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Extradition de Julian Assange : malgré l'appel rejeté, le fondateur de WikiLeaks n'abdique pas

le 30 Mai 2012 à 18:35 | Lu 723 fois

La saga Julian Assange n'en finira donc jamais. La Cour suprême de Londres a autorisé ce mercredi 30 mai 2012 l'extradition du fondateur de WikiLeaks vers la Suède pour une affaire de viol et d'agressions sexuelles. Mais alors qu'on pensait tous les appels épuisés, ses avocats ont arraché un délai de 14 jours afin de présenter une demande de réouverture du dossier.


Extradition de Julian Assange : malgré l'appel rejeté, le fondateur de WikiLeaks n'abdique pas
Extrait du jugement (AUDIO)




Prononcé en direct devant les caméras de télévision récemment autorisées dans les tribunaux britanniques, le rejet de l’appel de Julian Assange a divisé la Cour suprême. Le jugement assez complexe, portait sur l'interprétation de la notion d'« autorité judiciaire ». Les avocats de Julian Assange contestent la légalité du mandat d'arrêt européen émanant de Suède au motif qu'il a été délivré par un procureur, et non par un juge neutre ou par un tribunal. Mais la Cour suprême a finalement adopté ce jugement par cinq voix contre deux.

C’était la dernière instance d’appel pour Julian Assange en Grande-Bretagne qui a pourtant encore deux recours possibles : d’abord l’une de ses avocates a demandé à la cour deux semaines pour demander un réexamen du cas de son client sur un point de procédure. Elle estime qu’un argument qui a motivé le jugement de la Cour suprême n’avait pas été débattu par les parties en audience. Ce délai lui a été accordé, mais il est assez improbable que le dossier soit réouvert.

Enfin l’autre recours consiste à déposer dans les deux semaines un appel devant la Cour européenne des droits de l’homme. Si celle-ci accepte d'étudier l'affaire, le fondateur de WikiLeaks pourrait voir son extradition suspendue en attendant la décision finale, qui pourrait prendre des mois.

On pensait enfin voir l’épilogue d’une saga judiciaire de près de 18 mois au Royaume-Uni. C’était sans compter sur la pugnacité de Julian Assange qui n’a visiblement pas fini de livrer bataille.

Un justicier des temps modernes

A l’époque de son arrestation en décembre 2010, ce hacker de génie, cheveux platines et rictus au bord des lèvres est au faîte de sa gloire. Le Time magazine l’a désigné « homme de l’année ». La rédaction du Monde aussi. Il fait son entrée dans le classement des personnalités les plus puissantes du monde du magazine Forbes. Celui qui se targue d’avoir créé « le premier service de renseignements du peuple au monde » est une sorte de justicier des temps modernes, chantre de la transparence.

En 2006, cet informaticien militant fonde le site WikiLeaks dont la philosophie est de révéler des informations confidentielles, sans dévoiler ses sources. Mais ce n’est que le 5 avril 2010 que le site va démontrer toute sa force de frappe. Ce jour-là, une vidéo est publiée : elle montre deux photographes de l'agence Reuters tués par un hélicoptère Apache lors d’un raid aérien. WikiLeaks devient une source d’information influente. A tel point que le site est un sujet d’inquiétude pour les services secrets du monde entier et des Américains en particulier.

L’affaire de moeurs pour laquelle Assange risque donc de se faire extrader n’a rien à voir avec la fabuleuse histoire WikiLeaks. Quoique. Assange voit dans cette demande d’extradition vers Stockholm, une machination des Etats-Unis en représailles à la révélation par WikiLeaks de milliers de documents confidentiels de l'armée américaine sur l'Afghanistan et l'Irak. L’Australien dit même craindre d'être déporté à Guantanamo, voire « condamné à mort ».

Recherché par Interpol

Pour ce qui est des faits qui lui sont reprochés en Suède et pour lesquels Assange a toujours clamé son innocence, ils remontent au mois d’août 2010, lorsque deux jeunes Suédoises portent plainte contre lui pour viol et agression sexuelle. En novembre, la Suède lance un mandat d’arrêt à son encontre, relayé par Interpol.

Quelques jours après, les journaux commencent à publier 250 000 télégrammes diplomatiques américains dévoilés par WikiLeaks. Les Etats-Unis parlent de « crime grave » et menacent Julian Assange de poursuites.

Le 7 décembre, celui-ci se rend à la police à Londres. Il est arrêté et placé en détention. Le même jour, Visa et MasterCard bloquent les processus de dons au site WikiLeaks. Mais la riposte ne tarde pas. Des hackers du mouvement Anonymous lancent des cyber-attaques contre le site du parquet suédois, de Visa, de Mastercard et de Paypal.

Le 24 février 2011, la justice britannique se prononce favorablement à la demande d’extradition suédoise. Assange fait appel de la décision dans la foulée.

Exister médiatiquement

Entre chaque comparution, Assange, assigné à résidence dans le manoir d’un ami dans le nord de l’Angleterre, se débat pour continuer à faire parler de lui dans les médias. Dernière provocation en date, le mois dernier : sa collaboration avec Russia Today, une télévison russe pro-Poutine.

Mais au fil du temps, les soutiens à ce personnage controversé se sont raréfiés. Les médias qui soutenaient WikiLeaks ont pris leurs distances. Avec le blocus des sociétés de cartes de crédit, la survie de WikiLeaks, obligé de suspendre un temps ses activités faute d’argent, est menacée.

En février dernier, le site diffuse cinq millions de mails émanant de la société américaine privée de renseignement et d’analyse stratégique Stratfor. Le fondateur du site entend ainsi « lever le voile sur les mensonges cachés des espions privés ». Mais ces révélations passent quasiment inaperçues.

Les 540 jours de batailles judiciaires semblent avoir entamé la crédibilité d’Assange et l’influence de WikiLeaks. Et ce n'est donc pas terminé.




SOURCE:Rfi.fr
Avec notre correspondante à Londres, Muriel Delcroix