-Nyandoul.
La cérémonie pouvait se faire longtemps après la nomination du Damel en souvenir du long intervalle qui s'était écoulé entre la nomination d'Amari goné-Sobel et le premier bain Khoulikhouli. '

Dyoloff.
Dans le Dyoloff, tous les droits, y compris les droits électoraux, se transmettent de père en fils et non pas dans la ligne maternelle.

L'assemblée des électeurs se nommait Ndyenki, elle se groupait autour du
Dyaraf-Dyou-Reuy {le grand Dyaraf] qui réunissait les prérogatives du Dyaoudine, du Dyogomây et du Màlo et remplissait leurs fonctions, et du Dyaraf-Satlé [Dyaraf subordonné). Celui-ci correspondait au Mipp, c'est-à-dire qu'il était le porte-parole des électeurs vis-à-vis du Bour-ba; il avait certains droits de préséance sur le grand Dyaraf.

Du temps de l'empire Dyoloff, la bain du Bour-ba se prenait dans le marigot de Ndyassèou (ou Ndyalakhar), à l'endroit où Ndyadyane Ndyâye, premier empereur et fondateur de la dynastie, avait été capturé. Depuis la dislocation de l'Empire, les bains se prenaient à Ntyengue, première capitale du Dyoloff, ou à Ouarkhokhe, seconde capitale. Le prince élu était revêtu de vêtements blancs ; telle était d'ailleurs la tenue habituelle des princes royaux du Dyoloff. On couchait le prince dans une fosse rectangulaire de 1 m. environ de profondeur sur 3 m ou 4 m de longueur et 1 m. ou 1m. 80 de largeur et on le submergeait. A Ntyengue, l'eau devait provenir d'un puits nommé Bène et, à Ouarkhokhe, des puits de Yànor.

D'habitude on se procurait un peu d'eau du marigot de Ndyassèou, mais on ne pouvait le faire que sous un déguisement et en courant de réels dangers. D'après une croyance superstitieuse, on était en effet persuadé que des forces surnaturelles auraient reconstitué l'Empire Dyoloff en faveur du Bour-ba qui se serait plongé dans les eaux du marigot de Ndyassèou à l'endroit où Ndyadyane Ndyâye avait été capturé. Les Brak et les Damel s'étaient donc toujours vigoureusement opposés à toute tentative de ce genre de la part des Bour-ba, et il y avait danger sérieux, même à prendre un peu de cette eau pour la mélanger au bain du nouveau Bour-ba.

La fosse qui servait à ce bain était appelée Ndyassèou par les gens du Dyoloff, en souvenir du marigot de Ndyadyane ; on y semait ensuite les grains et les divers produits du sol qui avaient été placés dans la main du Bour-ba le jour de son couronnement. On entourait l'endroit d'une haie et la garde en était confiée à un Kangame qui portait le titre de Nyak [haie). Si les plantes poussaient puis arrivaient normalement au terme de leur développement pour se dessécher ensuite, on en tirait le présage d'un règne heureux.

Baol
Dans le Baol les familles mène Bal-Bal et Sas avaient eu la plus grosse influence dans les assemblées électorales, car elles formaient le second ordre de noblesse. Le Dyaraf-Baol, qui avait les mêmes fonctions et prérogatives que le Dyaraf-dyou-Rèy du Dyoloff, devait être pris parmi elles. Ces familles s'étant éteintes, le Dyaraf-Baol était désigné parmi les notables de trois familles guényo : la Dyèy qui, teinte de noblesse par la famille mène Bal-Bal, était du quatrième et du dernier rang, et deux familles de captifs de la couronne originaires de Lambay, capitale du Baol, qui étaient, la Ndyaye, qui se rattachait à la famille royale du Dyoloff, et la Dyouf, également influente.

Les électeurs s'assemblaient à Mékhé et les cérémonies d'intronisation du
Tênye se passaient à Lambay et, plus anciennement, à Kaba, la capitale précédente.
Le Dyaraf-Baol était secondé dans ses fonctions par ses deux lieutenants, le Sandigué Goui-Tyandigué et le Sandigué-i-Mbéouane .

