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Faire le bonheur de Khalifa Sall à sa place - Par Madiambal Diagne

Il passait pour être un probable candidat à la candidature du Parti socialiste (Ps) à la dernière Présidentielle de 2012, mais Khalifa Ababacar Sall, maire de Dakar, n’avait pas estimé disputer à Ousmane Tanor Dieng (Otd) l’honneur de porter les couleurs du parti. Les militants et autres responsables du Ps qui souhaitaient sa candidature avaient été obligés de faire contre mauvaise fortune bon cœur. La Présidentielle passée avec la contre-performance réalisée par le secrétaire général du parti, d’aucuns trouvaient que l’heure était enfin arrivée pour Khalifa Sall de chercher à imposer son leadership. La belle opportunité pouvait être les opérations de renouvellement des instances du parti. Un duo constitué de Khalifa Sall et de Aïssata Tall Sall s’était alors formé, au début de 2014, pour aller à l’assaut de la forteresse de Ousmane Tanor Dieng. C’était un secret de polichinelle que les deux responsables socialistes étaient dans une logique de rupture de ban. Mieux, les rôles étaient bien partagés à la veille du Comité central du Ps en mai 2014.


Rédigé par leral.net le Lundi 18 Janvier 2016 à 21:41 | | 8 commentaire(s)|

Faire le bonheur de Khalifa Sall à sa place - Par Madiambal Diagne
Aïssata Tall Sall et Khalifa Sall avaient défini ensemble leur stratégie pour abattre leurs cartes le jour du Comité central, et les orateurs étaient désignés avec chacun une partition à jouer. Grande avait été la surprise de Aïssata Tall Sall, tard la veille du Comité central, de recevoir un appel téléphonique de Khalifa Sall qui l’informait qu’il avait déjà embarqué dans un avion en partance pour Paris où il devait transiter sur la route des Seychelles où il allait en mission pour le compte de l’Internationale socialiste. Aïssata Tall Sall ne pouvait que constater la défection de Khalifa Sall et le lendemain, les orateurs désignés par le maire de Dakar s’abstiendront de se mouiller en l’absence de leur mentor.

Aïssata Tall Sall était obligée d’aller seule au combat, de jouer son baroud d’honneur. Ils étaient rares, les «amis de Khalifa», comme Youssou Mbow, à dire publiquement leur scepticisme par rapport à la manière dont les opérations de renouvellement des instances du Ps étaient menées. On connaît la suite, Khalifa Sall lui-même, en sa qualité de secrétaire national chargé de la Vie politique et président du Comité national de pilotage et d’évaluation des opérations de renouvellement des instances du parti, ruinera les espoirs de Aïssata Tall Sall, sacrifiée au nom des «intérêts supérieurs du parti».

Ousmane Tanor Dieng devait rire sous cape quand il laissait à Khalifa Sall la besogne d’appeler au retour de Aïssata Tall Sall qui avait boycotté les travaux du congrès de juin 2014. Après cette tragi-comédie, on assista à un rapprochement spectaculaire entre Otd et Khalifa Sall. Ce dernier semblait avoir besoin du soutien du secrétaire général du Parti pour porter les couleurs socialistes dans la bataille pour garder la mairie de la ville de Dakar. D’ailleurs, Macky Sall avait même suggéré de faire une déclaration d’ancrage dans son camp afin d’avoir les coudées franches pour le soutenir à la mairie de Dakar aux élections locales de 2015, mais Khalifa Sall avait estimé que pareille prise de position lui paraissait prématurée.

L’échéance passée, le concert de déclarations dans les médias pour contester le leadership de Otd reprit de plus belle. Alioune Ndoye, Aïssatou Diallo, Idrissa Diallo, Youssou Mbow, Babacar Diop, Moussa Sy se dévouent au rôle. On assistera même à la naissance de mouvements baptisés «Dolel Khalifa», «Khalifa Président» et «Taxawu Jotna» entre autres. Khalifa Sall, lui, garde le silence et compte les coups. Seulement, quand la charge commença à être trop violente pour irriter Otd, Khalifa Sall s’empressa de prendre ses distances de telles attaques. La députée Aïssatou Diallo notamment en a fait les frais après une interview tonitruante accordée au journal Le Quotidien.

A la première réunion du Secrétariat exécutif national du Ps en juillet 2015, qui a suivi cette sortie, Khalifa Sall avait tenu à demander aux responsables qui se réclameraient de lui de mettre balle à terre. Il renouvellera ainsi sa fidélité et sa loyauté à Otd et prônera la discipline de parti qui interdirait de s’attaquer au premier responsable. L’accalmie dura le temps d’une rose. En août 2015, Khalifa Sall s’engagea à Ziguinchor dans une sorte d’alliance politique avec Idrissa Seck (Rewmi), Malick Gakou (Gp), Abdoulaye Baldé (Ucs), Oumar Sarr (Pds) et Cheikh Bamba Dièye (Fsd/Bj), des opposants au gouvernement au sein duquel siègent des ministres socialistes.

C’est aussi le moment choisi par Khalifa Sall pour se montrer plus virulent contre la loi portant Acte 3 de la décentralisation. Aussi longtemps qu’il n’était pas encore élu maire, Khalifa Sall était tout au plus circonspect vis-à-vis de la nouvelle politique de décentralisation initiée par le régime de Macky Sall. Il faut dire que cette période coïncidait avec la décision du gouvernement de ne pas donner sa caution à un emprunt obligataire de quelque 20 milliards que le maire de Dakar voulait engager.

Au moment où ses partisans se mettaient à tirer à boulets rouges sur le régime de Macky Sall, accusé de chercher à entraver les réussites d’un probable dangereux opposant, Khalifa Sall profita d’un séjour à Paris pour arrondir les angles avec le ministre des Finances, Amadou Ba, assurant le gouvernement qu’il n’était nullement dans une logique de combat avec l’Etat. Les risques semblaient gros, car le gouvernement avait lancé dans la même période des missions tous azimuts de vérification par l’Inspection générale d’Etat de la gestion des collectivités locales.

Les partisans de Khalifa Sall criaient à la volonté du camp de Macky Sall de chercher la petite bête au maire de Dakar. Khalifa Sall choisit de faire profil bas, mais certains de ses proches comme son directeur de Cabinet et son conseiller politique rendront opportunément visite à Abdoulaye Wade à Versailles. Malick Gakou est également approché dans le but de la réunification de la famille du Parti socialiste, une opération présentée comme devant couper l’herbe sous les pieds à Otd.

La stratégie de victimisation n’est pas en reste. Quand les services du ministre de l’Urbanisme réalisent des espaces verts dans des endroits de la capitale laissés en friche depuis des lustres, les proches du maire voient dans l’initiative une manœuvre politicienne. Comme annoncé plusieurs jours auparavant par les médias, la candidature de Khalifa Sall à la prochaine élection présidentielle a été réclamée bruyamment par des militants à l’ouverture de l’Ecole du parti.

Le député socialiste Cheikh Seck, proche de Otd, ne voudrait pas s’y tromper. Il a accusé Khalifa Sall d’en être le commanditaire ainsi que des chahuts à l’encontre de Otd. Khalifa Sall fait encore le dos rond ; il ne revendique pas les coups, mais ne fait rien non plus pour les empêcher. Il reste dans sa logique jusqu’à continuer d’éviter d’accorder aux médias de grandes interviews non convenues.






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