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Ethique politique : Khalifa Sall rattrapé par son passé

Dans le débat sur le mandat du Président, le maire de Dakar, Khalifa Sall, défend, aujourd’hui, une position contraire à celle qu’il avait adoptée quand sa formation politique, le Parti socialiste (Ps), était au pouvoir, rapporte nos confrères de L’Observateur.


Rédigé par leral.net le Mercredi 24 Février 2016 à 09:12 | | 31 commentaire(s)|

Ethique politique : Khalifa Sall rattrapé par son passé
Même si les tares sont presque communes chez les hommes politiques, aujourd’hui, Khalifa Sall fait partie des responsables qui incarnent cette tendance à « se renier » ou à développer des arguments à l’opposé de leur conviction d’hier. Pour n’avoir pas respecté sa parole sur la réduction du mandat, à cause de l’avis du Conseil constitutionnel, le chef de l’Etat a essuyé des tirs nourris de Khalifa Sall. Le maire de Dakar s’était érigé en donneur de leçons pour faire la morale à Macky Sall qui « n’a pas respecté sa parole ». « Cette décision est évidemment un coup porté, non seulement à notre démocratie, mais aussi à la classe politique toute entière, puisqu’elle décrédibilise la parole publique et discrédite les hommes politiques dans leur capacité à tenir leur engagement. Il est de notre devoir, en tant qu’hommes politiques, de respecter la parole donnée. Les promesses faites au peuple sénégalais ont valeur d’engagement et doivent être respectées, quel qu’en soit le prix, par ceux qui ont été investis de la confiance populaire », raisonnait-il.

Pourtant, à l’opposé à Macky Sall qui avait promis de réduire son mandat, Khalifa Sall avait porté un combat politique pour la suppression de la limitation du mandat présidentiel. C’était en 1998, au moment du règne du puissant Parti socialiste (Ps). Alors chargé des élections de la formation politique de l’ancien Président Abdou Diouf, l’actuel maire de Dakar avait exprimé sa position de façon nette et tranchée. Dans une interview accordée à « Sud Quotidien », dans son édition 1456 du vendredi 13 février 1998, Khalifa Sall avait assumé être de « ceux qui pensent qu’il faut abroger les dispositions de l’article 28 de la Constitution. Il faut supprimer la limitation des mandats ». Et son argumentaire était développé autour de ses convictions d’alors : « Quand un citoyen a la confiance de ses concitoyens, il doit pouvoir se présenter à tout moment. Moi, je me bats pour que mon parti prenne la position politique d’abroger la limitation du mandat ». Sa volonté avait été bien suivie, car la proposition de loi portant révision des articles 21 et 28 de la Constitution avait été déposée à l’Assemblée nationale. Leur examen avait abouti à la suppression du quart boquant et d’une disposition relative à la rééligibilité d’une seule fois du président de la République. Le Ps faisait alors perdre un « acquis démocratique » issu de la concertation de 1994 sur le Code électoral.

A l’interpellation du journaliste sur la limitation des mandats présidentiels dans les pays démocratiques, le chargé des Elections d’alors du Ps avait donné le seul exemple de l’Oncle Sam : « Aux Etats-Unis, il n’y a pas une limitation de droit, mais de fait. C’est-à-dire que c’est une pratique imposée. Il n’y a pas d’autres exemples ».

Ces arguments développés par Khalifa Sall avaient attiré l’attention du Pr Ismaïla Madior Fall, au point qu’il relève les « incohérences » dans son ouvrage « Evolution constitutionnelle du Sénégal » : de la veille des indépendances ». Le professeur de Droit fait remarquer que « Khalifa Sall s’est trompé de bonne foi à un double titre. D’abord, aux Etats-Unis, la limitation du mandat est de droit depuis l’amendement et non de fait ». Ensuite, écrit Pr Ismaïla Madior Fall, « à moins de tomber dans un régime monarchique, la limitation de mandat ne peut être supprimée. Par définition, le mandat est toujours limité dans sa durée ».






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