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Et si les choses sérieuses étaient en train de bouger dans le bon sens !

Rédigé le Samedi 12 Janvier 2013 à 13:47 | | 0 commentaire(s)

Les Sénégalais commençaient à s’impatienter mais, apparemment, les choses seraient en train de bouger. Des actes qu’on peut considérer comme forts ont été posés. Il en est ainsi de la réactivation de la Cour de Répression contre l’Enrichissement illicite, du vote de lois importantes portant notamment création de l’Office national anti-corruption (Ofnac) et du Code de transparence, modification de la composition de la Haute Cour de Justice, nomination d’un coordonnateur de la Traque des Biens mal acquis, levée de l’immunité parlementaire de trois gros ex-gros dignitaires de l’abominable gouvernance des Wade, etc. En attendant la suite des événements, ces actes méritent d’être salués et encouragés.



Et si les choses sérieuses étaient en train de bouger dans le bon sens !
Aujourd’hui, l’odieux système des Wade révèle ses secrets. Des scandales succèdent aux scandales. Mais, pour graves qu’ils soient, ils ne représentent que les quelques rares arbres qui cachent l’immense forêt d’autres scandales plus graves encore. En d’autres termes, nous ne sommes pas encore au bout de nos surprises par rapport à l’ampleur des dégâts du vieux prédateur. Cet individu et ses acolytes nous ont délestés – c’est devenu une certitude –, de plusieurs centaines de milliards de francs Cfa. On ne connaîtra d’ailleurs jamais le montant exact de leurs forfaits.

Nous sommes quand même un pays pauvre et endetté, avec des besoins qui pressent de partout. Que des individus sans foi ni loi s’emparent de nos maigres ressources nationales pour aller les planquer dans des paradis fiscaux, est absolument inacceptable ! Les délinquants doivent donc payer à la hauteur de leurs forfaitures, à commencer par le premier d’entre eux, que personne ne devrait déclarer intouchable. Nous attendons donc avec impatience qu’ils soient tous traduits devant la Haute Cour de Justice.

Ces gros délinquants ne doivent pas nous faire oublier les autres, très nombreux, qui ont été épinglés par les rapports de l’Armp, de la Cour des comptes, de l’Ige, de la Centif, etc. Des audits seraient en cours. Les autorités sont très attendues sur cet autre le terrain. Ces audits suscitent de nombreuses interrogations. Ont-ils effectivement commencé ? Quelles structures sont-elles concernées ? Quelle période couvrent-ils ? Quand les premiers rapports tomberont-ils ? Autant de questions que les gens se posent légitimement. Le gouvernement devrait communiquer sur ces questions-là, et rassurer.

De nombreuses structures ont fait l’objet de pillages systématiques. Nombre des anciens responsables desdites structures, qui étaient des wadistes purs et durs ont vite fait, sentant la direction du vent changer en faveur de la Coalition Macky 2012, de quitter le bateau libéral et de transhumer sans vergogne. On en trouve beaucoup aujourd’hui dans la majorité présidentielle, certains d’entre occupant des postes importants.

Les audits ne devraient les épargner sous aucun prétexte. Ils devraient aussi nous éclairer sur certaines questions restées jusqu’ici sans réponse. Parmi celles-ci, les 15 millions de dollars de TaÏwan, les 6 milliards de francs Cfa qui avaient migré, en 2001, de la Sonacos vers une destination jusqu’ici inconnue du grand nombre, les 5 milliards de Sénégal Pêche dont je douterai, jusqu’à preuve du contraire, qu’ils aient été encaissés par le Trésor public, etc. Pour de plus amples informations sur cette dernière affaire, je renvoie le lecteur intéressé aux pages 134-141 de mon dernier livre sur le « Clan des Wade… ».