Le bain du Tènye comportait les mêmes rites que celui du Damel et du Gayor ; il se prenait sur la pierre sacrée de Daf, nom d'un des faubourgs de Lambay, fondé par le Tênye Nyokhor Ndyaye de qui datait la coutume.

En cas d'insurrection contre le Tênye, on se rassemblait à Gat.

Sîne Et Saloum. —
Roi, se dit en Sérère Mad le vrai titre du roi du Sine était donc Mad-a-Sinik, et ce sont les Ouolofs qui le nommaient Bour ou Beur Sîne.

Dans ce pays, les électeurs étaient présidés par le grand Dyaraf, assisté des principaux chefs : lé Sandigué Ndyôp (chef du canton de Ndyôp), le Lam-Dyafadye (chef du canton de Nkhayokhèm), le Mad-a-Dyôin (chef du canton de Dyôïn), le Mâd-a-Pâtar) chef du canton de Pâtar) et le Sakh-Sakh Fawoy (noble-homme de Fawoy).

Dans le Sâloum, où la famille royale est ouolof, le chef portait le titre de Bour, ou Beur-Sâloum . Les assemblées électorales se tenaient sous la présidence du grand Dyaraf, assisté du Beur- Lab-Ndoukhoumane (chef de la province de Ndoukhoumane), du Beur-Dyonyik (chef du Laguèm), du Boumi Mandakh (chef du Mandakh), du Boumi Kadymor et du Beur Ngaye ' (chef du Sinyi).

Les électeurs étaient les chefs, grands et petits; ils se réunissaient, dans le Sîne, à Dyakhaou et, dans le Sâloum, à Kahone. Il faut remarquer que ces chefs, les seuls électeurs, étaient tous captifs de la couronne, et qu'ainsi « ils n'avaient (pas) la fermeté impénétrable des électeurs des autres pays pour le maintien libre de leurs charges » ^

Le bain du nouveau roi étant, dans ces pays païens, considéré comme une sorte de sacrement, lui était donné en secret par les prêtres sacrificateurs, avant les cérémonies publiques de l'intronisation.


Appendice
Seb-ak-Baouar1
Voici comment la légende explique le nom « Seb-ak-Baouar » : Les deux principales familles mène, Keur Yâçine Pâté et Keur Yoro-b-Dyoçjomay, sont issues de deux femmes peulcs, de clan Bah, Oualil Mbanyick et Fa-Dyeng Mbanyik, toutes deux filles du même père Mbanyick et de la même mère BôloBah. Oualil, n'ayant qu'une fille, était jalouse de sa sœur Fa-Dyeng, qui en avait plusieurs, et elle les appelait hèwbe « les nombreuses », ce qui, en ouolof, se dit baouar. Oualil pouvait ainsi porter malheur aux enfants de sa sœur, aussi sa mère l'appelait-elle bondo demgal, « mauvaise (de la) langue », ce qui se dit en ouolof seb. Le nom donné à l'assemblée des électeurs rappelle ainsi la rivalité qui existait entre les deux sœurs, souches des deux principales familles nobles (Yoro Dyâo).

Dyaôgo2 Les Dyaôgo sont les plus anciens chefs dont le souvenir se soit conservé, tant au Fouta qu'en pays ouolof. Ils auraient été Peuls et blancs et le clan qui se nomme Dyàg ou Dyâo au Sénégal, Tyao chez les Sérères, et Dyâ au Fouta, leur devrait son origine. Sauf quelques-unes restées nomades comme, par exemple, les Peuls Dyàobé, les familles de ce clan se sont sédentarisées et fondues dans la population noire, aussi les Peuls actuels, venus bien plus tard, ne les considèrent- ils pas comme des leurs. Les chefs Dyaôgo auraient eu pour titre Galo, mot qui, en poulàr, signifie actuellement « riche »; ils auraient apporté avec eux l'industrie du fer et la culture du gros mil.

Bêtyo3 est, par syncope, pour Beur-Mpétyo. Au début de l'empire Dyolof, ce chef avait eu pour titre Ngâri-Gorom, en peul « le taureau de Gorom », du nom d'un marigot qui traverse cette province [Yoro Dyâo).

