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Entre l’argent de Wade et les kalachnikovs du MFDC, la paix maintenant

La recrudescence de la violence en Casamance sonne le glas des effets d’annonce et de tous les mensonges érigés autour du règlement de la crise dans cette région du Sénégal. L’espoir était là avec le constat d’un meilleur commandement des troupes de l’armée sénégalaise surplace depuis l’arrivée de Wade au pouvoir. Les hommes étaient mieux installés, mieux engagés et mieux tenus. Les populations se sentaient plus sécurisées et le sentiment de peur général faisait place à l’optimisme.

Par Frédéric Tendeng


Rédigé par leral.net le Dimanche 28 Mars 2010 à 21:28 | | 0 commentaire(s)|

Entre l’argent de Wade et les kalachnikovs du MFDC, la paix maintenant
Pour une fois des militaires ont été révoqués et sanctionnés et les violations des droits de l’homme par les forces de l’ordre ont diminué. Aux yeux des casamançais, la réputation de l’armée s’est améliorée avec l’alternance, alors qu’au même moment, le MFDC, de plus en plus criminalisé, continuait à perdre de son crédit. L’accord de cessez-le-feu signé en décembre 2004 est intervenu dans ce contexte de faiblesse de l’aile politique du MFDC, de la brutalité décriée de son aile militaire et de l’absence de perspective de lutte pour cette frange combattante.

Il faut dire cependant que malgré les discours d’autoglorification, cet accord avec le gouvernement sénégalais n’avait rien d’un véritable accord de paix. Il ignorait royalement les acquis obtenus du régime précédent et n’engageait que le petit groupe gravitant autour de l’abbé Diamacoune, leader charismatique aujourd’hui décédé, qui avait de facto abandonné à la fois la lutte armée et la revendication indépendantiste.

Ensuite, cet accord qui ne règle rien faisait miroiter d’hypothétiques négociations qui n’ont jamais commencé. Il n’ouvrait aucune brèche à des perspectives de dialogue avec l’aile radicale puisqu’il n’apporte aucune réponse politique au problème casamançais tout en oubliant volontairement les ramifications sous régionale et géostratégiques de cette crise. En somme, contre un véritable processus de paix, il faut imposer une logique consistant à battre le MFDC par l'usure.
C’est ainsi qu’en mettant la Gambie et la Guinée Bissau hors-jeu, l’Etat sénégalais jouait manifestement la carte du pourrissement car l’enchevêtrement des enjeux et des acteurs plaidait irrévocablement en faveur d’un règlement à l’échelle sous-régionale, impliquant ces pays.

Le 16 Juin 2005, des rebelles du MFDC attaquent Bounkiling. Bilan quatre gendarmes tués et plusieurs blessés. Lors de leur repli sur la Gambie, ils se font neutraliser à Kalagie par une patrouille de la Gambia Armed Forces. Dans le groupe des rebelles arrêtés se trouvait un mercenaire espagnol membre de l’ETA basque. Les tractations et les pressions du Sénégal n’y feront rien. Aussi bien les rebelles que leur mercenaire furent libérés par les gambiens provocant l’ire de Dakar.

Refusant d’ouvrir les yeux, Wade et son régime ont naïvement pensé être toujours confrontés à une rébellion pauvre oubliant de fait que la perspective de la captation par les radicaux d’une partie du trafic de cocaïne qui nourrit aujourd’hui l’instabilité à la tête de l’Etat bissau-guinéen pouvait changer la donne.

Depuis décembre 2004 donc, l’Etat mettait en avant la division du MFDC (qu’il a favorisée) pour justifier l’absence de négociations. Mais sa pratique contredit son discours : Wade dit vouloir une solution politique au conflit, mais ment sur des supposées contacts démentis par les rebelles comme ce fut le cas ces derniers jours lorsque César Atoute Badiate nie avoir été en contact avec un quelconque émissaire de Wade. En outre l’Etat, depuis 2004, refuse toute dimension politique à la rébellion, et ferme les yeux sur les bases maquisardes qui se formaient sous les yeux de l’armée, non loin de Ziguinchor, derrière Diabir et dans les villages de Djibélor Baraf, Djibeuneu, Mamatoro, Kassana etc. Ce qu’i n’a fait qu’envenimer les périodes de passage à vide de « ni guerre ni paix » caractérisées par des piques de violences dans la crise avec leurs lots injuste de morts.

Pire, la démarche quasi-unilatéraliste, illisible et approximative de l’État sénégalais sous Abdoulaye Wade a eu pour effet d’isoler l’aile politique du MFDC de son aile militaire. La mort de l’Abbé Diamacoune Senghor et l’incapacité du mouvement à s’accorder sur son remplaçant ont toujours creusé davantage ce fossé.

