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En Birmanie, premiers signes de discorde entre la députée Aung San Suu Kyi et le gouvernement

le 23 Avril 2012 à 19:39 | Lu 407 fois

En Birmanie, premiers signes de discorde entre la députée Aung San Suu Kyi et le gouvernement
L'opposante Aung San Suu Kyi a boudé l'ouverture d'une nouvelle session du Parlement birman, où elle vient d'être élue députée, lundi 23 avril. Une décision qui jette une ombre sur les réformes en cours en Birmanie au moment où l'Union européenne a annoncé la suspension de presque toutes ses sanctions. Aung San Suu Kyi et les nouveaux députés de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), élus triomphalement aux élections partielles du 1er avril, refusent de prêter le serment de "sauvegarder" la Constitution de 2008.

Ce texte, conçu par l'ancienne junte, adopté par référendum une semaine après le passage du cyclone Nargis (138 000 morts ou disparus), confère des pouvoirs immenses aux militaires, et la lauréate du prix Nobel de la paix a fait de son amendement une de ses priorités. La décision d'Aung San Suu Kyi et de ses collègues de ne pas se rendre lundi à Naypyidaw, la capitale, est le premier signe de discorde entre l'opposition et le gouvernement depuis le scrutin historique d'avril, largement salué dans le monde, et qui a encouragé l'Occident, l'Union européenne en tête, à commencer à lever ses sanctions.

L'UE PEUT REVOIR SA POSITION À TOUT MOMENT

Les ministres des affaires étrangères européens réunis lundi à Luxembourg ont ainsi suspendu pour un an leurs sanctions politiques et économiques, à l'exception de l'embargo sur les armes, "afin de saluer et d'encourager le processus de réformes".

Le nouveau gouvernement qui a succédé à la junte en mars 2011 a notamment encouragé le retour d'Aung San Suu Kyi au cœur du jeu politique officiel, il a libéré des centaines de prisonniers politiques et a engagé des discussions avec les groupes rebelles des minorités ethniques. Le président Thein Sein, en déplacement au Japon, a assuré lundi que le processus de démocratisation continuerait. Il n'y aura "pas de revirement", a-t-il déclaré aux journalistes, selon l'agence de presse japonaise Kyodo.

La LND a salué la suspension des sanctions européennes, jugeant la décision "importante pour l'économie" birmane. Pour maintenir la pression, l'UE pourra d'ailleurs revoir sa position à tout moment. "Des progrès importants ont été réalisés en Birmanie, mais nous restons très inquiets au sujet des conflits et des violations de droits de l'homme dans quelques zones ethniques de la Birmanie", a souligné le ministre des affaires étrangères britannique, William Hague, évoquant également la "querelle" autour de la prestation de serment des députés de LND.

PREMIER VOYAGE À L'ÉTRANGER EN VINGT-QUATRE ANS

Avant de participer aux élections partielles du 1er avril, Aung San Suu Kyi avait obtenu de faire réviser les lois électorales pour qu'il soit autorisé de discuter publiquement de la Constitution, mais le serment des députés, inscrit dans le texte, n'avait pas été modifié. Et la LND, première force d'opposition depuis ces élections, a déposé en vain jusqu'à présent des requêtes, notamment auprès du président, pour faire remplacer le mot de "sauvegarder" par celui de "respecter" dans ce serment.

La semaine dernière, la LND avait annoncé le premier voyage à l'étranger en vingt-quatre ans de la Prix Nobel de la paix. Ce déplacement prévu pour juin en Norvège et en Grande-Bretagne avait été décrit par les observateurs comme un signe de sa confiance envers le processus de réformes en cours. L'opposante, qui a passé quinze années enfermée, n'avait depuis son retour au pays, en 1988, jamais voulu quitter la Birmanie de peur d'être maintenue en exil par le régime.


Source:Lemonde.fr