Lof4 Les lof sont séparés par le lac de Guier. Leur chef, le beur-lof, portait autrefois le titre de lam-dyer, en peul « roi du Dyer ». Le chef de l'île de Ronk avait conservé le titre de Dyoronk, par syncope pour dyom-ronk en peul, « le maître de Ronk ». On voit qu'au Ouâlo, il reste encore des traces d'un pouvoir de langue peule. que Yoro Dyao dit avoir été celui fondé par Ndyadayne Ndyâye.


La Ndonde5
La légende raconte que lorsque Ndyadyane Ndyâye, ayant quitté le Ouâlo, eut reçu de Dyolof Mbing le commandement du Dyolof, il laissa ses femmes à Ndyàyene et se rendit à Tyeng pour y fonder sa capitale. Arrivé là il désira une femme et commanda qu'on lui en amenât une. On lui présenta, à la nuit tombée, une Peule du nom de Offo. Il l'accepta et, séance tenante, l'épousa légitimement. Le jour venu, il la trouva laide de visage et n'en voulut plus. 11 l'éloigna et ne la revit jamais, mais ne la répudia pas et pourvut à son entretien. Offo fut enceinte et mit au monde un fils, Ndyadyane reconnut pour sien et prit auprès de lui quand il fut grand.
Telle est l'origine de la coutume de la Ndonde (Bedj au Cayar), que le Brak du Ouàlo et le Damel du Cayor étaient les seuls à observer. (Yoro Dyâo).

Le salut6 au Brak Le cérémonial était le même pour les rois des autres pays sénégalais, les formules seules différaient.
Au Cayor, on disait ndaou damell « Jeune Damel! » Mais ndaou était pris ici dans le sens de jeune par rapport à celui qui est au-dessus des rois, à Dieu » et cette formule équivalait à traiter le Damel de « jeune Dieu », » délégué de Dieu ». C'est dans le même sens qu'il fallait interpréter la formule usitée au Ouâlo pour saluer le Dyaoudine « ndaou dyaoudine ! »

Dans le Dyôlof, le Baol, le Sîne et le Sâloum, on saluait le Bour du mot sérère dâli, « le gigantesque ». On saluait de même les Kangame du Baol, du Sîne et du Sàloum, dont le titre comportait le mot « Bour » sous Tune quelconque de ses différentes formes ; bour, beur, heu, bi, bey, ou bre. On saluait les autres dignitaires ou les nobles des six royaumes en fléchissant les genoux et en disant dyé momone, mot qui vient du peul dyomam « mon maître ». On y ajoutait un qualificatif spécial à chaque commandement, s'il s'agissait d'un chef; pour un noble sans commandement, on faisait suivre le mot dyémomone de l'indication du moment du jour ou de la nuit où l'on se trouvait. Saluer les uns ou les autres du simple mot ndaou « jeune ! » était particulièrement respectueux.

Les femmes prononçaient les mêmes formules, mais ne s'accroupissaient que pour les rois et les grands dignitaires (Yoro Dyâo). Cadamosto a donné une description du cérémonial auquel étaient astreints les visiteurs du Damel qui pourrait s'appliquer encore aux Sultanats noirs d'organisation ancienne, comme le Mossi, le Baguirmi, le Bornou, etc.

Linguère7. Elle avait le commandement des femmes du royaume et avait pour apanage un canton. Cette charge était habituellement donnée à la mère du roi ou à l'aînée de ses sœurs utérines (Yoro Dyâo).

Awo8 Le titre de awo, , était habituellement décerné à l’une des femmes du roi, à condition qu'elle fut de famille princière par filiation utérine ; cependant ce titre pouvait être porté par la mère du roi ou une femme de sa famille mène. La Awo prenait rang immédiatement après la Linguère; si elle était femme du roi, elle avait le commandement de ses autres femmes. Awo est d'ailleurs le nom donné parles Ouolofs à la plus ancienne de leurs épouses légitimes (Yoro Dyâo).

La famille Khagane9 Ceci veut dire que les chefs de ces familles avaient des commandements territoriaux comprenant de la « terre de Bour », pour laquelle ils payaient au Damel le droit d'investiture, ou dyeug et aussi l'administration de biens de famille dont la terre était dite » terre de mère », les droits de propriété s'y transmettant en ligne utérine. Yoro Dyâo indique bien ainsi qu'une forme de propriété foncière avait commencé de s'organiser au Cayor






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