Les auditeurs devraient aussi s’appesantir sur les centaines de milliards de francs « injectés » dans l’agriculture et principalement dans les programmes dits spéciaux et ces machines agricoles qui nous ont coûté les yeux de la tête. Un autre gouffre à milliards qui passait inaperçu, c’étaient les fameuses pluies provoquées du vieux président dépensier. Il en serait de même des énigmatiques Entrepôts sénégalais au Mali (Ensema).

Tout, dans la maudite gouvernance du vieux prédateur, était finalement gouffre à milliards. Il Convient de la fouiller de fond en comble, et dans les délais les plus raisonnables. Cette affaire d’audit et de rapatriement des biens mal acquis est une forte demande sociale. C’était aussi un engagement formel du candidat Macky Sall, qui l’a confirmé une fois élu. Tout indique, si on teint compte de certains actes qu’il a posés, notamment ceux évoqués au début de ce texte, qu’il respectera son engagement. Il a tout intérêt d’ailleurs car, de ce respect dépend, pour l’essentiel, le succès ou l’échec de son mandat.

Pour ce qui me concerne, je l’encouragerai et l’appuierai sans ambages, chaque qu’il posera un acte qui aille dans le bon sens. J’exprimerai tout aussi clairement mes réserves, chaque fois qu’il en posera un qui ne soit pas en accord avec ses engagements. C’est ainsi d’ailleurs qu’il m’arrive parfois d’avoir de sérieux problèmes avec certaines nominations qui ne vont point dans le sens de l’efficience, dont il fait un de ses crédos. Elles ont plutôt l’air de récompenses à des amis, à des parents ou à des militants. L’exemple le plus frappant qui me vient à l’esprit, c’est la nomination du Dr Cheikh Kanté à la tête de la stratégique direction générale du Port autonome de Dakar. L’homme, qui n’avait quitté le vieux président qu’au tout dernier moment, était loin d’être le mieux indiqué pour diriger cette importante structure. Il est vrai que ce Dr Kanté est le « pays » du président de la République.

On peut regretter aussi certaines nominations de présidents de conseils d’administration qui nous laissent parfois carrément interloqués. La présidence d’un conseil d’administration suppose quand même des compétences avérées ! Il en est d’ailleurs de même des directions de l’administration générale et de l’Equipement (Dage), à la tête desquelles sont nommés des médiateurs pédagogiques, des planificateurs, des « économistes », etc. Pendant ce temps, des administrateurs civils et des inspecteurs du trésor de classe exceptionnelle se morfondent dans des postes bien en deçà de leurs compétences.

On peut regretter d’autres nominations comme celle de ce professeur d’Enseignement moyen (d’Anglais je crois), qui a été bombardé, lors du Conseil des Ministres du 3 janvier 2013, président du Conseil de surveillance de l’Agence pour l’Economie et la maîtrise de l’Energie. Le nouveau promu sera-t-il à l’aise à la tête de ce Conseil ? C’est le lieu d’ailleurs de s’interroger sur ces nombreux conseils de surveillance dont on peut douter de la capacité d’apporter une valeur ajoutée à notre administration. Il conviendrait donc de les évaluer pour se faire une idée exacte de leur pertinence supposée. En tout cas, la seule évocation du Conseil de surveillance de l’Anoci nous donne des sueurs froides.

On ne peut pas, non plus, faire table rase de la nomination de plusieurs directeurs généraux – c’est la mode – à la tête d’agences et de directions nationales parfois squelettiques. L’exemple le plus frappant à cet égard, c’est la nomination, comme Directrice générale de l’Agence nationale de la Petite Enfance et la Case des Tout Petits, d’une jeune dame dont c’était la toute première fonction. Il convient, en outre, de signaler que la Petite Enfance est prise en charge par trois structures différentes : l’Agence nationale de la Petite Enfance et de la Case des Tout Petits, la Direction de l’Enfance du Ministère de la Famille, de l’Entreprenariat féminin et de l’Enfance, ainsi que la Direction de l’Education Préscolaire du Ministère de l’Education nationale.

