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En Egypte, la télé sert toujours la propagande des militaires

le 20 Janvier 2012 à 15:47 | Lu 772 fois

La maîtrise de l'information reste un enjeu clé du pouvoir.


En Egypte, la télé sert toujours la propagande des militaires
Un drap blanc, un vidéoprojecteur, des enceintes: ce sont les nouvelles armes des activistes, qui, par petits groupes, sillonnent quotidiennement Le Caire et les grandes villes de province. Dans tous les quartiers, défavorisés comme prospères, ils projettent des centaines de vidéos, souvent choquantes. On y voit des manifestants molestés et pis encore: une femme gisant à terre, les vêtements arrachés, sous une pluie de coup de matraques, un corps inerte tiré par des militaires et abandonné dans un caniveau…

Ces documents, largement relayés sur Internet, restent les grands absents des programmes de la télévision gouvernementale. «Il faut casser ce mur du mensonge des médias d'État, qui vendent une image angélique des militaires. Si le message passe, la révolution est gagnée. L'armée n'aura plus d'autre choix que de rendre le pouvoir aux mains des civils», explique Hicham Ezzat, 28 ans, un des organisateurs de cette opération «Kazeboune», menteurs en arabe, menée tambour battant par plusieurs mouvements d'activistes.
Comme au temps de Moubarak

Depuis un mois, révolutionnaires et armée s'affrontent, non plus lors d'échauffourées, mais cette fois sur le terrain de l'information. Lors des derniers heurts au Caire, qui ont fait en décembre 17 morts, des civils uniquement, le Conseil suprême des forces armées a accusé les manifestants d'être des voyous, des baltaguis, payés par une mystérieuse «troisième main» pour semer le chaos et porter atteinte à la stabilité du pays. Cette rhétorique de propagande n'est pas nouvelle.

En octobre dernier, les militaires ont réprimé dans le sang une manifestation de chrétiens devant le bâtiment de la télévision nationale. Malgré plus d'une vingtaine de morts et des vidéos accablantes de chars percutant à pleine vitesse des manifestants, le Conseil suprême des forces armées est resté droit dans ses bottes: c'est la «troisième main» qui était à l'œuvre.

Ces propos sont repris à la lettre par les médias gouvernementaux. Muselée par les militaires, comme elle l'était du temps de Moubarak, la télévision nationale n'a pas perdu ses habitudes propagandistes. Si des têtes sont tombées, les nouveaux chefs restent des proches de l'armée, à l'instar du nouveau ministre de l'Information Ahmed Aniss, général et ancien responsable médias sous le régime de l'ancien raïs.
Rappel à l'ordre

La révolution n'a pas permis de faire sauter la censure, ni les réflexes d'autocensure. «La plupart des journalistes sont formatés et inféodés au pouvoir, quel qu'il soit: Moubarak, les militaires et peut-être demain les islamistes», précise Nabil el-Choubachy, journaliste pour Nile TV, une chaîne gouvernementale francophone et anglophone.

La critique de l'armée reste la ligne à ne pas franchir, sous peine d'être immédiatement rappelé à l'ordre. «Une fois, j'ai demandé à un invité si la bataille de l'image à laquelle se livrait l'armée n'était pas perdue d'avance. Une collègue m'a appelé après l'émission et m'a invité à faire attention. Pour mon bien», poursuit le journaliste.

Preuve que la maîtrise de l'information reste un enjeu clé du pouvoir en Égypte: le Conseil suprême des forces armées a récemment créé un comité des médias, composé de 11 généraux, sortes d'attachés de presse, chargés de fournir des informations aux médias pour éviter les couvertures «fallacieuses».

Hicham veut croire que les militaires ne pourront pas longtemps nier la vérité. Pourtant l'écrasante majorité des Égyptiens continue de faire confiance à l'armée. «Mon fils y fait son service, le fils de mon oncle aussi. Les militaires et nous, c'est la même chose», assure Yahya, chauffeur de taxi, passant rapidement son chemin, sans jeter un regard aux vidéos «Kazeboune».
Le Figaro


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