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Et si on parlait aujourd’hui des nouveaux riches ?


Rédigé par leral.net le Mercredi 24 Juin 2015 à 20:37 | | 6 commentaire(s)|

Et si on parlait aujourd’hui des nouveaux riches ?
Voltaire a dit que la politique a sa source dans la perversité plus que dans la grandeur de l'esprit humain. On ne peut pas lui donner entièrement raison, mais au regard de la perfidie avec laquelle on s’adonne à la politique dans ce pays, on ne peut pas s’empêcher de méditer sa sentence. Dans les faubourgs du mensonge, il y a toujours quelques tours imprenables où la vérité se cache à l’abri des imposteurs. Ceux qui dénonçaient il n’y a guère longtemps les dépenses de prestige du régime de Wade ont accepté aujourd’hui des postes de sinécure. Comment un intellectuel sérieux peut-il accepter de coordonner la grande gabegie qui accouché du centre de conférence de Diamniadio, (qui est par ailleurs austère comme son parrain) ? Comité scientifique du Sommet de la francophonie vous dites ! Ce n’est vraiment digne d’un intellectuel que de se refaire une santé financière par le truchement d’une si abominable pacotille.


Des droits de l’Homme au pouvoir ; de la presse au Palais ; de l’indigence à l’opulence ; de la décence à l’indécence : les chemins abrupts de la politique ont finalement été arpentés par ceux qui incarnaient, il n’y a guère longtemps, le quatrième pouvoir. Ils ont abandonné le peuple et sa misère sur les abords du banquet de l’oligarchie républicaine. C’est curieux ce que les hommes savent, sans aucun remords, se servir de leurs semblables pour assouvir leurs obscurs desseins.

Il n’y a guère longtemps le concept de nouveaux riches a été forgé précisément par ceux qui ont abandonné la dignité légendaire du journaliste au profit des honneurs et des avantages de l’oligarchie républicaine. Et pourtant ce concept n’a jamais été aussi fonctionnel qu’aujourd’hui dans notre pays. L’intempérance avec laquelle on exhibe les voitures de luxe et la régularité avec laquelle on se marie ces temps-ci (il parait que le pouvoir est un puissant aphrodisiaque) trahissent la vraie nature des artisans du complot contre la démocratie que vit notre pays. La frénésie de l’argent facile a corrompu ce qui restait de la dignité et du libre jugement de la majeure partie des intellectuels de ce pays.

Les hommes ne vomissent en général que ce qu’ils ont mangé, d’où n’est-il pas rare de les voir se pencher honteusement pour ravaler leur propre vomissure. Ce mécanisme psychologique qu’on appelle transfert consiste à diaboliser chez autrui ce qu’on lui envie. Il n’est donc pas étonnant de voir de vieilles carapaces morales, perdre leur coquille au contact des délices du pouvoir : la morale n’était pour eux qu’un vulgaire instrument pour se faire une « place ».


Ceux qui en doutent encore pourraient dissiper leur incrédulité en prenant la route nationale N°1 : alors que le régime libéral faisait ostensiblement sortir de terre des bâtiments administratifs et des cases de tout-petits, le régime de l’APR fait pousser le long de la route des maisons d’un luxe anormalement insolent. Toutes ces maisons qui poussent subitement comme des champignons nous intriguent et nous convainquent qu’entre les slogans et la réalité, la distance est grande. Fatick est en pleine révolution immobilière et architecturale : « Peul Ga » peut en être l’échantillon parfait. Comment peut-on, en si peu de temps, bâtir tant de maisons alors qu’on vient juste de sortir du chômage ? Alors que de braves fonctionnaires de l’État (hiérarchie A1) peinent à construire une maison pour leur famille et ce, après vingt ans de service, voilà que les gamins choyés de la république montrent ostensiblement leur butin de guerre arraché à d’autres politiciens.

Le sang des innocents a été ainsi sacrifié, non pour la défense de la république et de la démocratie, mais pour des prébendes. On a mobilisé un peuple durant sept bonnes années pour accoucher de conclusions qu’on n’avait nullement envie d’appliquer ; on a enivré les jeunes de sentiment de vengeance ; on a versé leur sang pour simplement enduire la convoitise du pouvoir par la couleur des martyrs : on a abusé le peuple et aujourd’hui on l’accuse de fainéantise ou de penchant anarchiste. C’est révoltant et dégoutant !

Alassane K. KITANE

Professeur au Lycée Serigne Ahmadou Ndack Seck de Thiès










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