Il est aussi difficile de ne pas faire état de cette toute récente nomination de Monsieur Moussa Baldé, professeur de mathématiques à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), comme Directeur général de la Société de Développement agricole et industriel du Sénégal (Sodagri). C’est un autre Baldé, Abdoulaye Bibi, lui aussi enseignant à l’Ucad, exactement à la Faculté des Sciences économiques et de Gestion (Fasteg), en qualité d’assistant, qui est Ministre de l’Agriculture et de l’Equipement rural. Ils sont tous les deux amis et de Kolda (« L’AS » du 10 janvier 2013, page 2). Que va faire ce professeur dans les rizières du Sud ? Il est bien plus utile dans les amphithéâtres de la Faculté des Sciences et Techniques de l’Ucad. Et puis, où sont nos nombreux ingénieurs agronomes et du génie rural ? Quand même !

De nombreux autres exemples auraient pu être donnés ici, si l’espace le permettait. Nous sommes un pays pauvre, très endetté, et faisant face à de graves déficits. Nous ne devrions nous permettre donc aucun gaspillage. Nous nous passerions sans dommage de nombre de structures inutilement budgétivores maintenues, pour l’essentiel, pour trouver des planques à des proches. La restructuration et la rationalisation de notre administration devraient donc continuer et déboucher sur la suppression, sans état d’âme, de dizaines de directions et d’agences nationales dont la cohérence et l’efficacité sont loin d’être prouvées.

Le vieux prédateur était friand de louanges et, à cet égard, il était bien servi par une meute de courtisans, dont la plupart ont vite fait de changer de couleur et de camp dès le lendemain du 25 mars 2012. L’histoire est riche d’exemples de royaumes dont les fondements ont été sapés par de minables courtisans. On entend aujourd’hui d’obscurs individus qui se proclament « baay faal » ou « soldaaru » Macky Sall. Ils ne sont « baay faal » de personne, sinon que de leurs intérêts égoïstes. Le président Sall n’a pas intérêt à écouter des individus de cet acabit. Des gens, dont certains parmi ses proches, s’érigent en « boucliers » et menacent de leurs foudres de guerre tout compatriote qui ose « l’attaquer ». Aucun président ne peut faire l’unanimité – ce serait d’ailleurs une catastrophe – et fait forcément l’objet de critiques, dont certaines ne sont d’ailleurs que des encouragements à faire encore toujours mieux. C’est dans cette perspective d’ailleurs que je termine ce texte en abordant cette très sensible question des fonds spéciaux, dont la gestion calamiteuse nous vaut les nombreux scandales qui font l’actualité aujourd’hui.

Du temps des Socialistes, leur montant si situait autour de 740-750 millions de francs Cfa. Avec le vieux prédateur, ils ont crevé tous les plafonds. Pour le budget 2013, le montant serait de huit (8) milliards. Si ce même montant reste stable, le président de la République aura dépensé, dans ce cadre, 40 milliards de francs Cfa à la fin de son mandat, sans que personne ne sache, à part lui, comment ils ont été dépensés. Quarante milliards, c’est beaucoup pour un pays pauvre et endetté. De mon humble point de vue, 3 à 4 milliards par an, voire 5 (au maximum) suffiraient comme fonds spéciaux pour le président de la République. Ce serait plus conforme à son engagement de mettre en œuvre une politique sobre. Et encore !

Les fonds spéciaux devraient être aussi encadrés, dans des modalités qu’il faut déterminer. Ils pourraient l’être par la Cour des Comptes par exemple. Ce serait encore plus conforme à un des engagements forts du président de la République : la gestion des affaires publiques dans la transparence totale. Ce n’est certainement pas pour rien, je crois, qu’il a fait voter le Code de transparence que j’ai salué, en tant que militant de la Bonne Gouvernance. Cette Bonne Gouvernance qui, seule, est à même de sortir notre pays de la mauvaise passe dans laquelle il se trouve.

Dakar, le 10 janvier 2013
Mody Niang, e-mail : modyniang@arc.sn





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