En effet, chaque fois que la répression de l’armée sénégalaise a été efficace, elle a souvent empêché aux politiques du MFDC d’affermir leur contrôle sur les combattants qui restent toujours confrontés à leur besoin de survie. Ces derniers développent alors le racket des entrepreneurs de la région, les attaques à main armée et des trafics transfrontaliers sur lesquels se greffent de multiples acteurs des réseaux occultes et mafieux en Gambie et en Guinée Bissau.

C’est ainsi que la production de cannabis a explosé dans le département de Bignona, alimentant un trafic vers la Gambie et Dakar. La production de noix de cajou dans le Balantacounda, à l’est de Ziguinchor, a connu également un boom ces dernières années, et le contrôle de son écoulement vers la Guinée-Bissau est l’objet de luttes sanglantes. Le vol de bétail a pris des proportions importantes. La part de ces activités contrôlée par la rébellion lui permet ainsi d’acheter, voire de louer, des armes à très faible prix.

Or le danger dans de telles situations, c’est que pour exister en tant qu’interlocuteur valable, aussi bien les politiques que les combattants du MFDC doivent manier l’ambiguïté qui consiste à développer une ligne radicale et donner ainsi des gages de son authenticité séparatiste tout en multipliant à la fois des signes de bonne volonté à l’égard de l’État, ce qui n’est pas toujours acquis.

Au risque d’être définitivement coupé de leurs bases combattantes, les politiques du MFDC n’ont alors d’autre choix que d’essayer de se rabattre sur les ressources des intervenants dans le processus de paix (principalement l’Etat du Sénégal, les Agences et les ONG) pour mettre en place une relation de clientèle avec les combattants et regagner ainsi de la légitimité à leurs yeux et aux yeux des intervenants extérieurs. Ce sont de telles confusions qui offrent toujours une marge de manoeuvre à Nkrumah Sané, Ahmed Apakena Diémé et tous les autres électrons libres qui gravitent autour de la rébellion.

Mais, en s’engageant dans ces pratiques ambigües, les politiques du MFDC ont été soupçonnés (souvent pas à tort) d’en profiter pour obtenir des avantages matériels, d’où la méfiance des combattants à leur égard pouvant aller jusqu’aux règlements de compte sanglants.

En novembre 2000, une telle configuration s’était imposée au MFDC au point que Diamacoune en a appelé directement au président français, Jacques Chirac, avant de lancer, en août 2001, un « appel solennel » à Wade, l’invitant à « s’investir personnellement » dans la résolution du conflit. Plus tard, en octobre 2001, le même Diamacoune a évoqué ouvertement la question des ressources, signalant qu’il ne recevait plus d’aides de l’État alors qu’il avait des « charges » importantes.

Je comprends lorsqu’Amath Dansokho dit que «pour gérer le conflit, Wade fait du pilotage à vue et du tâtonnement avec des « Messieurs Casamance » qui ne sont pas investis de l’autorité, de l’étique et de la compétence que la mission exige. Cette gestion solitaire et simpliste qui mise principalement sur la corruption a provoqué plus de morts, de mutilés et de familles déplacées et séparées».

En réalité, la crise en Casamance a toujours fait les affaires de la présidence de la république et de ses valets qui puisent indument de l’argent des caisses de l’Etat sous le couvert de fonds politiques. La déclaration de César Atoute Badiate diffusée le Mercredi 24 Mars 2010 sur Radio France Internationale ne pouvait donc que provoquer l’ire de Farba qui y voyait un déni définitif de ses avantages indus, de ses prétentions et de sa cupidité au profit de personnes pour lesquelles il voue une haine sans limite. Farba Senghor tente de s’accrocher aux valises d’argent qu’il soutire à son père de président, lequel croit naïvement pouvoir acheter les vrais poumons de cette rébellion qui n’a que trop duré.

En réaffirmant encore une fois que le Sénégal est un, indivisible et ne cédera jamais à la revendication indépendantiste du MFDC, il convient d’admettre que ce douloureux problème ne saurait être la seule affaire personnelle d’Abdoulaye Wade. C’est un mal national qui gangrène le pays et la sous région. Maintenant que les combattants du MFDC tendent la main au pouvoir pour des négociations sans conditions, c’est le moment d’engager les bonnes volontés nationales de tout bord et sous régionales autour de cette question pour une solution définitive. Pour cela, Wade doit arrêter de fantasmer et regarder le MFDC avec plus de respect.

Le contexte est plus que jamais favorable puisqu’ aussi bien la Gambie que la Guinée Bissau sont aujourd’hui sous la menace de forces déstabilisatrices et n’ont pour l’instant aucun intérêt immédiat à perdre leurs énergies dans un soutien éternel au MFDC. La rébellion doit maintenant créer les conditions de son unification et comprendre qu’elle a perdu sa crédibilité dans un combat où ses kalachnikovs et ses RPG tuent plus de casamançais qu’elles ne les protègent. La dynamique de paix revendiquée par le maquis et l’Etat du Sénégal ne doivent plus être des slogans mais des actes.

fredcikaw@gmail.com






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