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Et si le foot rendait con ?

Abdallah BOUHAMIDI : L’équipe nationale algérienne de foot vient de se faire recevoir à coup de pierres par des hooligans égyptiens. Et quand on dit : pierres, c’est près qu’un euphémisme.


Rédigé par leral.net le Samedi 5 Décembre 2009 à 22:59 | | 0 commentaire(s)|

Et si le foot rendait con ?
Selon le témoignage d’un correspondant de Canal + , des pavés d’environ 1k 500 ont été jetés sur le bus des joueurs algériens. Les fanatiques enragés ne voulaient manifestement pas se contenter d’impressionner leurs victimes dont 3 ont été blessés. À moins que le volume et la densité des projectiles ne représentent la densité des sentiments qui agitaient les assaillants.

Et s’il s’agissait tout simplement de passion ? Celle-ci ferait partie de celles qui sont naturellement ravageuses. Ces personnes ne voulaient certainement pas tuer. Ils auraient pu. En avaient-ils conscience ? Mais que viendrait faire la conscience dans cette galère ? Il s’agirait plutôt d’inconscience ou de subconscience. Il s’agit ou de folie (criminelle dans ce cas) ou bien d’imbécillité primaire (pléonasme) tout aussi criminelle. Tout simplement. Ceci n’excluant pas cela, bien évidemment

Mais comment comprendre que ce qui n’est au fond qu’un jeu dégénère ainsi et aussi souvent, sous tous les cieux et dans toutes les contrées, même chez des peuples, comme le peuple égyptien plutôt connu pour sa douceur et un légendaire sens de l’humour? Pourquoi d’autres jeux populaires comme le Rugby, le Basket-ball ou encore le Volley ou le hand-ball ou même la boxe ne déchaînent-ils pas autant de folie ?

Il faudrait compter le nombre de morts provoquées chaque année par ce « sport » de par le monde pour convenir que le mot de « folie » n’est pas exagéré et que la question mérite d’être posée.

Il y a quelques années, je faisais un vernissage de l’une de mes expositions photographiques près d’un stade où un match se déroulait. L’équipe locale ayant perdu , ses supporters se sont acharnés sur les voitures et les immeubles se trouvant sur leur passage. Et nombre de voitures parquées devant l’immeuble où se déroulait l’exposition, avaient été caillassées par ses enragés d’autant plus hargneux qu’ils avaient été frustrés d’une victoire que ni moi, ni mes invités ne leur avions disputée. Nous étions heureux qu’il n’y eût ni de blessés ni de morts parmi nous.

Pourquoi donc le foot, un sport de naissance relativement récente concentre-t-il tant d’agressivité ?

J’ai une explication que je soumets au lecteur.

Les autres sports (Rugby, Basket, Volley, hand, tennis et autres) diffèrent du foot en cela que durant un match de nombreux points sont marqués. Durant un match de Basket-ball, un point est marqué toutes les quelques minutes. Un match de Rugby se termine sur des scores qui vont de quelques points à quelques dizaines. Le volley-ball est toujours fait de sets de 21 points. Le tennis comme tous ces jeux , se distingue du foot en cela que les actions ont un début, une ascension de l’intensité qui débouche sur un point marqué par un camp ou par l’autre et donc une baisse de la tension dramatique et nerveuse.

Contrairement à ces sports, le nombre de points marqués lors d’un match de foot sont en moyenne de 2 et peuvent être complètement nuls et le score est trop souvent de zéro à zéro. Cela donne des grandes tensions émotionnelles inassouvies, chez les joueurs mais encore plus chez les supporters acculés à pratiquer continuellement un équivalent de coïtus interruptus. La mécanique est trop souvent la même : grande tension émotionnelle insoutenable et puis, rien d’où une succession de frustrations para sexuelles nées de désirs inassouvis de mettre la balle dans le trou. Imaginez une kermesse nuptiale qui ne débouche sur rien.

De quoi devenir fou d’autant plus que la folie emprunte ici les voies de l’hystérie collective qui ne peut qu’annihiler les capacités de jugement des esprits les plus faibles. Je me souviens par exemple d’un jeune parisien, fanatique du PSG qui ne pouvait s’empêcher d’entrer en transes à la seule vue d’une voiture immatriculée dans les Bouches-du-Rhône.

Ajoutons un élément sans lequel le diagnostic ne serait pas complet. Le foot est un dérivatif d’autres types de frustrations notamment sociales et politiques. C’est qu’à l’instar des jeux de cirque de l’Antiquité, le foot est un jeu politiquement chargé, surchargé même. Il n’y a qu’à voir comment il est investi par les classes gouvernantes. Sport de masse, il draine toutes les frustrations, même s’il en génère d’autres comme nous l’avons vu. Il a entre autres « vertus » de renforcer le sentiment d’appartenance à une ville, une région ou une nation avec comme bénéfice secondaire de briser la solitude de certains et le sentiment d’abandon que pourraient ressentir par exemple ceux qui ont les positions les plus fragiles dans la société.

Il a en plus pour lui d’avoir des codes, des rituels, des costumes qui confinent de l’appareil religieux. Ne parle-t-on pas de grandes messes à son propos et ne dit-on pas « les dieux du stade » pour parler de ses vedettes ? Le foot est une religion païenne qui réunit les adeptes de toutes les autres et en fournit même une à ceux qui n’en ont pas.

Pour en revenir au politique, le foot trouve à boire et à manger dans la fierté d’appartenance. Le fanatisme footballistique développe un sentiment tribal qui tient lieu de nationalisme. Les attributs dont s’affublent les tribus de supporters, notamment pour les grands matchs affirment au-delà de l’évidence l’appartenance à la tribu, certains s’affublant de peinture de guerre sur le visage, un peu à l’indienne.

L’Algérie et l’Égypte se sont finalement rencontrées et ont disputé ce match, remporté par cette dernière. J’imagine les forces qu’il aurait fallu mobiliser pour protéger joueurs et supporters et ils étaient nombreux à avoir fait le déplacement, si le résultat avait été autre. Hier, les deux équipes se sont rencontrées à Khartoum pour un troisième match qui devait les départager après que l’Egypte eût égalisé.

Ce troisième match a été remporté par l’Algérie et l’Égypte est éliminée de la course à la coupe du monde qui devra bientôt se dérouler en Afrique du Sud. Les Algériens devraient êtres soulagés. Les supporters algériens ont célébré leur victoire, comme il convient. Un peu partout, en France, ils ont exprimé leur joie en brûlant quelques voitures et en caillassant à leur tour des vitrines de magasins qui devaient certainement appartenir à des commerçants égyptiens., français, sénégalais et si ça se trouve… Algériens .

Pour en revenir au premier match, le commentateur algérien n’était pas en reste côté langage politico chauvin. C’est ainsi qu’il conjurait les joueurs algériens de « ne pas décevoir les 35 millions d’algériens ni les 1,5 millions de martyrs de la guerre d’Algérie qui ont donné leur vie pour que l’Algérie fût ». Auparavant, il avait aussi parlé d’un joueur comme étant « prêt à mourir », rien que ça, « sur le terrain pour l’Algérie ». Et pour que la coupe fût pleine (sic) à la fin du second match, celui de la victoire, il en attribua, sans flagornerie aucune bien entendu, le mérite à … Abdelaziz Bouteflika.

Ultranationalisme, exutoire politique et sexuel, le foot, rend fou tant ce qu’il exige des capacités émotionnelles du (très) commun des mortels est manifestement insoutenable et non sans dommages pour .les aptitudes au jugement... En somme, comme toutes les sortes de folies.

Abdallah BOUHAMIDI - eMarrakech






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