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En Zambie, la Chinafrique à la peine

le 8 Août 2012 à 09:51 | Lu 524 fois

Le meurtre d'un patron de mine chinois témoigne de la montée du sentiment xénophobe antichinois.


En Zambie, la Chinafrique à la peine
L'histoire est le meilleur exemple des difficultés croissantes que rencontre la Chine dans sa spectaculaire conquête économique de l'Afrique. Samedi, Wu Shangzai, un manager chinois d'une mine de charbon au sud de la Zambie, a été tué lors d'une rixe par des ouvriers. Son adjoint, également chinois, a été grièvement blessé. L'arrestation, mardi, de douze mineurs impliqués dans le meurtre n'a pas fait baisser les tensions. Au contraire. L'antagonisme entre les employés zambiens et les propriétaires chinois de mines de charbon, mais surtout de cuivre, dont la Zambie est le premier producteur d'Afrique, ne fait que croître. Collum Coal, théâtre du dernier meurtre, avait déjà connu des émeutes en 2010. Cette fois, c'était le boss qui avait ouvert le feu à la carabine sur la foule des protestataires. Chaque fois, c'est le non-respect des salaires minimums qui est au cœur des conflits.

Un récent rapport de Human Rights Watch (HRW) a listé les dérives des capitalistes de Pékin. Selon l'ONG, les salaires dans les mines «chinoises» serait moitié moindre que dans les sites aux mains d'autres compagnies étrangères, notamment indiennes ou suisses. Les témoignages font systématiquement état de journées de travail invraisemblablement longues et de conditions de sécurité très aléatoires. «Mais si on proteste, on perd son travail», affirme un mineur. «Bon nombre des mauvaises pratiques que nous avons constatées dans les mines dirigées par des Chinois rappellent de façon frappante celles que les abus dénoncés en Chine», note Daniel Bekele, l'auteur du rapport.

Anodines il y a encore quelques années, «les habitudes» chinoises sont devenues un sujet de plus en plus polémique au fil de l'extraordinaire croissance des industriels venus de Pékin sur le continent. En Zambie, les échanges commerciaux sont ainsi passés de moins de 100 millions de dollars en 2000 à plus de 2,8 milliards en 2010. Cette seule année-là, Pékin a investi plus d'un milliard de dollars dans le pays.

Superpuissance
À Lusaka, la capitale, la présence chinoise est une telle évidence qu'il est même possible de payer en yuans dans certaines banques. Et, en 2011, c'est bien l'influence grandissante de Pékin qui fut au centre de l'élection présidentielle qui a conduit au pouvoir Michael Sata. Cet opposant populiste s'était fait remarquer par la vigueur de ses discours antichinois. Depuis, le chef de l'État a modéré ses critiques. Mais le climat reste à la suspicion.

Les États-Unis, qui ont perdu en 2009 leur place de premier partenaire économique de l'Afrique au profit de la superpuissance asiatique, entendent en profiter. Pour beaucoup, la très longue tournée africaine - onze jours et sept pays - qu'achève Hillary Clinton vendredi avait pour objectif de restaurer la puissance américaine et de concurrencer la Chine sur ce continent riche en matières premières.

Dès son arrivée à Dakar, la secrétaire d'État avait affirmé que Washington souhaitait des «partenariats qui ajoutent des valeurs et non qui se contentent de les extraire». Elle n'a cité personne si ce n'est des «étrangers». Pékin s'est néanmoins senti visé, accusant, par le biais de l'agence Xinhua, le voyage d'être «un complot pour semer la discorde entre la Chine et l'Afrique».

Hillary Clinton a, sans aucun doute, voulu entraîner la Chine sur le thème de la politique et de la diplomatie, terrains que Pékin veut éviter. Reste que, comme en Zambie, la question chinoise est soulevée de plus en plus souvent par les oppositions africaines comme au Congo, en Guinée ou au Soudan. Devenue géant économique en Afrique, la Chine, pour préserver son avance, ne pourra plus ignorer longtemps les exigences politiques de son essor sans risquer de voir les faits-divers dramatiques se multiplier.


Par Tanguy Berthemet


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